Actualité web & High tech sur Usine Digitale

Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

"La réforme des VTC va se faire au détriment des plates-formes françaises", craint Yan Hascoet de Chauffeur Privé

Les principales plates-formes françaises de VTC sont vent debout contre la dernière mouture de la loi Grandguillaume, présentée en commission ce 19 octobre 2016 au Sénat. Yan Hascoet, fondateur de Chauffeur Privé, explique pourquoi à L'Usine Digitale.
Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

La réforme des VTC va se faire au détriment des plates-formes françaises, craint Yan Hascoet de Chauffeur Privé
Yan Hascoet, fondateur de Chauffeur Privé © Chauffeur privé

Après les députés, au tour des sénateurs de se pencher sur la Loi Grandguillaume portant sur l'encadrement des VTC, dès ce 19 octobre 2016. La Commission de l'aménagement du territoire discute dès 11h du "projet de loi relative à la régulation, à la responsabilisation et à la simplification dans le secteur du transport public particulier de personne". Elle prévoit notamment la création d'un examen pour accéder à la profession de VTC (le statut de Loti se concentrera sur le transport de groupes de personnes). Il risque de créer une pénurie de chauffeurs et d'altérer la qualité de service des plates-formes, alerte Yan Hascoet, fondateur de Chauffeur privé, au nom de la FFTPR (fédération française du transport de personnes sur réservation). Outre Chauffeur Privé, cette association regroupe Marcel, Snapcar, Allocab, représentant plus 10 000 chauffeurs.

 

L'Usine Digitale - Améliorer la qualité de la formation des chauffeurs VTC, n'est-ce pas une bonne chose ?

Yan Hascoet - Le motif affiché est de réguler le marché pour garantir un bon niveau de qualité. En réalité, on arrivera au résultat inverse. Avec le nouveau mode d'accès à la profession, il y aura pénurie de chauffeurs. Moins il y en aura, moins on pourra maintenir un niveau de qualité élevé. Les coûts vont nécessairement augmenter. Les plates-formes seront obligées de payer davantage les chauffeurs pour les attirer et de faire supporter ce surcoût aux clients.

 

On craint aussi que cette réforme se fasse au détriment des plates-formes françaises : Uber est présent sur tous les pays et peut se permettre de perdre un peu sur un pays comme la France. En revanche, nos start-up se doivent de gagner de l'argent sous peine de faire faillite, car c'est souvent leur seul marché, et ce sera encore leur marché principal pendant un certain temps.

 

Certains chauffeurs semblent favorables à cette loi…

Evidemment que les chauffeurs actuels sont pour cette loi, car ils possèdent déjà leur statut. C'est normal qu'ils soient d'accord. Les "insiders" vont en profiter et les "outsiders", qui veulent accéder au statut, en pâtir. Ce sont les clients, ainsi que ceux qui sont au chômage et veulent reprendre une activité, qui seront pénalisés. On est en train de détruire une industrie pour faire plaisir aux taxis et aux chauffeurs qui sont déjà installés.

 

Que reprochez vous au nouvel examen ?

L'absurdité des questions posées à l'examen prouve qu'il y a une volonté délibérée de nuire à la profession de VTC. On vous demande par exemple de connaître la dénomination de l'ère à laquelle la reine Victoria a régné en Angleterre. Est-ce bien sérieux ? Un chauffeur VTC doit-il connaître cela ? C'est une façon à peine détournée d'empêcher les gens de devenir chauffeurs. D'ailleurs, les préfectures refusent de communiquer les résultats des examens. Le nombre de cessions a été restreint : la nouvelle formule devait débuter en janvier 2016, elle a commencé en avril. Celle d'octobre a été purement et simplement annulée sans justification. Le seul élément que l'on nous communique est le taux de réussite à l'examen de juin : 30%. Pensez-vous vraiment qu'un examen qui doit déterminer votre niveau de politesse, de calme et de compétence puisse tomber à ce taux de réussite ?

L'absurdité des questions posées à l'examen prouve qu'il y a une volonté délibérée de nuire à la profession de VTC.

 

.

L'Etat n'a-t-il pas son mot à dire pour réguler le secteur ?

Dans quel pays vit-on pour que l'Etat décide s'il y a trop ou pas assez de personnes dans une certaine profession ? Son rôle est-il de dire qu'il y a trop de boulangers, trop de maçons, trop de bouchers ? VTC n'est pas une profession réglementée, c'est un transport privé. Le transport public, c'est le taxi. L'Etat est dans son rôle quand il veut assurer une qualité de service et contrôler les prix. Mais sinon, l'Etat doit assurer une équité de concurrence entre les acteurs, pas interférer dans le nombre de VTC pour des raisons corporatistes. C'est au marché de déterminer le bon nombre. Le gouvernement est faible et lâche quand il capitule devant les demandes excessives et contraires à l'intérêt général.

 

Le texte va être examiné au Sénat, avant de retourner à l'Assemblée… Finalement, la question risque d'être suspendue le temps de la campagne des présidentielles. N'est-ce pas là le vrai lieu du débat sur le sujet ?

Prenons le temps de réfléchir. Cette loi est passée en procédure d'urgence. Est-il vraiment urgent de légiférer sur les VTC sans réfléchir ni penser aux grands enjeux ? Posons-nous toutes les questions, discutons-en pour poser les sujets et régler les problèmes en profondeur, pas seulement en surface.

 

Le vrai problème, c'est l'indemnisation des plaques de taxis. Avez-vous vu mention de ce problème dans le projet de loi ? Non, car c'est complexe, ça ne se règle pas en deux semaines. Il faut aussi trouver des solutions pour empêcher des chauffeurs de travailler 15h d'affilée, par exemple (il peuvent très bien travailler huit heures pour une plate-forme, puis huit heures pour une autre).

 

Au nom d'une concertation qui n'en a que le nom, on met en place des choses absurdes, contraires à l'intérêt général, qui aboutissent à des résultats opposés à ce que l'on voulait faire au départ. On nous empêche au final de créer des champions français des transports capables de s'exporter.

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

 
media
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale