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Le câble sème un peu plus la zizanie dans le très haut débit

Les cinq opérateurs télécoms français ont profité du colloque sur le THD de l’Avicca pour échanger de façon vive comme à leur habitude. Mais cette fois, sur fond de rachat de SFR par Numéricable et de montée en puissance du câble.

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Le câble sème un peu plus la zizanie dans le très haut débit
Le câble sème un peu plus la zizanie dans le très haut débit © D.R. - Google

Le colloque annuel de l'Avicca (Association des Villes et Collectivités pour les Communications électroniques et l’Audiovisuel) réussit chaque année la prouesse de réunir à une même table l'ensemble des opérateurs télécoms du paysage français. En ce 13 mai 2014, le très haut débit est le thème central de la conférence, et continue de cristalliser les rancoeurs des uns envers les autres, ainsi que les éternelles incompréhensions entre opérateurs privés et collectivités locales.

Mais, aux habituels échanges d'amabilités sur l'impact négatif du dernier arrivé sur le marché ou sur la toute puissance de l'opérateur historique, est venu s'ajouter sans surprise la vente de SFR par Vivendi à Altice (Numericable). "Le big bang de 2014", pour Pierre Louette, DGA d'Orange. Avec en toile de fond, même si elle n'a pas été évoquée, la rumeur qui prête, depuis le 12 mai, à Bouygues Telecom  un prochain plan de suppression de 1500 à 2000 postes (sur 9000 salariés). Ils sont donc cinq autour de la table : Orange, SFR, Free, Bouygues Telecom et Numericable, dont le nom résonne bien plus fort que les années précédentes.

 

Retrouvez notre dossier sur "Le feuilleton du rachat de SFR par Numericable"

 

Cinq opérateurs en colère

Très attendu et en position inconfortable, Didier Casas, secrétaire général de Bouygues Telecom, n'a pas souhaité commenter le sujet des possibles licenciements chez l'opérateur, mais a rappelé la difficile situation des opérateurs français. Chiffres de l'Arcep (Aurorité de régulation des communications électroniques et des postes) à l'appui : chute de 7% des revenus depuis 2013 et de 15% sur le mobile, alors que le trafic data mobile augmentait, lui de 67%. Chute des revenus et indispensables lourds investissements indispensables, l'équation est connue.

En ouverture du colloque, la secrétaire d'Etat Axelle Lemaire a cependant donné le ton de la discussion en souhaitant, sans citer aucun opérateur, que "les mouvements dans le secteur soient favorables au déploiement du très haut débit, d'autant que derrière ce secteur, se trouvent des emplois et une filière industrielle." Malgré les arguments de la baisse de revenus des opérateurs, elle les a "invités" à signer rapidement les conventions prévues avec l'Etat et les collectivités pour le déploiement du THD, avant d'ajouter que le gouvernement serait particulièrement attentif dans le domaine. Elle sera vigilante à ce que la Commission européenne aille dans le même sens en acceptant par exemple l'éligibilité des fonds Feder à ces déploiements d'infrastructures (un potentiel de 600 millions d'euros sur 10 ans).

Fibre optique contre câble contre ADSL

A la table ronde entre opérateurs, la succession d'interventions s'est focalisé sur un sujet sensible : les technologies du très haut débit concernées par les déploiements en France. Tout a commencé avec une petite phrase de la ministre dans son introduction sur la possibilité que le déploiement du très haut débit concerne la fibre optique, mais aussi la montée en débit du cuivre, la 4G ou le satellite.

De quoi déclencher le débat puisque le plan gouvernemental THD mettait l'accent principalement sur la fibre optique, comme l'a rappelé Didier Casas, réclamant des précisions ultérieures sur le sujet puisque "des promesses ont été prises." Pour Pierre Louette d’Orange, pourtant, "il faut envisager des technologies complémentaires au FTTH pour ce grand projet de déploiement du THD, et ne pas rester sur l'idée d'un ‘one size fits all’." Même si la Ministre n'a pas mentionné le câble dans sa liste, c'est bien sa complémentarité avec la fibre optique qu'ont évidemment défendu sur ce thème SFR et Numericable. Olivier Henrard, secrétaire général de SFR, a rappelé que le rapprochement réunissait justement la fibre de SFR avec le câble Numericable. "Un panachage des technologies qui permettra de couvrir plus vite le territoire avec 15 millions de prises fin 2020." Un clou enfoncé par Jérôme Yomtov, directeur général délégué de Numericable qui a rappelé la complémentarité des réseaux des deux protagonistes (maillage des villes pour Numericable, autoroutes entre les villes pour SFR) et a insisté sur des débits actuels du câble de 200 Mbps aujourd'hui qui grimperont bientôt jusqu'au Gbps.

Mais Maxime Lombardini, DG d'Iliad (Free) a - sans surprise - exprimé haut et fort son désaccord, rappelant que le débit montant (upload) du câble est inférieur au débit descendant (download). Ce soutien au FTTH peut surprendre de la part de Free qui passe principalement par Orange et SFR pour la fibre. Il pourrait néanmoins se comprendre si l'opérateur envisageait un rapprochement avec Bouygues Telecom dont il récupèrerait entre autres le réseau de fibre optique (qui sert d’ailleurs de support à l'offre commerciale de Numericable). Lors de la mise en vente de SFR, Free avait déjà passé un accord avec son concurrent Bouygues Telecom afin d'acquérir le réseau d’antennes mobiles de ce dernier dans le cas où il aurait racheté SFR. Arnaud Montebourg, qui n'a pas vu d'un bon oeil le choix final d'Altice pour cette acquisition, se dit justement aujourd'hui en faveur d'un rachat de Bouygues Telecom par Iliad (Free).

Haro sur le câble

Pour Numéricable, Jérôme Yomtov a de son côté fait un petit rappel historique expliquant que le câble était utilisé depuis une vingtaine d'années pour la diffusion de la télévision et que c'était sur la base de ce réseau que Numericable déployait la fibre depuis environ 7 ans (plus d'un milliard d'euros d'investissement à ce jour). Et de citer de nombreuses études évoquant la grande qualité de service du câble permettant bientôt à une télévision en très haute définition face à un ADSL équivalent "à de la télévision en noir et blanc en solde".

Orange et Free, sur la même longue d'ondes sur ce sujet, estimant qu'il est facile d'avoir une bonne qualité de service sur un réseau vide. Piqué au vif sur la qualité du service ADSL, son coeur de métier, Maxime Lombardini a d’ailleurs constaté avec ironie que "le câble, en quasi monopole depuis des années, montrait une remarquable stabilité. Numericable compte le même nombre d'abonnés qu'il y a 5 ans." Mais, le DG de Free ne s'est pas privé non plus de viser Orange qui changerait à tout moment les conditions commerciales, territoriales et tarifaires dans les contrats de déploiement en zone dense. Et de réclamer un cadre beaucoup plus solide.

La régulation, pour Numericable aussi

Sur cette question de la régulation, Maxime Lombardini a aussi interpellé l'Arcep et les autorités de la concurrence pour que Numericable soit désormais soumis aux mêmes règles que les autres - aujourd'hui, les réseaux câblés ne dépendent pas de la régulation des télécom - par exemple en matière de TVA ou de contribution au Cosip (Compte de Soutien à l'Industrie des Programmes Audiovisuels).

 Jérome Yomtov, directeur général délégué de Numericable et Olivier Henrard, secrétaire général de SFR avaient tous deux jeté de l'huile sur le feu, présentant l'ensemble qui devrait les réunir au dernier trimestre, comme un vrai numéro 2 de la télévision payante derrière Canal Plus.

Emmanuelle Delsol

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