Actualité web & High tech sur Usine Digitale

Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

Le Bitcoin, une monnaie privée dans la quête de l’économie réelle ou miroir aux alouettes ?

En août 2013, le  gouvernement allemand a officiellement reconnu le Bitcoin comme une "monnaie privée". Néanmoins, cette reconnaissance officielle ne fait pas disparaitre les problèmes juridiques apparus autours de cet argent cryptique. Contrairement à ce qu'on pourrait croire au premier regard, le Bitcoin n’est pas, selon la réglementation européenne applicable, une monnaie électronique.
Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

Le Bitcoin, une monnaie privée dans la quête de l’économie réelle ou miroir aux alouettes ?
Le Bitcoin, une monnaie privée dans la quête de l’économie réelle ou miroir aux alouettes ? © DR

Etat des lieux

Il existe en Europe deux directives qui datent de 2000 et 2009, définissant d’une manière stricte la monnaie électronique. Selon la définition retenue, une monnaie électronique est : "une valeur monétaire qui est stockée sous une forme électronique, y compris magnétique, représentant une créance sur l’émetteur, qui est émise contre la remise de fonds aux fins d’opérations de paiement […] et qui est acceptée par une personne physique ou morale autre que l’émetteur de monnaie électronique".

Cette définition vise donc à englober toutes les formes de stockage d’une monnaie légale qui se sont développées au cours de ces dernières années. La monnaie légale en France, comme dans les seize autres Etats Membres de la zone Euro (Union économique et monétaire), est l’Euro. Les formes de stockage de cette monnaie légale, faisant de celle-ci une monnaie électronique, sont par exemple les cartes bancaires, des cartes cadeaux prépayées ou des comptes Paypal.

Va dans le même sens le paiement via la technique NFC (Near Field Communication – Communication en champ proche) pour transférer l’argent entre son portable et un boîtier dédié pour effectuer un achat auprès des commerçants participants. En Allemagne, un tel système est mis en place par Telefonica Deutschland. Ils existent également plusieurs applications Android comme Google Wallet, Cityzi ou Skimm. Les banques d’épargne (Sparkassen) en Allemagne ont par exemple équipé leurs 45 millions de cartes de débit (EC-Karte) avec la technique NFC.

Le fonctionnement

Les Bitcoins sont en revanche une monnaie privée, la production de nouveaux Bitcoins se faisant grâce à un algorithme mathématique contenu dans un logiciel particulier. Celui-ci doit être installé sur un ordinateur qui se connecte à un réseau P2P. Le processus ainsi mis en place pourrait être décrit comme un "minage" où les nouveaux Bitcoins sont "créés" grâce à la puissance des ordinateurs (serveurs) dédiés, conçus pour de telles opérations algorithmiques. Néanmoins, ce processus fonctionne même avec un serveur dédié très lent. Les nouveaux Bitcoins sont émis de façon dégressive et devront atteindre un chiffre maximal de 21 millions d’unités dans environ une quarantaine d’années.

Pour augmenter les chances pendant ce minage, il est possible de s’allier avec d’autres mineurs dans des coopératives. Ces serveurs dédiés déterminent aussi la chaine de transaction légitime car les informations sur des transactions ne sont pas enregistrées sur une base de données centrale mais sur ces serveurs où les informations sont cryptées. La stabilité du réseau est ainsi garantie par ces serveurs repartis partout dans le monde, assurant ainsi qu’un même Bitcoin ne puisse être utilisé deux fois.

Comment peut-on se munir d’un portefeuille électronique ?

L’appropriation des Bitcoins par un public intéressé peut également se faire via un échange d’euros, de dollars ou d’autres devises contre des Bitcoins tenus par ces mineurs ou des intermédiaires sur des plateformes d’échange contre une redevance. Cet achat de Bitcoins, qui apparaissent ainsi comme une devise, a eu pour conséquence que le gouvernement allemand l’a reconnu comme étant une monnaie privée car il a sa propre valeur et son propre cours du jour.

Les sites internet dédiés, facile à repérer grâce à Google, expliquent comment peut-on se munir d’un portefeuille électronique, nécessaire pour stocker ces Bitcoins acquis. Attention, il faut surtout bien retenir son mot de passe car un mot de passe perdu signifie que vous perdez vos Bitcoins ! L’avantage de l’utilisation des Bitcoins réside dans l’anonymat de la transaction. De plus, les transactions de Bitcoins se font dans tous les coins du monde pour des frais très raisonnables et avec une vitesse qui est incomparable avec des versements d’argent traditionnel. En effet, une transaction est prise en compte par le système P2P en 10 minutes environ.

L’arrivée de ce nouvel argent privé dans l’économie est-il un succès ? Les paiements par Bitcoins sont-ils déjà beaucoup utilisés dans l’économie réelle ? Les statistiques figurant sur le site internet blockchain.info montrent environ 50 000 transactions de Bitcoins par jour, ce qui fait environ 17 million de transactions/an. Les virements de banque traditionnels en Allemagne ont atteint en 2010,  selon les statistiques, un chiffre d’environ 6 milliards sur toute l’année, soit un peu plus de 17 millions/jour. Cette comparaison montre que les transactions de Bitcoins sont encore tout à fait microscopiques, en comparaison avec les virements bancaires traditionnels. En outre, le Bitcoin est apparu, notamment pendant la crise de l’euro comme une devise très volatile, constituant un frein à son utilisation dans l’économie réelle. Jusqu’en 2011, le cours était inférieur à 1 dollar pour atteindre par la suite, le 10 avril 2013, un record de 266 dollars, avant de chuter le même jour à un niveau de 105 dollars, pour finalement se stabiliser autour de 150 dollars. En juillet 2013, avant sa reconnaissance comme argent privé par le gouvernement allemand, le cours des Bitcoins avait de nouveau chuté autour de 67 dollars pour atteindre fin août, après plusieurs articles sur le Bitcoin publiés dans la presse économique, un nouveau record de plus de 148 dollars.

Un marché non-régularisé dont la réaction des acteurs est imprévisible

Une des raisons de ces excès de volatilité se trouve dans la rareté du Bitcoin. Jusqu’à aujourd’hui, il existait seulement environ 11 millions de Bitcoins. Ce marché non-régularisé a ainsi tendance à osciller et le prix sera le seul régulateur pour trouver une équilibre entre l’offre et la demande. Le Bitcoin est par ce fait une devise de refuge pour certains spécialistes. Les médias ont spéculé, pendant la crise chypriote en mars et avril, sur les comportements des investisseurs russes et chypriotes, ayant massivement investi dans les Bitcoins, mais ceci restant au stade de la pure spéculation à cause de l’anonymat des transactions.

De plus, une chute peut aujourd’hui être simplement provoquée par les grands acteurs sur ce marché qui ont accumulé d’importants portefeuilles de Bitcoins et qui souhaitent encaisser leurs gains en euros et en dollars en vendant les Bitcoins sur des plateformes virtuelles. La réaction de tels acteurs sur le marché est absolument imprévisible car aucun régulateur ne les contraint à communiquer, d’une manière ad hoc, leurs intentions au marché dédié pour le prévenir. Cette constatation est validée par une nouvelle statistique en Allemagne réalisée en mai 2013, se basant sur une enquête menée par l’Association Fédérale de Technologie de l’Information, de Télécommunication et des Medias nouvelles – BITKOM e.V.

Selon cette étude, 85 % des citoyens de la République fédérale d’Allemagne n’ont pas encore entendu parler de cette nouvelle monnaie. La même statistique révèle qu’il existe en Allemagne  un potentiel de seulement 14 millions d’utilisateurs, représentant environ 20 % de l’échantillon de population analysé dans le cadre de l’enquête. Le directeur principal du BITKOM e.V, Dr. Bernhard Rohleder, résume ce résultat en soulignant  que : "Les Bitcoins sont, de l’aveu même de leurs créateurs, une expérience et ne peuvent être ainsi qualifiés comme un placement d’argent ou un moyen de paiement sûr pour la grande masse d’utilisateurs".

Bitcoin, un moyen de paiement électronique immature pour la France

L’utilisation des Bitcoins ne présente pas une alternative prometteuse pour payer ses factures quotidiennes. La volatilité de cet argent privé le rend, à notre avis, beaucoup plus intéressant comme étant une alternative d’investissement pour stocker un trop de liquidité. La montée des Bitcoins jusqu’à 266 dollars pendant la crise de l’euro, quand la crise chypriote avait atteint son apogée, semble nous donner raison.

La chasse aux Bitcoins via son ordinateur et la spéculation prédestinent le Bitcoin comme une monnaie privée pour certains spécialistes. L’absence de règlement institutionnel se matérialise par le fait que chaque personne est lui-même responsable de la sécurisation de son portemonnaie virtuelle dans lequel sont stockés ses Bitcoins. Il n’y a aucune banque qui pourrait agir comme dernier secours dans le cas où ce portemonnaie serait pillé par des pirates informatiques, ce qui s’est déjà produit dans la courte histoire des Bitcoins.

Le Bitcoin est donc certainement une expérience intéressante qui enrichit les moyens de paiement existants aujourd’hui. Néanmoins, l’influence sur l’économie réelle restera très limitée. Le Bitcoin y est confronté à des moyens de paiement électronique beaucoup plus répandus comme les cartes bancaires NFC, les cartes bancaires classiques ou les comptes Paypal, ce qui rendra difficile pour le Bitcoin de quitter sa niche expérimentale.

André Karg, avocat, German Desk, DS Avocats

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

 
media
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale