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Le CV anonyme ? Une bataille anachronique à l'heure de LinkedIn et Viadeo

Le Conseil d’État a récemment considéré que le dispositif du "CV anonyme" voté en 2006 devait désormais être appliqué. Cette décision est en contradiction totale avec l’évolution des comportements au sein d’un monde de l’entreprise désormais lié à l’omniprésence des réseaux sociaux professionnels, qui eux mettent en avant la transparence et la proactivité.
mis à jour le 11 juillet 2014 à 07H34
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Le CV anonyme ? Une bataille anachronique à l'heure de LinkedIn et Viadeo
Le CV anonyme ? Une bataille anachronique à l'heure de LinkedIn et Viadeo © DR

Qu’est-ce que la loi sur le CV anonyme ?

Le "CV anonyme" est un dispositif voté en 2006 dans le but de lutter contre les discriminations à l'embauche dans les entreprises de plus de cinquante salariés. N’ayant jamais fait l'objet de décret d'application, il n’a pas eu l’occasion d’être mis en œuvre. Ceci risque désormais de changer : le Conseil d’État vient en effet de sommer le gouvernement de prendre les dispositions nécessaires à son application.

Au-delà de la question cruciale de l’organisation d’une telle démarche au sein des entreprises, cette loi semble dans sa dénomination-même porter en elle une lourde contradiction. Le terme de CV anonyme semble en effet à première vue un oxymore : le curriculum vitae, ou "déroulement de la vie", est par essence lié au parcours d’un individu unique, à sa formation et à ses compétences propres. Le recouvrir du voile faussement pudique de l’anonymat revient en quelque sorte à atrophier la partie la plus représentative de sa raison d’être.

Une bataille surannée

Lorsque le dispositif a été voté en 2006, le réseau social LinkedIn avait trois ans d’existence, et Viadeo, son petit frère français, existait depuis deux ans. Huit ans plus tard, en 2014, LinkedIn a dépassé la barre des 300 millions d’inscrits dans le monde, quand Viadeo a atteint celle des 60 millions.

Ces chiffres, dont l’ampleur traduit un phénomène mondial, parlent également d’une évolution dans la manière de chercher un travail pour les candidats, ou de recruter un collaborateur pour les entreprises. En effet, en 2014, un CV est souvent perçu par les recruteurs comme un agglomérat de promesses professionnelles "qui n’engagent que ceux qui les écoutent", selon le mot célèbre d’Henri Queuille : il est d’ailleurs de notoriété publique que près d’un tiers des candidats mentent sur leur CV.

Or les réseaux sociaux professionnels apportent une réponse partielle à cette problématique : non seulement ils renseignent sur la façon dont un candidat peut mettre en avant son parcours, sa formation, son expérience, mais aussi sur sa connaissance des enjeux d’Internet, cruciaux s’il en est au 21e siècle ; par le jeu des recommandations écrites et des confirmations de compétences ils apportent également une garantie supplémentaire de la véracité des informations avancées ; enfin, la possibilité qu’a chacun de poster des liens ou des avis sur son domaine d’expertise supposé renseigne également assez vite sur sa maîtrise avérée du sujet qu’il entretient.

le conseil d'etat a une meconnaissance du monde de l'entreprise

S’il répond à une préoccupation légitime de notre société, le dispositif du CV anonyme le fait ainsi en contradiction avec l’évolution de son époque. Là où l’omniprésence d’Internet facilite la prise de contact et la mise en confiance mutuelle via une certaine transparence des compétences et des parcours, ce dispositif vient alourdir un peu plus le processus de recrutement en obligeant à la dissimulation d’informations là où spontanément les candidats de 2014 jouent la carte de la transparence.

En décidant la mise en place d’un tel dispositif, les membres du Conseil d’État ne manifestent donc pas seulement leur méconnaissance du monde de l’entreprise et de la façon dont se déroulent concrètement les processus de recrutement : ils traduisent également une déconnexion des enjeux liés au numérique dans le monde du travail actuel. A l’heure où la France compte plus de cinq millions de chômeurs, c’est un signe peu encourageant envoyé à leurs concitoyens.

Stéphane Ozil, agence de conseil en médias sociaux et contenus éditoriaux Ozil Conseil
@stephane_ozil

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* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

6 commentaires

Lukas
15/07/2014 19h28 - Lukas

En faisant de ce texte une réponse politique à 2005, les législateurs ont rendu difficile une adoption sereine. En prenant le temps de l'expérimentation. Et évidemment un retrait qui aurait lui aussi valeur de symbole politique. En revanche article très limite. L'auteur se préoccupe beaucoup de l'intérêt des employeurs. Mais on ne le voit pas très soucieux de l'intérêt des candidats, notamment discriminés. Quelle autre alternative au CV anonyme ? La caméra cachée ? la discrimination positive ? De plus bonjour l'hypocrisie et le ridicule sur l'histoire des "enjeux d'internet". Si j'envoie un CV anonyme avec un lien vers ma page Taljob (CV anonyme en ligne). Suivi d'un joli QR Code pour faire encore plus geek. Je démontre aussi ma connaissance des enjeux d'internet... A moins que l'enjeu en question, c'est l'obligation de dévoiler sa vie sur internet. Bientôt on va rendre obligatoire l'existence d'une page Facebook avec profil public pour décrocher un job. Ben oui, savoir comment on gère ses conflits familiaux, si on compte se marier, ou si on a pas menti dans la rubrique "Loisirs" c'est quand même intéressant pour un employeur.

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Chomons
11/07/2014 21h14 - Chomons

Si viadeo et linkedin servaient le recrutement le chômage serait à 0.5 % ! cqfd

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Chris
11/07/2014 20h19 - Chris

C'est encore une initiative au-delà même du ridicule, qui traduit l'incompétence absolue de ses auteurs associée à un manque de sens pratique qui en dit long sur la déconnexion des élites (?) législatives de la vraie vie. La discrimination existe encore, bien entendu. Elle se fera lors de l'entretien, avec comme unique conséquence un peu plus de perte de temps - et de frais de déplacements - pour le candidat. Les sexistes, racistes et autres anti-vieux en profiteront juste pour ajouter au malaise de leurs victimes - sans prendre de risque de laisser une trace opposable - et passeront un bon moment de rigolade en envoyant le courrier de refus pour motif quelconque. Cette histoire est juste bête à pleurer.

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Stéphane
11/07/2014 16h41 - Stéphane

@ Ludivine : Merci pour votre commentaire ! @ Marc : C'est bien sûr vrai que tous les métiers ne sont pas au coeur des enjeux d'Internet. Par contre il deviendra de plus en plus difficile de se passer de leur connaissance pour trouver du travail. La discrimination à l'embauche est un sujet suffisamment sérieux pour que l'on cherche des solutions qui ne vont pas à l'encontre de l'évolution naturelle du monde du travail. Le fait de traiter ce sujet avec tant de légèreté de la part des institutions revient en quelque sorte à mépriser le problème.

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Marc
11/07/2014 13h59 - Marc

On peut aussi se dire qu'il y a énormément de métiers pour lesquels la "connaissance des enjeux d’Internet" n'a que peu d'importance. Des métiers pour lesquels il ne viendrait à personne d'envisager un compte LinkedIn comme un pré-requis à toute candidature sérieuse. Des métiers qui n'ont rien à voir avec internet, en fait Il parait qu'il y a même des gens qui n'utilisent pas d'ordinateur pour leur travail...

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Ludivine
11/07/2014 09h10 - Ludivine

Tout simplement ridicule, encore un faux débat qui ne sert à rien. Irréaliste et à côté de la plaque. Par ailleurs dans le simple envoi d'une candidature une boite mail contient dans la majeure partie des cas nom et prénom. Très bon article en tout cas, bon résumé de l'absurdité environnante

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