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[La Vigie] Trottinettes électriques : la mobilité douce à l'épreuve de durs clichés

Comme l'an dernier, L'Usine Digitale et l'agence Artefact vous proposent la Vigie. Double changement : désormais mensuelle, elle décryptera un phénomène de société lié au numérique. Pour son premier numéro, Paul Grunelius s'attaque à la trottinette électrique et à la façon dont la décrivent ses critiques les plus virulents.  
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[La Vigie] Trottinettes électriques : la mobilité douce à l'épreuve de durs clichés
[La Vigie] Trottinettes électriques : la mobilité douce à l'épreuve de durs clichés © Hive

Les trottinettes électriques ne m’émeuvent qu’assez peu – et ce malgré l’attention considérable dont elles font l’objet dans les médias. Elles paraissent constituer une piste de "mobilité douce" intéressante – parmi d’autres –, légèrement encombrante, au bénéfice écologique encore contesté (notamment en raison de leur mode de fabrication). Certains les utilisent au quotidien, au point de ne plus pouvoir s’en passer ; d’autres les abhorrent et leur font visiter le fond de la Seine à intervalle régulier. Je n’ai cédé à aucun de ces deux excès.

 

Mais pourquoi tant de haine ? 

Il est rare qu’un mode de transport – ou même, en général, une innovation – cristallise autant d’animosité. Une part de l’agacement exprimé s’entend volontiers. Mais un point précis parmi les tombereaux de critiques retient l’attention : la propension de certains commentateurs à disqualifier cette potentielle alternative écologique au nom de son caractère infantilisant et "dévirilisant".

 

Infantilisant, d’abord. Depuis leur apparition sur nos trottoirs, nombre de chroniqueurs se sont relayés pour souligner le "ridicule" inhérent à cette pratique. A commencer par Michel Onfray, à la fin de l’été 2016, sur les ondes d’Europe 1 : "Tout est fait pour que l'on ne soit pas adulte. Quand je vois ces grands adultes sur des trottinettes en train d'écouter des trucs avec des écouteurs et avec des tatouages partout, cela me déplaît ".

 

Va jouer avec ta trottinette

Et Europe 1, toujours – qui déplore dans une autre émission "la vision d’adultes sur un jouet pour enfants", Le Monde – qui explique que "la trottinette est aux transports ce que la grenouillère est aux vêtements : une invention pour enfants" ou encore CNews – qui se demande si ces planches motorisées ne sont pas "tout simplement ridicules ?" – d’emboîter le pas du philosophe dans les mois et années suivantes. Le jugement est sans appel : les trottinettes, c’est pour les enfants. Et  peu importe si elles permettent de limiter l’émission de gaz à effet de serre ?

 

Dans certains discours pointe même une autre critique : celle de la "dévirilisation" de la société, dont la trottinette serait un parangon. Onfray, dans la même intervention, soupire : "Si on revendique un peu de virilité, tout cela est interdit, au nom du féminisme".

 

Une douceur en question 

Voilà le cœur du sujet : l’opposition entre une forme de mobilité douce, silencieuse, non-virile que serait la trottinette électrique et la nostalgie de mobilités plus traditionnelles, présentées implicitement comme puissantes, valorisantes, "viriles". Ce qu’analyse très justement le géographe Philippe Gargov : "En Occident [on a] mis la voiture et les véhicules motorisés en général sur un piédestal. Tous les autres modes sont perçus comme des modes infantilisants, des modes fragiles". 

 

Au paradigme "modernité – tradition" a été substitué un autre : "enfant – adulte" (ou même "féminin – masculin"). Une façon de puiser dans les clichés les plus archaïques de notre imaginaire qui sonne comme l’expression d’une difficulté à s’adapter aux exigences d’un mode de vie plus vertueux.

 

Paul Grunelius @PaulGrunelius, Artefact 

Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Digitale.

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