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Le bilan mitigé de l'application anti-Covid allemande

En 100 jours, l’application allemande Corona-Warn-App a été téléchargée plus de 18 millions de fois, contre 2,5 millions pour son équivalente française, et a permis d’identifier 5 000 cas contacts. Pour une meilleure efficacité, les médecins recommandent une plus grande automatisation de la transmission des résultats entre les laboratoires, les utilisateurs et les autorités de santé.  
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Le bilan mitigé de l'application anti-Covid allemande
Le bilan mitigé de l'application anti-Covid allemande © Gwenaëlle Deboutte

Sur le papier, c'est un véritable succès. En trois mois, l'application allemande de contact tracing Corona-Warn-App, développée par SAP et Deutsche Telekom, a été téléchargée 18,4 millions de fois, comme l'a rappelé le ministre de la santé Jens Spahn lors d'une conférence le 23 septembre. Cela représente environ 22% de la population. A titre de comparaison, son équivalente française Stop-Covid a été installée par 2,5 millions d’utilisateurs depuis le 3 juin, selon le Comité de contrôle et de liaison (CCL), soit 3,5% des Français.

Or, pour Lucie Abeler-Dörner, chercheuse allemande travaillant au département de médecine de l’Université d’Oxford, ce type de dispositif de traçage ne commence à avoir un effet, en plus du port du masque et de la distanciation physique, qu’à partir d’une couverture de 15% de la population, un seuil qui permet d’interrompre les chaînes de contamination.

Le choix d’une architecture décentralisée
Pour obtenir une large adhésion dans un pays où la protection des données personnelles reste un sujet très sensible, le gouvernement allemand a donc fait le choix d’une architecture décentralisée, basée sur l’API "système de notifications d'exposition" d’Apple et de Google. Les informations sont chiffrées et stockées en local dans le smartphone et non sur un serveur. Des codes aléatoires temporaires, provenant d’autres téléphones sur lesquels l’application est installée, sont enregistrés si les critères épidémiologiques de durée et de distance sont réunis (moins de 1,5 mètre pendant plus de 15 minutes).

Dans un souci de transparence, le code source a également été rendu public pour permettre aux informaticiens indépendants d’éprouver la sécurité et de vérifier d’éventuelles failles.

Une efficacité réelle qui pose question
Pour autant, malgré ce nombre important de téléchargements, l’efficacité réelle du système fait débat. En effet, une procédure automatisée permet aux laboratoires médicaux d’envoyer sur les téléphones les résultats des tests, en communiquant un code TAN ou QR.

Mais ensuite, l’utilisateur a le choix de reporter ou non ce résultat dans l’application pour qu’elle alerte tous les autres smartphones dans lesquels elle a laissé un code temporaire. "Jusqu’à présent, nous estimons qu’environ 1,2 million d’utilisateurs ont reçu le résultat de leur test sur leur application, relève Jens Spahn. Parmi eux, environ 5 000 ont choisi de le communiquer à leur contacts. C’est déjà bien, mais cela ne suffit pas".

De son côté, l'informaticien Michael Böhme, qui tient un tableau de bord quotidien, a établi à partir des chiffres de contamination fournis par l’Institut Robert Koch une estimation du nombre de cas contacts. Selon lui, 6 443 personnes testées positives depuis le 23 juin en ont fait part à l’application. La semaine dernière, elles étaient par exemple 1 287, ce qui représente seulement 9,7% de tous les cas positifs identifiés en Allemagne. Michael Böhme note toutefois que cette proportion est en progression : il y a huit semaines, seuls 4% des diagnostics positifs étaient transmis par les particuliers via l’appli.

Protection des données vs lutte contre la pandémie
Dans ces conditions, pour l’association des médecins du secteur public, cette solution ne joue quasiment aucun rôle. "La protection des données est passée avant la lutte contre la pandémie, critique Ute Teichert, présidente de l’Union des médecins de la fonction publique. Il serait bien plus utile d’ajouter une fonctionnalité pour informer automatiquement les autorités des cas positifs. Cela permettrait d’identifier les foyers infectieux et de prendre des mesures de confinement adéquates".

Par ailleurs, Timotheus Höttges, le PDG de Deutsche Telekom, a reproché à une quinzaine de laboratoires de ne pas vouloir partager leurs interfaces afin de transmettre automatiquement les résultats des tests dans l’application. Dans ce cas, les utilisateurs doivent appeler une hotline pour obtenir leur code TAN. Pour l’association des laboratoires accrédités, la raison de ce refus tient dans les contraintes techniques demandées par l’opérateur qu’ils ne sont pas en mesure de remplir. Ils demandent donc une aide financière pour moderniser leur infrastructure informatique.

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