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"La réussite d'un écosystème numérique est auto réalisatrice", selon Gilles Babinet

Jean-Pierre Jouyet, le président de la Caisse des Dépôts, a remis un rapport contenant huit recommandations sur la nécessité de développer des "quartiers numériques". Il s'agit de zones délimitées, dans des villes qui miseront sur l'innovation numérique et le haut débit. Le gouvernement a alloué une enveloppe de 200 millions d'euros à ce projet. Gilles Babinet, patron-fondateur de CaptainDash et digital champion pour la France, explique pourquoi l'initiative gouvernementale est bienvenue.
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La réussite d'un écosystème numérique est auto réalisatrice, selon Gilles Babinet
"La réussite d'un écosystème numérique est auto réalisatrice", selon Gilles Babinet © D.R.

A l'occasion d'un tweet dans lequel je me félicitais de l'initiative gouvernementale consistant à favoriser l'émergence de quartiers numériques, j'ai pu mesurer aux réactions sur les réseaux sociaux combien le sujet est sensible et susceptible d'engager une polémique. Le principal point de discorde concerne le principe du laisser-faire (la main invisible) libertarien qui serait soit disant la marque distinctive des écosystèmes numériques.

Lorsque j'avais travaillé sur l'émergence d'écosystème numérique, j'avais été frappé par les facteurs qui prévalent généralement à leur émergence et, qu'on le veuille ou non, la puissance publique a souvent eu un rôle significatif à jouer à cet égard. Qu'il s'agisse de la Silicon Valley, du Kista, de Berlin, de Haifa ou de Hertzeliah, de Konza city au Kenya, on retrouve généralement trois facteurs assez imbriqués et dans des proportions variables (certains ont noté que je n'ai pas mentionné London TechCity/Roundabout qui me semble être trop récent pour qu'on l'on puisse réellement juger du succès de cette nouvelle initiative qui pour l'instant est surtout remarquable par le niveau du buzz qui l'entoure).

Ces facteurs sont un environnement de recherche ouvert, permettant d'associer des cultures diverses, généralement par le biais d'une université (Kista, Silicon Valley, Haifa), un coût du foncier accessible (Berlin, Haifa, Kista, Konza city, Silicon Valley à ses débuts) et une culture marquée de l'entrepreneuriat et du partenariat (Hertzelliah, Haifa, Silicon Valley et Konza city…). Par culture de l'entrepreneuriat, j'entends un contexte qui facilite la prise de risque et qui se fait dans un contexte inclusif. En effet une étude ancienne de la société Bain avait montré, à la fin des années 90, que le principal facteur de création de valeur pour une entreprise se trouve dans sa capacité à créer des partenariats de tout type avec son environnement.

Certes, ce dernier point ne se décrète pas, et les pouvoirs publics n'ont que peu d'influence à ce sujet. En revanche, les deux autres points sont largement à la main des gouvernements, ou administrations locales. On ne dira jamais assez le rôle déterminant qu'ont eu le Darpa et Caltech dans les années cinquante et soixante pour cristalliser l'écosystème californien. Et même à Berlin, l'écosystème qui semble en apparence le fait de la génération spontanée, a été tout sauf spontané.

J'avais rencontré la jeune femme en charge du numérique au sein de la mairie et il était manifeste qu'en aidant à l'émergence de quelques incubateurs et en favorisant le décloisonnement des initiatives, la ville est parvenue à libérer des énergies qui autrement n'auraient pu connaitre une telle dynamique. A l'égard d'Israël, est-il nécessaire de souligner l'importance fondamentale du Technion, de l'armée et de nombreux programmes de recherches thématiques (Israël est le 1er pays dans le monde en matière de recherche publique, juste devant la France) ?

Mais avant toute chose, la réussite d'un écosystème numérique est auto réalisatrice : comme en biologie, c'est en atteignant un niveau de concentration minimal qu'on observe l'expansion soudaine du milieu numérique. C'est aussi pourquoi l'initiative gouvernementale est bienvenue : ça n'est pas une condition de succès, mais c'est un facteur qui ne peut être négatif et qui peut permettre d'atteindre la taille critique nécessaire à la cristallisation de l'écosystème.

Gilles Babinet

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