La schizophrénie de l'entrepreneur face au délai de lancement de son produit

Ex-directeur commercial de relaxnews et de My Little Paris, Thomas Barret a décidé en 2015 de créer son entreprise. Ambition : ré-enchanter nos matins, avec sa gamme d’accessoires siglés The Morning Company. Chose peu commune, il choisit dès le début de son aventure de tenir un carnet de bord, afin de partager ses premiers pas et ses péripéties d’entrepreneur. L’Usine Digitale publie, chaque semaine, ses récits.

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La schizophrénie de l'entrepreneur face au délai de lancement de son produit

"Thomas, ça va être très très compliqué de tenir les délais là. Il ne reste que 10 jours…

- Écoute, on n’a pas le choix. Il faut tenir la date du pré-lancement.

- Mais enfin, on n’est pas du tout sûr d’avoir tous les produits finalisés dans les temps !

- Eh ben on va se débrouiller pour faire en sorte que ça soit le cas. Allez hop !

- Pfff… "

En bien ça, figurez-vous que c’est une discussion tendue que j’ai à peu près toutes les deux heures avec… moi-même.

Oui, parfaitement. Je dialogue avec moi-même. Et alors ?

Il y a le Thomas "paslairdebient’rendrecompte", laborieux, méticuleux (enfin un peu), qui tente de poser une à une les briques de sa gamme d’accessoires. Le Thomas qui veut bien faire les choses et qui s’inquiète (beaucoup) de voir qu’une majorité des prototypes industrialisables de ses produits ne sont pas encore finis… à 10 jours donc de la date initialement prévue du pré-lancement.

le laborieux versus l'acharné autoritaire

Lui, il aimerait bien repousser le pré-lancement de quelques jours voire de quelques semaines, par souci de faire les choses moins dans l’urgence. Et puis peut-être même que comme ça, il arriverait à regarder un ou deux matchs de Roland-Garros (parce que là, il n’y arrive pas trop).

Et puis il y a le Thomas "Tristeavectondéfaitisme", acharné, un brin autoritaire mais jovial, qui survole les problèmes opérationnels et qui ne jure que par le pouvoir de la volonté. Le Thomas qui considère que la contrainte pousse à l’efficacité et que ne pas tenir sa deadline, c’est comme ne pas finir son verre : c’est déshonorant.

Lui, il est obsédé par le fait de faire le pré-lancement au plus vite, et il est convaincu que plus on a de temps, plus on en prend (et inversement). Et que Roland-Garros, il le regardera… en 2016. Enfin sauf si Tsonga va en finale, faut pas déconner.

Bref, ces deux-là se balancent donc des répliques chaleureuses plusieurs fois par jour.

Mais le pire dans tout ça, c’est qu’a priori… j’ai besoin des deux. Un entrepreneur, particulièrement s’il est seul dans son aventure, doit essayer de trouver un certain équilibre dans sa schizophrénie pour maintenir une forme d’autodiscipline. Même quand Roland-Garros passe par là (snif).

les voyants ne sont pas tous au vert

Bon, ceci dit, c’est quand même fa-ti-guant de se parler tout seul toute la journée. Et de devoir s’autoconvaincre en permanence. Parce qu’objectivement, les voyants ne sont pas tous au vert.

Voici un petit bilan, juste pour vous, à 10 jours du peut-être pré-lancement :

Rasoir : les différentes pièces du prototype final sont arrêtées et en cours de production (normalement). Il doit donc être assemblé pour la première fois dans les jours qui viennent. Priez pour que l’assemblage, a priori assez complexe, ne révèle pas de problèmes… sinon c’est la cata’.

- Avancement estimé : 85%

- Niveau d’incertitude : 3,5/10

Brosse à dents : le système de fixation de la tête (en plastique) de la brosse à dents avec le manche (en bois) ayant été repensé totalement il y a dix jours (idée fulgurante très tardive), ce produit est de loin le plus à risque. Le pouvoir de la volonté va donc devoir faire beaucoup pour lui. Les trois éléments principaux (qui viennent d’autant de fabricants) doivent être livrés dans les jours qui viennent. Tout doit donc impérativement tomber juste du premier coup. Miracles bienvenus.

- Avancement estimé : 65%

- Niveau d’incertitude : 4,5/10

Fer à graver le savon : aucune des deux pièces majeures du fer n’est lancée en production, néanmoins elles doivent l’être… d’ici 24h. L’assemblage est donc prévu dans les derniers jours avant le pré-lancement – ceci étant dit, normalement, il ne devrait pas révéler trop de surprises.

- Avancement estimé : 60%

- Niveau d’incertitude : 2/10

Pochoir à toast : haaaaa… bah là je suis bon. Plus rien à faire. J’ai le prototype en main. Et les doigts de pied en éventail.

- Avancement estimé : 100%

- Niveau d’incertitude : 0/10

Kit de décision du matin : pareil que le pochoir. Yeah. Bip bip. Wouh.

- Avancement estimé : 100%

- Niveau d’incertitude : 0/10

Le 18e plan B développé en urgence

Voilà, vous savez tout. Enfin non, pas encore. Voici le reste de ma semaine en quelques chiffres :

1 excellente chanson qui me parle beaucoup cette semaine : Stop, don’t panic…

2 fabricants qui ont tenté de me prendre pour un gros dindon (grrrrrr).

18e plan B que je développe en urgence. En cumulé, j’en suis donc au plan R.

4 minutes max entre l’envoi d’un email et l’appel pour savoir s’il a été bien reçu/traité.

387 euros de plus ont quitté mon compte en banque (même pas mal).

Allez, vamos ! comme dirait l’autre, et à mercredi prochain.

Thomas Barret, néo-entrepreneur

Ce billet a également été publié sur le blog de l’auteur : The Morning Challenge

Les avis d'experts et points de vue sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n’engagent en rien la rédaction.

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