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La Robot eXperience (RX) ou la pensée design adaptée aux robots

Le RX est à la robotique ce que l'UX est aux applications numériques : un ensemble de règles pour définir le bon design d'un robot en fonction de son usage. Explications de Rémy Poulachon, Directeur Innovation & Responsable de l’offre Mobilité du Groupe Sedona.
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La Robot eXperience (RX) ou la pensée design adaptée aux robots
La Robot eXperience (RX) ou la pensée design adaptée aux robots © Justin Morgan - Flickr CC

Les robots sont de plus en plus présents dans notre quotidien ou, tout du moins, ils sont de plus en plus exposés dans les médias et dans les conversations. Ils vont occuper progressivement l’espace privé ou personnel là où ils sont encore cantonnés dans un environnement professionnel. Des robots comme Nao, Pepper, Buddy et Tiki suscitent un extraordinaire engouement : plus de 31 millions de ces robots seront vendus d’ici 2017, indique Syrobo. Au Japon et en Chine, les robots font déjà partie de la vie des habitants et s’intègrent dans les espaces communs comme les hôtels et les restaurants. 

 

La montée en puissance des robots domestiques ou de services va impliquer de nombreux changements et de nouvelles relations entre l’homme et la machine. Alors, comment leur trouver une place à côté de nous ? Ou plutôt, comment leur permettre de trouver leur place au sein de notre société ?

 

Des chercheurs américains et japonais s’intéressent aux règles régissant les relations entre la machine et l’homme dans son espace de confinement. Elles prennent source dans les fameuses lois de la robotique formulées par Isaac Asimov, célèbre auteur de science-fiction à l’origine d’une série de nouvelles et de romans sur les robots publiés à partir de 1940.

 

A partir des lois d'Asimov

Dans ses œuvres, Asimov tentait de tester ses règles pour en démontrer d’ailleurs souvent leur inefficacité.  Il avait dicté 3 lois qui devaient être à la base de tout développement robotique et qui régissaient les liens "forts" entre l’homme et la machine :

1. Un robot ne peut pas porter atteinte à un être humain par son inaction, ni, en restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger ;

2. Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi ;

3. Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n'entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi.  

Les concepteurs actuels de robots doivent avoir constamment à l’esprit ces règles tout en les adoptant au contexte de leur utilisation : un robot de type Tiki peut difficilement faire du "mal" à l’humain.

 

Cloisonner les interactions avec la machine

Plutôt que de s’attarder sur ces premières bases, lesdits chercheurs ont tenté de cloisonner les interactions avec la machine par des concepts proches de ce que l’on appelle aujourd’hui l’UX Design.

En effet, pour comprendre comment accepter les robots, il est nécessaire dans un premier temps de les connaître. Pour ce faire, la HRI (Human Robotic Interaction) Research  a défini un champ d’études  pour comprendre, évaluer et analyser les différentes interactions des machines avec l’homme. Le but est de comprendre les mécanismes qui permettront de rendre les machines plus sûres et plus amicales afin qu’elles intègrent l’environnement humain de manière efficace.

 

S'inspirer de l'UX

Quels types de démarches peut-on mettre en place pour effectuer ces recherches ?

Ces chercheurs se sont donc inspirés du paradigme UX, basé notamment  sur l’observation, l’étude ethnologique et l’idéation pour l’appliquer non pas à l’homme mais à la machine. Ainsi, imaginons que nous demandons au robot lui-même de définir ses futures relations avec l’homme, il en sortira 5 règles (en plus des lois d’Isaac Asimov bien entendu !) qui peuvent se résumer ainsi :

·         Se connaître et connaître sa place

·         Jouer avec les autres

·         Communiquer et comprendre les êtres humains

·         Protéger les êtres humains 

·         Rendre l’être humain meilleur

Certains thèmes reflètent néanmoins une approche résolument enfantine comme si le robot devait apprendre à jouer et communiquer avec les autres enfants dans une nouvelle classe. Si nous prenons quelques exemples :

 

"Se connaître et connaître sa place"

Rester dans l’ombre : Le robot doit être invisible et ne pas être intrusif dans la vie quotidienne de l’humain. C’est l’un des principes fondamentaux demandés en priorité aux constructeurs, le robot « doit accompagner l’homme » et non le gêner dans sa tâche.

Montrer que vous n’êtes pas humain : Grand débat que l’apparence des robots à l’heure actuelle. Certains constructeurs ont fait le pari d’imiter l’homme jusqu’à une ressemblance presque parfaite là où d’autres souhaitent au contraire conserver et accentuer cette différence.

 

L'approche RX

D’autres exemples tirés de ces 5 principes sont consultables sur Internet et dévoilent ces nouveaux mécanismes relationnels.

Cette approche globale que nous nommerons RX (Robot eXperience) nous semble la base de toute expérimentation avant d’intégrer un robot dans un contexte particulier et d’en connaître son utilité. Ainsi, avant d’utiliser un robot pour faire office d’agent d’accueil par exemple, la méthodologie RX  permettra d’analyser quels types de services nous souhaitons mettre à disposition du client. Faut-il une interface vocale pour effectuer les échanges ? Doit-il pouvoir se déplacer pour guider le consommateur vers le produit ?

 

Cela passe également par des Focus Group ou tests utilisateurs (comme nous le ferions pour des êtres humains) qui permettront d’anticiper les réactions du futur client en face du robot d’accueil. Ainsi les Focus Robot Interaction tests (FRIT) permettent d’évaluer les réactions des consommateurs face aux réactions des robots, basées sur l’implémentation de scénarios spécifiques. On testera à cette occasion l’interaction vocale avec un type de consommateur (personnes définies en amont de cette phase) ou l’usage de l’écran tactile pour d’autres. Cela permet également aux concepteurs de la solution logicielle (le cerveau du robot) de définir les points d’interactions et le Story Board global (comme nous le faisons avec les applications mobiles).

 

l'AB testing

Ce procédé permettra également d’effectuer un "AB Testing"  grandeur réelle et donc trouver le bon robot pour le bon usage !

 

A notre sens, beaucoup d’expérimentations à l’heure actuelle devraient intégrer cette démarche RX afin d’être plus performantes : pourquoi, en effet, doter un robot avec des jambes mécaniques si celui-ci ne les utilise pas dans un contexte particulier ?

 

Nous ne sommes bien entendus qu’aux prémices de cette méthode et plus encore de notre compréhension de nos futurs liens avec les machines. Mais en définissant d’ores et déjà des premières règles de conduite et d’interactions, nous bâtissons les premières étapes de notre cohabitation avec eux.

 

Rémy Poulachon, Directeur Innovation & Responsable de l’offre Mobilité du Groupe Sedona

Les avis d'experts et points de vue sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n’engagent en rien la rédaction.

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