Le deal Comcast / Netflix inquiète les défenseurs de la neutralité du Net

L'accord signé entre le réseau câblé Comcast et le service de streaming vidéo Netflix enterre-t-il définitivement le sacro-saint principe de neutralité du Net ? Le coût sera-t-il répercuté sur le consommateur final ? Décryptage.

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Le deal Comcast / Netflix inquiète les défenseurs de la neutralité du Net

Le 23 février, le puissant cablo-opérateur américain Comcast (qui va racheter le numéro 2 Time Warner Cable) et le service de vidéo Netflix ont officialisé un partenariat. Il vise à faire bénéficier les abonnés de Comcast qui utilisent Netflix d'un meilleur débit. L'annonce a rapidement enflammé le Web, beaucoup d'internautes y voyant le début de la fin de la neutralité du Net. Comcast va-t-il privilégier Netflix au détriment d'autres services ? Cet accord va-t-il changer la face du Web ?

De quel accord parle-t-on ?

L'accord signé entre Netflix et Comcast porte sur le "peering" ("appairage" en bon français), soit l'interconnexion des réseaux de l'opérateur et du fournisseur de services. Jusqu'ici, Netflix passait par un opérateur de transit pour accéder au réseau de Comcast. L'accord signé permettra au service de vidéo en streaming de se passer d'intermédiaire : il construira son propre CDN (content delivery network) afin d'établir une connexion plus directe entre les deux infrastructures. Les abonnés de Comcast pourront accéder de façon plus fluide aux contenus de Netflix. En théorie, cela ne se fera pas au détriment des autres services et autres abonnés.

Les abonnés de Netflix vont-ils payer l'addition ?

Si Netflix signe un accord similaire avec d'autres fournisseurs d'accès, les consommateurs ne risquent-ils pas de payer eux-mêmes une facture de plus en plus lourde ? En réalité, rien n'indique que Netflix va payer davantage qu'auparavant. Jusqu'ici, Netflix payait déjà des frais de connexion, mais auprès d'un intermédiaire.

A l'avenir, le service de streaming paiera directement Comcast, ce qui pourrait en réalité lui coûter moins cher que le montage précédent. Il n'y a pas de corrélation entre le mode d'interconnexion et le prix final payé par l'utilisateur.

La neutralité du Net est-elle remise en cause ?

La pratique du peering payant n'est pas nouvelle. En 2012, saisie dans le cadre d'un conflit opposant l'opérateur de transit Cogent et Orange, l'autorité française de la concurrence considérait cette pratique comme légitime "lorsque le trafic échangé entre les opérateurs transitaires est asymétrique", comprenez lorsque le trafic entrant est nettement supérieur au trafic sortant. Chaque opérateur dispose de son propre ratio au-delà duquel il facture des frais de peering.

Dire que le deal Comcast / Netflix constitue l'acte fondateur d'une nouvelle ère est donc faux. Cet "Internet à deux vitesses" existe déjà dans les faits. Pour se prémunir de toute critique, Comcast tient à préciser que Netflix "ne bénéficiera pas d'un traitement préférentiel" dans le cadre de l'accord pluriannuel signé. Mais les détails de l'accord étant secrets, rien ne permet de le prouver.

C'est à cette opacité sur les relations entre FAI et fournisseurs de contenus que les législateurs et régulateurs veulent s'attaquer. Faut-il encadrer la pratique du peering par la loi, imposer des règles aux fournisseurs d'accès ? Le débat fait rage aux Etats-Unis mais aussi en Europe : la commission Industrie du parlement européen devait rendre son avis sur la neutralité du Net, ce 24 février, mais le vote a finalement été repoussé. C'est sur la base du rapport adopté que le Parlement se prononcera en séance plénière.

Sylvain Arnulf

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