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Le Digiworld Yearbook pointe un inquiétant retrait de l’Europe dans la high tech

L’Idate, observatoire des technologies de l’information et de la communication dans le monde, a publié son Digiworld Yearbook 2014, le mardi 20 mai. Cet état des lieux montre en particulier une Europe en perte de vitesse dans un univers en croissance.
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Le Digiworld Yearbook pointe un inquiétant retrait de l’Europe dans la high tech
Le Digiworld Yearbook pointe un inquiétant retrait de l’Europe dans la high tech © D.R.

En dehors des logiciels et services Internet, le marché des TIC a représenté 3500 milliards d’euros de chiffre d'affaires dans le monde en 2013, selon le Digiworld Yearbook 2014 de l’Idate. La part de cette activité dans le PIB mondial ne représente plus que 5,9% contre 6,6% en 2009, mais elle a crû de 3,2% contre 2,8% en 2012. Comme le précise Didier Pouillot, directeur business unit strategies, en charge du rapport Digital Yearbook, "au vu des nombreuses innovations du marché, cette croissance modérée doit davantage être assimilée à une légère déflation."

A l’exception des équipements électroniques, en chute de 5% de leur chiffre d'affaires, l’ensemble des segments du secteur sont en hausse. Les équipements télécoms s’en sortent avec plus de 6% de progression, dopés non pas par les équipements de réseau, mais par le renouvellement des terminaux mobiles. Il s’en est vendu un milliard en 2013 et il devrait s’en écouler près de 3 milliards dès 2018.

L’envolée des émergents face aux pays développés

En matière de géographie, l’Idate observe la nette bascule de l’Ouest vers l’Est et le Sud, et l’inexorable perte de vitesse européenne. Sans surprise, le Vieux Continent a été la seule région à décroître en 2013, avec un chiffre d'affaires de 278 milliards d’euros en chute de 0,8%. C’est d’ailleurs elle qui plombe le chiffre d'affaires des services télécoms mondiaux. Mais surtout, comme le précise l’Idate, elle n’est pas seulement en recul dans les télécoms, mais aussi dans la télévision, dans l’informatique, etc.

L’Amérique du Nord s’en tire bien avec 2,8% de hausse et reste en tête avec 1 075 milliards d’euros de parts de marché. Mais avec 1040 milliards d’euros et 5,4% de croissance, la région Asie-Pacifique se rapproche à grande vitesse. "Même si c’est une zone géographique contrastée, note Yves Gassot, DG de l’Idate. Avec des pays en développement comme l’Inde dont la croissance dans le secteur est à deux chiffres. Plus globalement, le différentiel entre pays avancés et émergents dans le monde s’agrandit. Pour 1% de croissance du secteur dans les pays avancés, on est à 7 ou 8% dans les émergents. C’est vrai en Asie Pacifique, mais aussi en Amérique Latine (287 milliards d’euros, +6,1%. NDLR), et en Afrique et au Moyen-Orient (203 milliards d’euros, +8,3%, NDLR)."

Autant de données de marché qui se traduisent, dans les différents classements d’acteurs des télécoms, de la télévision ou de l’informatique. "Il ne reste plus que quatre européens parmi les dix premiers opérateurs mondiaux (Telefonica, Deutsche Telekom, Vodafone, Orange, NDLR), précise ainsi Yves Gassot. Ils étaient encore 6 en 2008. Et dans la télévision, les dix premiers sont tous américains ! "

L’inévitable consolidation des opérateurs

Du côté des opérateurs, l’Idate rappelle la situation complexe de l’Europe à l’heure de la consolidation. "Du fait de la régulation, la consolidation va d’abord avoir lieu à l’intérieur des pays, rappelle ainsi Yves Gassot. Puis elle passera les frontières." Outre la France, qui attend l’autoriation des rachats de SFR et de Virgin Mobile par Altice (Numericable), mais aussi la vente de Bouygues Telecoms sur laquelle Orange s’est positionnée, l’Irlande, l’Allemagne, l’Autriche sont eux aussi en route vers un nombre plus restreint d’opérateurs.

"Nous avons proposé un groupe de travail à Bruxelles avec les grands acteurs des télécoms pour comprendre précisément ce qui est à l’origine de l’important différentiel entre la dynamique industrielle américaine qui apparait comme un modèle, et la situation européenne. En réalité, il y a de moins en moins de ressemblance entre ces deux marchés. Les cinq principaux marchés européens ont perdu 12% en 5 ans, les USA ont pris 9%. Et la divergence est encore plus forte quand on observe les marges d’Ebitda." Une situation dramatique pour le Vieux Continent à l’heure où la demande des consommateurs exige des opérateurs qu’ils investissent lourdement. "Dans le mobile, les opérateurs américains ont investi le double des européens," continue d’ailleurs Yves Gassot.

L’explosion des services cloud

Sans surprise, les services Internet (moteurs de recherche, réseaux sociaux, cloud, commerce électronique, etc.) sont, quant à eux, en pleine explosion. Ils devraient voir leur chiffre d'affaires aujourd’hui de 221 milliards d’euros (+17%) augmenter de 82% d’ici à 2017 pour dépasser 400 milliards d’euros. Ils compteront alors pour 10% de l’écosystème. Avec 26,8% de croissance, ce sont les services cloud qui emportent le gros morceau, devant les moteurs de recherche (18,5%). Sur cette partie du secteur, c’est la région Asie Pacifique qui génère le plus de revenu avec 140,6 milliards d’euros. L’Europe est bonne dernière avec 45,5 milliards d’euros.

Emmanuelle Delsol

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