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Cloud : Le gouvernement prévoit 1,8 milliard d'euros pour faire émerger des champions français

Amazon, Microsoft et Google restent les trois leaders incontestés du cloud. Pour tenter de concurrencer ces géants, le gouvernement prévoit un budget de 1,8 milliard d'euros (dont 680 millions d'euros de financements privés) afin de faire émerger des champions français et européens. Au programme : soutenir la recherche publique, créer des hubs de données par secteur, et développer des offres de formation.
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Cloud : Le gouvernement prévoit 1,8 milliard d'euros pour faire émerger des champions français
Cloud : Le gouvernement prévoit 1,8 milliard d'euros pour faire émerger des champions français © Compte Twitter du ministère de l'Economie

"La bataille du cloud n'est pas perdue", a lancé Cédric O, le secrétaire d'Etat chargé de la Transition numérique et des communications électroniques, lors de la présentation du volet "financement" de la stratégie cloud du gouvernement. Aujourd'hui, Amazon, Microsoft et Google captent la majorité du marché du cloud laissant très peu de place aux acteurs français et européens. 

1,8 milliard sur quatre ans
Pour "faire émerger des champions français et européens du cloud", le gouvernement prévoit une enveloppe de 1,8 milliard d'euros sur quatre ans, a révélé Cédric O en déplacement dans les locaux d'OVHCloud à Paris. Cette pépite française du cloud est entrée en bourse il y a quelques jours. 

Dans les détails, les financements publics s'élèvent à 667 millions d'euros issus du 4ème Programme d'investissements d'avenir (PIA) et France Relance. Sont prévues une enveloppe de 553 millions d'euros sur 2021-2022 puis de 134 millions d'euros pour 2023 et les années suivantes. La part de financement privé est de 680 millions d'euros. 444 millions d'euros proviennent de financements européens.

Quatre volets pour faire émerger des champions
La politique industrielle du gouvernement comporte 4 volets. Le premier porte sur l'investissement dans la recherche et l'innovation. Il est doté d'un budget de 56 millions d'euros dans le cadre d'un Programme et équipements prioritaires de recherche (PEPR) piloté par le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et l'Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria).

L'objectif est de développer des "solutions innovantes de cloud hybrides" ou de "cloud communautaires", de "nouvelles solutions matérielles et logicielles de stockage et de traitement de grands volumes de données" ainsi que des "solutions distribuées de stockage et de traitement de données à proximité des utilisateurs". Les fonds publics – tels que le fonds national d'amorçage ou French Tech Souveraineté – pourront également être sollicités pour financer des start-up dans le domaine du cloud.

De plus, un appel à manifestation d'intérêt (AMI) a été ouvert afin de soutenir la filière française du cloud. 23 projets bénéficieront du soutien de l'Etat pour un total de 421 millions d'euros d'aides et devront mobiliser 500 millions d'euros d'investissements privé. Les projets sélectionnés seront intégrés dans un Projet important d'intérêt européen commun (PIIEC). Ce dernier réunit aujourd'hui 12 Etats membres (France, Allemagne, Espagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Hongrie, Tchéquie, Lettonie, Pologne, Slovénie) dans le but de doter l'Union européenne d'infrastructures et services de cloud et d'edge computing.

Le gouvernement souhaite également mettre l'accent sur le développement de suites de travail collaboratives françaises. Pour permettre aux administrations de les utiliser pour traiter des données sensibles, ces solutions devront être qualifiées "SecNumCloud". Un appel à manifestation d’intérêts sera publié en décembre 2021 et pourra donner lieu, si la démarche est concluante, à un appel à projets au premier trimestre 2022. Jusqu’à 50 millions d'euros d’aides pourront être mobilisées pour soutenir cette initiative. 
 

Créer des espaces de données mutualisées par secteur
En outre, le gouvernement prévoit 150 millions d'euros pour la création d'espaces de données mutualisées entre les acteurs des filières industrielles. Le but est de "créer de nouveaux cas d'usages et services, optimiser des processus et comprendre plus finement certains phénomènes" grâce au développement de systèmes d'apprentissage automatique. Plusieurs projets sont déjà en cours de développement, tels qu'Agdatahub qui développe une plateforme d'échange des données dans le secteur de l'agriculture.

Le gouvernement sait que la France ne peut pas faire cavalier seul. L'Europe est une composante majeure pour faire émerger des champions technologiques. A ce titre, la France plaide pour la mise en place d'un équivalent européen du label "SecNumCloud" permettant de certifier les solutions souveraines. Celui-ci devra en particulier s'assurer que le Cloud Act n'est pas applicable, a précisé Cédric O. Pour rappel, cette loi américaine permet aux autorités américaines d'ordonner la divulgation des données stockées par des entreprises américaines quelle que soit leur localisation.

L'ambition européenne est également portée par Gaia-X, cette association qui promeut l'instauration d'un cloud européen. La France et l’Allemagne ont décidé de financer la conception des services essentiels permettant de créer un catalogue. La partie française des travaux sera réalisée par un consortium regroupant l’Institut Mines Telecom, BYO Networks, Dawex, 3DS Outscale, OVHCloud, Scaleway, Atos et Cloud Point Europe pour un montant total de 15 millions d'euros de subventions couvrant l’intégralité des travaux.

En outre, la stratégie gouvernementale prévoit une enveloppe de 30 millions d'euros pour la formation de personnel qualifié dont les entreprises ont besoin pour développer leurs services.

Cédric O répond aux critiques sur le cloud "souverain"
Le secrétaire d'Etat a également répondu aux critiques selon lesquelles le cloud "souverain" prôné par le gouvernement ne l'est pas réellement car il permet aux entreprises américaines de commercialiser leurs offres (soumises au Cloud Act) par le biais d'acteurs français. "Nombre de ceux qui sautent comme des cabris sur leurs chaises en criant 'souveraineté numérique, souveraineté numérique !' aux oreilles devraient se poser la question de ce qu'ils n'ont pas fait dans les 30 ans d'incurie politique et technologique qui ont précédé l'arrivée aux affaires de ce gouvernement", a-t-il déclaré. 

Par conséquent, le but du gouvernement n'est pas d'exclure des entreprises de la course mais de "mener une politique déterminée et systématique de concurrence loyale". A ce titre, la France défend "l'inscription du cloud dans les services soumis au Digital Markets Act (DMA)", a confié Cédric O, révélant que certains pays européens y étaient opposés. Une ambition que l'Hexagone espère porter lors de sa présidence à la tête du Conseil de l'UE à partir de janvier 2022.