La technologie blockchain est-elle pertinente, partout, tout le temps ?

Les annonces relatives à la blockchain se suivent et se ressemblent. A l’occasion du Fin&Tech Summit, qui s’est tenu cette semaine à Bordeaux, experts et entrepreneurs se sont exprimés sur la technologie, ses limites et ses principaux cas d’usages. 

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La technologie blockchain est-elle pertinente, partout, tout le temps ?

A quoi sert la blockchain ? Parce que ce terme est devenu incontournable sur les lèvres des acteurs de la tech, experts et entrepreneurs ont souhaité revenir sur les fondamentaux de cette technologie lors d'une table ronde au Fin&Tech Summit, qui s’est tenu les 8 et 9 octobre 2019 à Bordeaux. Pour rappel, le concept a été théorisé par Satoshi Nakomoto (pseudonyme) en 2008 dans son livre blanc détaillant les principes du Bitcoin.

Quels cas d'usage ?

Quels sont les cas d’usages éprouvés de cette technologie ? "Le paiement, les outils financiers et la preuve", résume Adli Takkal Bataille, co-fondateur et dirigeant de Catenae, une entreprise de conseil sur ce secteur. "La blockchain permet à des entreprises de faire elles-mêmes leurs preuves. Le légal coûte cher, là c’est facile", ajoute Gilles Cadignan, CEO de Wollet, une start-up rennaise éditrice d’une solution permettant de créer, dans la blockchain, des preuves d'existence et de signatures horodatées.

Autrement dit, pour une entreprise, la blockchain est un outil permettant par exemple de réaliser des transferts d’argent, de propriétés ou d’actifs numériques en conformité avec la loi mais de manière simplifiée. Jusqu’ici, le consensus est de mise. "La blockchain est un registre de preuves", résume Pierre Banzet, CEO de TransChain. Des applications particulièrement pertinentes pour les fintech, mais aussi les legaltech ou le secteur de la regtech.

On rajoutera néanmoins la notion de "distribution", essentielle au concept original de la blockchain. Le registre doit être distribué entre tous les acteurs y participant, ce qui le rend en théorie infalsifiable, par opposition à un registre centralisé (contrôlé par un ou quelques acteurs).

Terme galvaudé ou innovation ?

Depuis quelques années, le terme "blockchain" est fréquemment utilisé par les entreprises qui y voient à la fois un engagement vis-à-vis de leurs clients et utilisateurs, et une excellente preuve de leur transformation digitale. Camembert, poulet, Purée Mousline… pour rester dans le jargon culinaire, la blockchain est accommodée à toutes les sauces. Pour Gilles Cadignan, la première difficulté demeure dans la compréhension même du mot. "La blockchain n’est utile que lorsqu’un environnement est hostile", rappelle-t-il.

L'association avec le bitcoin a aussi nui à la technologie, d'après les intervenants. Elle est le cas d’usage le plus connu de la blockchain, mais ne peut résumer à elle seule l’ensemble des usages potentiels de cette technologie. "La mise sur le marché du bitcoin soulève d’autres questions, comme la scalabilité, la consommation d’énergie", poursuit Gilles Cadignan. Pour Pierre Banzet, "Bitcoin n’est pas adaptable, contrairement à la blockchain qui est à sa 3e génération, et ce n'est pas la dernière".

De l’aveu de tous, une certaine pédagogie est donc à mettre en œuvre. Côté définition, les experts observent toujours une grande confusion, y compris de la part des entreprises, entre les différents niveaux de sécurisation offerte par une blockchain publique ou une blockchain privée. "Une représentation spontanée conduit à penser que la sécurité des données est mieux garantie dans une blockchain privée, explique Jacques Favier. Ce n’est pas le cas". On rappellera également que la blockchain n'a pas vocation à garantir la confidentialité de données sensibles ou d'en protéger l'accès. Ces choix sémantiques représentent une source supplémentaire de confusion.

De la transaction à l’identité numérique

Une ère de buzzword plutôt que de véritable innovation, mais qui tend selon Jacques Favier, membre du Cercle du Coin, à s’estomper. "On observe un retour à la raison depuis 2016, c’est-à-dire à des usages autour de la transaction". Cela ne signifie pas pour autant que d’autres use cases ne sont pas à imaginer. Parmi ceux qui restent à venir, la gestion d’identité. "La réappropriation de l’identité sera le gros sujet, surtout à l’heure où les Gafam cherchent à s’en emparer", explique Adli Takkal Bataille. "C'est déjà une réalité dans la gestion des signatures décentralisées sur la blockchain publique", ajoute Gilles Cadignan.

A quels autres défis la blockchain est-elle être confrontée ? Pour Mark Kepeneghian, fondateur de Kriptown, une plate-forme permettant à tout un chacun d’investir dans des start-up grâce à une blockchain privée, "l’autre grand problème est lié au financement, ce qui freine les projets". "Beaucoup pensent que la blockchain est une révolution au même titre que l’IP (protocole internet), poursuit Gilles Cadignan. Or tout le monde ne peut pas utiliser la blockchain, et tout le monde ne peut pas l’utiliser de la même façon". Pour Jacques Favier, "il est essentiel de définir une communauté. Sans communauté, pas de pérennité".

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