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Le fondateur d'Archos revient pour créer un réseau pour les objets connectés (avec des prises électriques)

mis à jour le 15 octobre 2015 à 09H58
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Entretien Archos a créé la surprise en annonçant la création d'une filiale, PicoWAN, qui va déployer un réseau bas débit longue distance pour les objets connectés. Henri Crohas, fondateur d'Archos, qui a pris du recul ces dernières années, quittant ses fonctions opérationnelles au sein du fabricant français de produits électroniques, revient pour mener ce projet. Il en explique la philosophie à L'Usine Digitale.

Le fondateur d'Archos revient pour créer un réseau pour les objets connectés (avec des prises électriques)
Le fondateur d'Archos revient pour créer un réseau pour les objets connectés (avec des prises électriques) © Archos

L'Usine Digitale - Vous avez l'intention de créer un réseau de communication pour l'internet des objets en déployant 200 000 pico-passerelles en Europe de l'Ouest dès juin 2016, sous forme de prises électriques. Pourquoi sous cette forme inattendue ?

Henri Crohas - L'innovation n'est pas de faire une pico-passerelle sous forme de prise connectée. Ça, c'est relativement simple. La vraie invention se trouve à l'intérieur, c'est la MAC (medium access control, NDLR). On a mis deux ans à la développer : notre technologie a fait l'objet de trois dépôts de brevets.

 

Nous utilisons le réseau LoRa, mais nous avons développé notre propre protocole, PicoWAN. Il est complètement différent de ce qui existe. C'est cette invention, contenue dans les picogateways, qui permet de créer un réseau d'une autre manière, avec des passerelles à l'intérieur des bâtiments et non avec des antennes sur les toits, comme le font les opérateurs télécoms.

 

Nos gateways ont la même puissance d'émission que les antennes installées sur les toits, elles portent aussi bien car elles utilisent le même LoRa, et même mieux, puisqu'on peut faire du "deep indoor". Une picogateway installée au vingtième étage d'un immeuble pourra communiquer avec des objets installés au troisième sous-sol. Mais nos équipements ne coûtent pratiquement rien (quelques euros) alors que les opérateurs doivent dépenser des milliers d'euros par antenne.

 

Le principe est le même que celui des réseaux de hotspots Wi-Fi ?

Absolument. On veut créer le réseau des hotspots pour les réseaux connectés. La différence majeure, c'est la portée. Un hospot Wi-Fi porte de 10 à 50 mètres, ici on ira jusqu'à 1 kilomètre. Les systèmes de réseaux collaboratifs Wi-Fi ne marchent pas car c'était beaucoup trop local, avec une portée trop faible. Ici le maillage est bien plus facile car le rapport de distance est de 1 à 100. Et contrairement à un hotspot wi-fi, les volumes de données échangés sont très faibles, avec des messages d'une dizaine d'octets.

 

Qui déploiera ces pico-gateways ?

Même si Archos a un grand savoir-faire dans l'électronique grand public, nous pensons que le marché sera B2B au départ. On veut s'allier à des partenaires qui sont dans la chaîne industrielle de l'internet des objets : fabricants de capteurs, installateurs, utilisateurs professionnels. Tous les acteurs qui possèdent un réseau, à l'échelle locale ou nationale (boutiques, abribus, panneaux publicitaires, bureaux de poste, parcs de logements…) peuvent devenir des alliés objectifs puisqu'on propose de partager 50% des revenus avec eux, avec un modèle de facturation à l'objet.

 

Donc partage des revenus, mais aussi partage des connexions ?

Oui, c'est le principe, mais on peut avoir une connexion préférentielle vers celui qui a installé le réseau. Par exemple un spécialiste de chauffage qui veut installer des capteurs de consommation pourra organiser le système de manière à ce qu'il bénéficie de connexions préférentielles de ses objets vers les gateways qu'il a déployées. Cela n'interdit pas à un autre capteur de se connecter à ses pico-passerelles. C'est un écosystème collaboratif malin. On veut que le réseau s'étende de lui-même de manière virale.

 

Quels sont les avantages de votre solution comparée à celle des opérateurs télécoms ou de Sigfox ?

Les autres opérateurs ne savent pas parler aux objets, ou très mal. Sigfox, n'est qu'en voie montante par défaut. La technologie n'a pas été conçue pour faire de la bidirectionnalité, mais pour écouter un très grand nombre d'objets en même temps. Il y a un correctif, mais qui ne marchera que de manière restreinte. LoRa est bi-directionnel ; LoRaWAN un peu moins. Quand il parle à un objet, il occupe le temps de parole et pendant ce temps-là, les autres objets ne peuvent pas lui parler. Nous sommes les seuls réellement bi-directionnels.

 

La bi-directionnalité, qu'est-ce que ça change en termes de fonctionnalités et de services ?

Sigfox et LoRaWAN sont davantage dans la remontée d'infos que dans la commande à distance. Avec PicoWAN, si on veut mettre en route une chaudière, tourner une vanne à distance, on peut. L'éventail d'applications est plus large.

 

Il y a aussi le problème du temps de latence. Avec PicoWAN il est très faible. Il y a énormément de contrôles industriels qui nécessitent des voies montantes et descendantes réactives. Avec notre système, dans un bâtiment, si on met 50 gateways, elles peuvent fonctionner ensemble sans se marcher sur les pieds, notre réseau est très inventif sur ce point. Il peut être densifié à l'infini et à un coût très faible.

 

Qui fabriquera les objets compatibles PicoWAN ?

PicoWAN n'a pas vocation à être un fabricant et vendeur d'objet. On en vendra peut-être quelques-uns au début à des effets de démonstration et d'essaimage. Nous cherchons surtout des partenaires pour faire des objets avec nous. On va aller voir tous les fabricants (de détecteurs de fumée, de capteurs d'ouverture de portes, par exemple), notamment chinois, et les convaincre d'embarquer notre technologie.

 

Archos sortira aussi certainement des objets compatibles, mais il sera mis à égalité avec d'autres partenaires. Tous les acteurs sont susceptibles de créer des objets compatibles PicoWAN.

 

Les annonces de déploiements de réseaux LoRa se multiplient. LoRa est-il en passe de devenir un standard ?

Je le pense, et j'y ai beaucoup réfléchi ces deux dernières années. Pour transmettre des signaux un peu loin, soit on fait de l'ultra narrow band comme Sigfox, soit on fait de l'étalement de spectre. C'est la technologie utilisée par le GPS, par exemple. Les opérateurs téléphoniques le font avec le CDMA depuis la nuit des temps. C'est robuste et efficace. LoRa le fait très bien, avec simplicité. Mais il y a de la place pour Sigfox, Qowisio, et d'autres qui vont se déclarer. Les Américains n'ont pas encore réagi mais cela ne saurait tarder.

 

A l'avenir, peut-on imaginer des objets compatibles LoRa et Sigfox, LoraWAN et PicoWAN ?

Un objet peut être compatible LoRaWAN et PicoWAN. Tous deux utilisent le même hardware (la puce LoRa, fabriquée par Semtech), ce n'est qu'une question de logiciel. Ces objets pourraient se connecter à l'un ou à l'autre, cela relève d'une décision commerciale.

 

Même une compatibilité Sigfox est possible. La puce de Semtech sait faire du LoRa, mais sait aussi faire de l'ultra narrow band à la Sigfox. On peut donc imaginer des objets tri ou quadri-standards, pour le même coût.

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