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"La transparence et l’instantanéité sont les principaux atouts de la blockchain", Béatrice Collot (HSBC)

Entretien Dans le cadre de la conférence IN Banque qui se tient le 7 février 2019, en partenariat avec L'Usine Digitale, Béatrice Collot, directrice Trade Finance et Affacturage chez HSBC, revient sur le rôle Trade Innovation Lab du groupe bancaire, mais aussi sur l'apport de la blockchain. Interview.

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La transparence et l’instantanéité sont les principaux atouts de la blockchain, Béatrice Collot (HSBC)
"La transparence et l’instantanéité sont les principaux atouts de la blockchain", Béatrice Collot (HSBC) © HSBC

IN Banque : Quels sont les axes de recherche et de d’expérimentation du Trade Innovation Lab de HSBC ?

Béatrice Collot : Nous y expérimentons toutes les technologies qui, de près ou de loin, améliorent la manière dont nous fonctionnons, apportent l’information de manière transparente, instantanée, et améliorent les services rendus aux clients. Nous testons plusieurs nouvelles technologies indispensables: la blockchain, l’intelligence artificielle, le big data, les objets connectés, la robotique, les chatbots… Plus d’une dizaine de proofs of concept sont en cours de réalisation, et nous avons déjà mis en place 2 partenariats avec des fintech.


S’agissant du big data, nous faisons par exemple de l’agrégation de données avec un objectif précis : suivre du port de départ au port d’arrivée l’acheminement des marchandises de nos clients. Au moment du transport, nous sommes obligés de faire des contrôles réglementaires. Et comme nous récupérons ces données, il est possible de les mettre à disposition de nos clients via une nouvelle application nous permettant d’apporter un service complémentaire, rapide et détaillé.


S’agissant de l’intelligence artificielle, nous avons testé la traduction automatique de documents. Ce service existe certes déjà, mais l’offre n’est pas adaptée à nos besoins… Dans l’univers de la banque et du commerce international, nous utilisons un vocabulaire spécifique, et nous avons donc élaboré notre propre outil à l’aide d’une fintech. Celui-ci peut d’ailleurs potentiellement intéresser nos clients puisqu’ils ont exactement la même problématique.


Enfin, s’agissant de l’Internet des objets, l’un des sujets émergents pour l’activité de Trade, et sur lequel nous travaillons, est le smart container. En récupérant les données intégrées et mises à jour, nous pourrons les mettre à disposition de nos clients sur nos différents canaux. Cela permettra, à tout instant, de savoir où est le container au cours du transport, alors qu’en général, pour nos clients, c’est un grand moment de black out. Cette information est importante car s’il s’agit d’un container réfrigéré, avec du poisson congelé par exemple, il est possible de s’assurer qu’il n’y a pas eu de rupture de la chaîne du froid. En dehors de cette illustration, les applications sont nombreuses dans le métier du commerce international.
 

Comment la blockchain est-elle bénéfique au développement du commerce international ?

B. C. : Le trade finance est l’un des métiers qui échange encore beaucoup de papiers et dont le fonctionnement a peu évolué depuis son origine. Cela s’explique notamment par l’évolution en parallèle de deux écosystèmes. D’un côté, l’écosystème financier – banques, clients et fournisseurs – et de l’autre, la chaîne d’approvisionnement – transitaires, ports, armateurs. Dans une même opération de fret, on peut compter en moyenne une quinzaine d’intervenants – chacun pouvant générer des difficultés ralentissant les opérations.
 

La multiplicité des intervenants et la coexistence de ces deux écosystèmes sont deux éléments importants explicatifs des difficultés et du peu d’évolution. Pour être plus efficace, il faut faire converger ces deux écosystèmes afin de partager l’information de manière plus transparente. C’est ce que la blockchain peut permettre dans notre  métier : réunir toutes les parties prenantes d’une même opération sur une seule plate-forme – et potentiellement de faire converger ces deux écosystèmes en un seul. J’insiste sur – potentiellement – car nous n’en sommes pas encore totalement là. L’intérêt de cette technologie pour ces opérations est principalement que tout le monde a la même vision d’une opération au même moment, et permet d’identifier immédiatement la source d’un problème.
 

Ainsi, la transparence et l’instantanéité sont les vrais atouts de la blockchain, et devraient générer non seulement un gain de temps important et une sécurité accrue mais aussi des économies significatives.


Quelle est votre vision de cette technologie à plus long terme ?

B. C. : Il faut espérer que d’ici deux ou trois ans, les intervenants de ces deux écosystèmes aient largement rejoint les différentes plateformes qui existent ou qui vont émerger. Des convergences devraient aussi s’opérer entre les initiatives existantes comme on a peu le voir entre we.trade et batavia par exemple. Mais pour que cette technologie ait du succès, il faut qu’elle soit largement adoptée et inter-opérable.


Nous faisons partie des plateformes we.trade, eTradeConnect et Voltron. A l’heure actuelle, il y a trois standards de blockchain assez répandus : Corda, Ethereum et Hyperledger. Mais en réalité, il y en existe des centaines. Peut-être que dans dix ans, il n’en restera qu’une seule… Nous sommes en train de développer, avec un consortium de banques et d’entreprises, un système qui a vocation à être utilisé par tous les intervenants qui s’appelle Voltron. Un peu comme le système Swift en son temps, mais ce dernier est resté un système interbancaire.
 

Actuellement, les paiements de ces opérations transitent toujours via les canaux traditionnels. Mais dans une dizaine d’années, il est probable que la partie paiement sera intégrée. Il est important de commencer à monter en compétence sur cette technologie, en particulier sur l’aspect clé de la sécurité – même si aujourd’hui celui-ci nous apparait comme l’un des systèmes les plus sûrs puisque exercé dans le cadre d’un consortium sur un réseau privé. Aussi à long terme, si nos expérimentations se révèlent aussi fructueuses que nous le pensons et l’espérons, une partie de nos systèmes bancaires, tels que nous les connaissons aujourd’hui, devraient être amenée à disparaître au profit d’une expérience client améliorée.

 

Propos recueillis par Next Content dans le cadre de la conférence IN Banque du 7 février 2019

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