Actualité web & High tech sur Usine Digitale

Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

La Tech City londonienne, un modèle pour les quartiers numériques français ?

Twitter Facebook Linkedin Google + Email
×

Dans sa feuille de route numérique, le gouvernement annonce la création de quinze quartiers numériques en France, dont une "vitrine" à Paris, inspirée de la nouvelle Tech City londonienne. A priori, pas le bon modèle.

La Tech City londonienne, un modèle pour les quartiers numériques français ?
La Tech City londonienne, un modèle pour les quartiers numériques français ? © Aurélie Barbaux - L'Usine Nouvelle

Depuis deux ans, Londres communique à tout va sur son quartier numérique, la Tech City, qui s’étend à l’Est de la ville. Les start-up du net s’y concentreraient par centaines. Si les chiffres avancés, jusqu’à 1 300, font débat (le site indépendant Tech City Map, qui recense les boites, ratisse un peu large), le marketing de la Tech City, lui, est un indéniable succès, qui agace Paris, depuis fin 2011. Au point que l’Hexagone veut copier le concept, en cherchant à ouvrir des quartiers numériques dans quinze villes, celui de Paris devant servir de vitrine internationale.

Est-ce une si bonne idée ? Le concept de la Tech City est-il vraiment duplicable en France, à Paris surtout ? Après une visite sur place, j’en doute. Car les ingrédients qui font le succès de la recette Tech City sont pour certains difficiles à réunir à Paris. Quand d’autres sont là depuis longtemps, sans que personne n’en fasse la promotion : La Cantine de Silicon Sentier, le Cube d’Issy-les-Moulineaux, ParisRégion Lab, les incubateurs publics… Londres, elle, n’a pas le même historique. Mais sait mieux faire fructifier les atouts qu’elle s’est dénichés.

Une attractivité fiscale avant tout

" En 2009, il y a eu un boom sur un quartier Est de Londres avec l’arrivée d’entrepreneurs, qui s’est traduit par une croissance de 15 % par an de l’activité économique, ce qui est énorme comparé à la progression du PIB ", raconte Benjamin Southworth, directeur général adjoint de TCIO, la structure de promotion de Tech City. David Cameron aurait alors décidé de booster le phénomène. " Mais pas question de vouloir encadrer. Il y a quinze ans, le gouvernement avait voulu se mêler d’un mouvement similaire à Cambridge. Cela n’a pas marché ", remarque Benjamin Southworth. En novembre 2010, avec l’accord du maire de Londres, une structure légère de quatre personnes est montée, pour animer ce nouveau cluster technologique et le faire mousser. À l’époque, l’écosystème comprenait quelque 200 entreprises. Mais le gouvernement décide surtout de réfléchir à ce qu’il faut faire pour attirer plus massivement encore les entrepreneurs sur la zone, voire dans le pays. Mais pas question d’aide directe ou d’investissement au capital, comme en France (le fonds FSN PME).

Depuis avril 2011, le gouvernement britannique a lancé un Visa Entrepreneur (pour les étrangers qui créent dix emplois au Royaume-Uni avec un chiffre d’affaires de 5 millions de livres), simplifié la création d’entreprises et voté toute une série de mesures fiscales pour favoriser les entrepreneurs et les investisseurs, rendant réellement très très attractive la zone. Les services achats du gouvernement seraient aussi plus accessibles aux start-up numériques. Et il y a six mois, le gouvernement a investi dans la création à Londres d’un Institut pour développer l’Open Data (Open Data Institute). Il est néanmoins trop tôt pour en mesurer l’impact. Mais déjà la Tech City se lance une nouvelle mission : " Notre nouveau chantier, c’est d’agir sur l’éducation au numérique des enfants, même s’il y a déjà des initiatives ", explique son responsable.

Hormis l’attractivité fiscale, c’est aussi la présence des sièges de grandes entreprises mondiales à Londres qui attirerait les entrepreneurs. Et pour les non Européens, Londres serait une porte ouverte sur le marché du Vieux Continent.

Une dynamique de réseau

Pour le reste, ce sont les entreprises elles-mêmes qui s’organisent pour développer l’écosystème. Il y a un an, Google a ouvert un Campus, immeuble entier qui accueille un incubateur et un accélérateur privé. L’accès au café de coworking avec Wi-Fi haut débit, aux conférences, formations et sessions de rencontre étant en revanche gratuit. Un succès. Sans attendre d’aide de Tech City ou de l’État, les entrepreneurs s’organisent, et se réunissent. Parfois entre nationaux : il existe un club des geeks français à Londres (6e ville française !). Et quand ils n’ont pas de lieu, ils s’en fabriquent un : " Il y a quelques semaines, un groupe d’entrepreneurs a levé 65 000 livres via Kickstarter (financement participatif, ndlr) pour financer un espace de co-working ", raconte Benjamin Southworth. En revanche, si les " talents " dans le domaine des médias et de la communication, sont mis en avant comme un atout d’attractivité pour Tech City, le cluster est confronté à la même pénurie de développeurs que partout ailleurs. Tout le monde en cherche !

Et aucun recensement réel des forces présentes. Benjamin Southworth reconnaît lui-même qu’il ne peut pas donner de chiffres exacts sur le nombre de sociétés high-tech sur le périmètre de Tech City. Mais évalue à 15 000 personnes l’écosystème. Pas de quoi faire pâlir d’envie Paris ou Berlin. En revanche, pas de problème de place. Pas de périphérique pour enfermer le quartier. D’ailleurs, le parc Olympique, encore un peu plus à l’Est, est déjà présenté comme une extension de la Tech City, le centre média étant transformé en centre d’affaires.

Un périmètre virtuel

À y regarder de plus près, (et en exagérant un peu) la Tech City londonienne pourrait s’étendre sur un périmètre presque aussi grand que Paris. Car si quelques start-up du Net se sont bien concentrées dans ce quartier Est, Google, lui, va installer son siège londonien derrière King’s Cross, plus à l’ouest. Et les entreprises spécialisées de la sécurité internet, elles, sont plus au nord. Sans parler des géants historiques de l’informatique (IBM, Microsoft…), qui sont (un peu comme à Paris), concentrés plus loin du centre, au sud Est.

Alors, oui, il se passe quelque chose dans l’Est de Londres. Et le gouvernement et la ville ont eu l’intelligence de le marketer comme un quartier. " Reproduire une Silicon Valley n’avait pas de sens à Londres. Il fallait que la ville trouve son propre parfum ", rappelle Benjamin Soutworth. C’est ce qu’elle a fait. À Paris de trouver le sien. La fragrance " quartier numérique ", n’est pas forcément celui qui convient le mieux à son genre de beauté. Pour Marie-Vorgan Le Barzic, déléguée générale de l’association Silicon Sentier (la Cantine et le Camping), " ce qu’il faut, c’est créer plusieurs pôles d’attraction, ou le réseautage est facilité ". Et il suffit de regarder le programme du festival Futur en Seine 2013, pour s’en convaincre. Il n’y a pas de quartier numérique à Paris, c’est toute la capitale qui se parfume à cette nouvelle économie. Une capitale entière, un Grand Paris Numérique, une Great Paris Tech City. C’est autre chose comme parfum, non ?

Aurélie Barbaux

 
media
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale