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Le Français Idemia accusé d'avoir vendu un système de reconnaissance faciale à la police chinoise

Dans un rapport, l'ONG Amnesty International révèle qu'Idemia a vendu un système de reconnaissance faciale à un bureau de police de Shanghai. L'entreprise française, spécialisée dans l'identité numérique, promet que ce système n'a pas été déployé et affirme avoir arrêté l'exportation de technologies biométriques dans des pays non respectueux des droits de l'Homme.
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Le Français Idemia accusé d'avoir vendu un système de reconnaissance faciale à la police chinoise
Le Français Idemia accusé d'avoir vendu un système de reconnaissance faciale à la police chinoise © Pixabay/Geralt

Amnesty International accuse des entreprises européennes d'avoir exporté leurs technologies de reconnaissance faciale en Chine, dans un rapport publié le 21 septembre.

Le Français Idemia au cœur des révélations
L'ONG cite notamment l'entreprise française Idemia, spécialisée dans l'identité numérique, qui a vendu en 2015 un système permettant de détecter et de reconnaître des visages sur une bande vidéo au Bureau de sécurité publique de Shanghai, dont les missions s'apparentent à celles d'un poste de police local.

Pour Amnesty International, la vente de logiciels de reconnaissance faciale aux autorités chinoises soulève de nombreuses questions relatives à la protection des droits humains. En effet, "l'utilisateur final est situé dans un pays où les droits de l'Homme ne sont pas garantis", insiste l'association. Ainsi, elle exhorte les entreprises à ne pas vendre des technologies de reconnaissance faciale aux autorités chargées de l'application des lois.

La technologie n'aurait finalement pas été déployée
Comme cela est déjà indiqué dans le rapport, Idemia – issu d'un rapprochement entre Safran et Oberthur Technologies – confirme au Monde que le système était destiné à des bandes-vidéo préalablement enregistrées et ne pouvait "être utilisé pour une surveillance en temps réel". De plus, à sa connaissance, "le système n’a jamais été déployé", explique le porte-parole.

Mais ces arguments n'ont pas convaincus Amnesty International. "La vente d’une technologie de reconnaissance faciale permet au client de se familiariser avec la technologie. Les bureaux de sécurité publique, en Chine, ont pour tâche de déployer des systèmes de surveillance de masse", dénonce Merel Koning, responsable de la politique sur les technologies et les droits humains au sein d'Amnesty International. "Quand vous vendez au bureau de la sécurité publique de Shanghai, il est très naïf de penser que vous pouvez le contrôler", estime la chercheuse interrogée par Le Monde.


L'absence de cadre empêche de poser des limites
Amnesty International reconnaît tout de même que l'entreprise française a fait évoluer ses positions. "En 2017, Idemia a appliqué une politique de non vente de systèmes d'identification aux autorités chinoises, note l'association qui relève que l'entreprise "a identifié les risques en matière de droits de l'homme associés aux exportations de technologies de surveillance vers la Chine." Mais pour Merel Koning, la société devrait complètement arrêter la vente de dispositifs de reconnaissance faciale. Car l'absence de cadre autour de cette technologie "ne permet pas de limiter les risques posés par de nouvelles formes de technologies de surveillance".

Ce rapport est publié la veille d'une réunion au sommet de l'UE entre le Parlement européen et les Etats membres sur la reconnaissance faciale. Jusqu'ici, la Commission européenne n'avait pas une position très claire sur cette question. Dans un livre blanc dont le contenu avait été révélé début janvier 2020, l'exécutif européen annonçait son intention d'interdire la reconnaissance faciale dans les lieux publics pendant une durée allant de trois à cinq ans, le temps de trouver des gardes fous. Le 30 janvier 2020, elle changeait totalement d'avis et abandonnait son idée.

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