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Le conteneur connecté bientôt sur toutes les mers du globe grâce aux français CMA CGM et Traxens

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La compagnie française CMA CGM, troisième armateur mondial de conteneurs installé à Marseille (Bouches-du-Rhône), lance une application mobile permettant à ses clients de suivre leurs conteneurs. Cette appli n’est qu’un aspect de la transformation digitale de la compagnie qui va équiper d’ici la fin 2015 ses conteneurs frigorifiques de petits boitiers intelligents et communicants connectés à une plateforme de traitement de l’information. La technologie qui permet au conteneur de "raconter sa vie" au cours de son voyage a été mise point par la start-up marseillaise Traxens.

Le conteneur connecté bientôt sur toutes les mers du globe grâce aux français CMA CGM et Traxens
Le Marco Polo, l'un des plus gros porte-conteneurs de CMA CGM. © CMA CGM

La compagnie maritime CMA CGM, troisième groupe mondial de transport de conteneurs et premier français (20 000 salariés dont 2 400 à Marseille, siège social), a lancé le 8 avril une application mobile permettant à ses clients d’obtenir des informations sur la position de leurs conteneurs. L’appli est disponible en cinq langues (anglais, français, chinois, espagnol et allemand) sur l'App Store et Google Play. Cette innovation devrait aller droit au cœur des clients puisque 34% de leurs appels concernent une demande sur la position géographique de leurs conteneurs, selon un communiqué de la compagnie.

Cette application mobile n’est qu’un aspect de la transformation digitale de CMA CGM qui entre dans l’ère du "smart container". D’ici la fin 2015, elle commencera à équiper ses conteneurs frigorifiques - destinés aux denrées périssables - de boîtiers de la taille d’un téléphone portable connectés à une plateforme de traitement de l’information gérant les informations provenant des conteneurs.

Cette technologie a été mise au point par la start-up marseillaise Traxens (16 salariés) au cours d’un programme de R&D de trois ans et d’un compagnonnage de plusieurs années avec CMA CGM. En février 2015, l’armateur a pris part, à hauteur de 2 millions d’euros, à l’augmentation de capital de Traxens aux côtés de fonds d’investissement des groupes Crédit Agricole et BPPC.

"faire en sorte que le conteneur raconte sa vie"

Comme L’Usine Nouvelle l’avait révélé dès 2013, la finalité du système mis au point par Traxens est de produire des données sur les imprévus qui interviennent au cours de l’acheminement du conteneur (une rupture de la chaîne du froid par exemple) et d'en informer en temps réel les acteurs de la chaîne multimodale. "Au cours de son voyage, le conteneur rencontrera entre 4 et 12 acteurs différents, chacun étant responsable d’une partie de la chaîne. Or, c’est souvent à l’intermodalité que peuvent se produire les imprévus et les incidents.", explique Michel Fallah, le président-fondateur de Traxens.

Le boîtier conçu par la start-up intègre une série de capteurs pouvant localiser le conteneur, en mesurer le poids, relever une différence de température et apprécier des chocs, la disparition ou encore l’ouverture frauduleuse d’un conteneur. Toutes ces informations sont de nature à intéresser les différents acteurs du transport : le chargeur, le transitaire, le transporteur routier ou ferroviaire, le client final, l’assureur de la cargaison… Chacun va se voir proposer une formule d’abonnement par Traxens.

Ainsi, si des bananes chargées à tel endroit n’ont pas été stockées dans les conditions de températures réglementaires pendant telle ou telle partie du voyage, cette donnée essentielle parviendra au chargeur, le client final et aussi l’assureur. Pour un conteneur de produits électroniques, ce sont les chocs qui constitueront une information utile. Pour les douanes, c’est le fait que les scellés d’un conteneur auront été forcés à tel ou tel moment précis de la chaîne de transport. Toute l’expertise de Traxens, explique Michel Fallah, consiste à "faire en sorte que le conteneur raconte sa vie" qu’il transporte des couches pour bébé, du matériel électronique, des jouets, du vin ou du poisson congelé.

40 % des conteneurs arrivent en retard

Les enjeux économiques du conteneur connecté sont en ligne avec le poids du secteur : "Il y a 33 millions de conteneurs en circulation (90 % du commerce mondial de marchandises) représentant une valeur de 5 000 milliards de dollars par an. Or 40% des conteneurs arrivent en retard", assure Michel Fallah.

On comprend l’utilité pour chacun des acteurs de la chaîne de connaître ce retard en temps réel pour prendre les décisions qui s’imposent et optimiser la gestion en temps réel. Si l’on reprend le cas d’un conteneur de bananes impropres à la consommation, le client final en sera informé par SMS et l’information ira aussi directement dans son système d’information pour alerter notamment sa gestion des stocks.

La plateforme développée par Traxens, explique Michel Fallah, peut "piloter l’ensemble des boîtiers associés aux conteneurs, collecter de manière sécurisée les informations et les alertes et de les transmettre aux multiples acteurs concernés, en fonction de leur responsabilité dans le voyage", explique Michel Fallah qui insiste sur la question du prix du dispositif : "Il fallait réussir à développer un boîtier fiable à très faible coût de revient compatible avec le coût journalier d’un conteneur." Soit inférieur à 50 centimes d’euros par jour pour un conteneur classique en location et environ 3 euros pour un conteneur frigorifique.

Ce n’était pas la seule contrainte forte. "Il fallait développer un boîtier qui ait une autonomie énergétique égale à la durée de vie du conteneur et qui puisse gérer la grande variété de données possibles." Si la température est primordiale pour le conteneur de bananes, elle ne l’est pas pour un conteneur de chaussettes. Enfin, ce boîtier devait être en mesure de "retransmettre à la plate-forme ces données en quasi temps réel, depuis n’importe quel point du globe."

Un système ouvert

Si Traxens et CMA CGM ont travaillé main dans la main pour la mise au point de cette technologie, ils n’ont pas voulu d’un modèle économique fermé. Le système est ouvert et Traxens est désormais prêt à le commercialiser dans le monde entier : la start-up va prendre contact avec les acteurs de la chaîne multimodale pour leur proposer des formules d’abonnement et avec les armateurs, les fabricants et loueurs de conteneurs pour en équiper leurs produits.

Traxens et CMA CGM savent que d’autres compagnies maritimes testent en ce printemps 2015 des systèmes de traçabilité des conteneurs. La question occupe l’univers du shipping depuis cinq ans est aussi l’un des axes stratégiques de Novalog, le pôle de compétitivité logistique installé au Havre, premier port français de conteneurs.

Selon Michel Fallah, c’est la capacité des acteurs à sécuriser les données et à en traiter de gros volumes qui devrait "faire le tri entre les prétendants".

En attendant, la compagnie CMA CGM se présente comme un "précurseur dans le big data appliqué au transport". Elle s'est jetée à l’eau la première. Cela suffira-t-il à dominer toutes les mers ?

Claire Garnier

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