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"Le grand sujet de 2017, c'est l'intégration de la commande vocale dans les objets", juge Cyril Ebersweiler (HAX)

Entretien Avec 82 start-up présentes, HAX accelerator n’est pas passé inaperçu au CES. La Chine, depuis 2011, puis la Silicon Valley depuis un an et demi, l’accélérateur de start-up continue de tisser sa toile dans le hardware. À San Francisco, en pleine “demo day” de sa dernière promo de jeunes pousses, l’investisseur français et fondateur d’HAX, Cyril Ebersweiler, nous parle de l’évolution de ces programmes et des enjeux du hardware en 2017.
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Le grand sujet de 2017, c'est l'intégration de la commande vocale dans les objets, juge Cyril Ebersweiler (HAX)
"Le grand sujet de 2017, c'est l'intégration de la commande vocale dans les objets", juge Cyril Ebersweiler (HAX) © Klervi Drouglazet

L'Usine Digitale - HAX accelerator a vu le jour en 2011 dans un garage de Shenzhen. Aujourd’hui vous êtes le premier accélérateur mondial de start-up spécialisées dans le hardware...

Cyril Ebersweiler - C’est une question de chiffres : 200 start-up sont passées par nos deux accélérateurs, nous avons fait plus de 70 campagnes sur Kickstarter qui ont levé près de 50 millions de dollars et nos alumnis ont levé plusieurs centaines de millions de dollars combinés…

 

Nous allons continuer à investir dans une centaine de start-up cette année. Notre présence va augmenter. À Shenzhen, près de 250 personnes travaillent à HAX accelerator. Notre concept veut que les entrepreneurs deviennent les mentors des promos précédentes.

 

Avec le programme HAX Boost, vous êtes basé à San Francisco depuis un an et demi. Pourquoi avoir choisi la Chine avant la Silicon Valley ?

À Shenzhen, HAX accelerator encadre la phase prototypage jusqu’au produit. Les promos sont de quinze start-up au niveau international et nous venons de rajouter un programme dédié aux start-up chinoises. Ce qui fait une vingtaine de start-up au total. Cette année, nous avons décidé d’investir un peu plus sur la Chine car les start-up les plus grosses de notre portfolio sont chinoises. HAX Boost, notre deuxième programme à San Francisco, est vraiment centré sur la vente B2C et B2B. Environ une cinquantaine de start-up sont déjà passées par ce programme.

 

Nous avons utilisé la Chine comme une base. J’ai créé beaucoup d’autres accélérateurs avant et après HAX. Et j’ai toujours été frustré par le degré d’avancement des start-up, en trois mois, qui se résume à faire un joli pitch, essayer de lever de l’argent puis advienne que pourra. Je me suis intéressé au hardware car j’avais l’impression que l’on pouvait avoir un véritable impact sur le développement de produit. Et le meilleur endroit pour faire ça, c’est Shenzhen. Ce n’a pas été évident, au départ, car c’était plutôt le terrain gardé des grosses entreprises. L’évolution du hardware chinois, que l’on appelle le yìngjiàn, est très intéressant : la modification de produit, la rapidité d'exécution, le skilled manufacturing...


Pour les start-up passées pas HAX accelerator à Shenzhen, San Francisco est un passage obligé ?

Le lancement (demo day, NDLR) se fait toujours à San Francisco. Une grosse partie des start-up de San Francisco viennent de l’accélérateur de Shenzhen mais nous avons décidé d’ouvrir le programme de ventes et marketing à d’autres entrepreneurs qui ont déjà leur produit sur le marché. Jusqu’à présent HAX Boost se concentrait uniquement sur le B2C et le retail. Cette année, le programme portera également sur le B2B.

 

Vous recevez des milliers de demandes chaque année. Comment sélectionnez-vous les start-up qui veulent intégrer HAX ?

Nous nous basons sur l’équipe et moins sur le produit car nous savons qu’il va évoluer. Nous accordons de l’importance à la connaissance du marché et aux technologies utilisées. Lorsque nous avons commencé, les plus grosses équipes étaient constituées de trois personnes. Les entrepreneurs pensaient qu’il valait mieux être deux, comme dans le software. Alors que dans le hardware, il faut avoir beaucoup plus de compétences. Nos start-up sont composées de six personnes en moyenne.

 

Quelles sont les domaines qui vous attirent le plus ?

Nous regardons vers le futur : nous sommes deux ans avant le marché environ. Nous avons pris une direction un peu étrange pour des investisseurs : nous essayons que les produits de nos start-up soient complémentaires. Dans le B2C, c’est important de continuer à développer l’offre avec les retailers. Nous commençons à créer des clusters, notamment dans le secteur de la santé, où nous nous sommes aperçu que l’on avait énormément de devices qui pouvaient se compléter.

 

Dans le premier batch de Hax, nous avions Kindara - plusieurs millions d’utilisateurs maintenant - qui permet aux femmes de connaître leur pic d’ovulation. Nous avons continué avec Bloomlife, qui suit les contractions. Plus tard, nous avons eu une entreprise appelée Babybe, qui fait un matelas robotisé pour les enfants prématurés. Dans ce dernier batch, nous avons Hisense, une start-up qui s’intéresse aux troubles de l’érection. Dans le prochain batch, il y aura certainement une start-up traitant de la fertilité des hommes...

 

Attirées par cette complémentarité, est-ce que l’on peut imaginer que les start-up s’associeront bientôt entre elles, plutôt que de se faire racheter par des firmes ?

À mon avis, c’est la prochaine évolution en effet. Nous le voyons avec nos start-up : au début beaucoup pensent, ou du moins espèrent, que leur start-up est le prochain Facebook. Un ou deux ans plus tard, les entrepreneurs qui arrivent dans notre programme HAX Boost, ici à San Francisco, ont déjà expédié leur produit et ont des revenus. À ce moment-là, les entrepreneurs comprennent qu’ils ne sont pas experts en tout. Et certains ont plus intérêt à travailler ensemble.

 

C’est encore une question d’éducation, pas uniquement des start-up mais du marché lui-même. C’est typiquement le rôle que peuvent avoir les petits fonds de private equity à 100 millions de dollars. Pour les VCs, c’est plus difficile à mettre en place : ils sont assez binaires, ils veulent marger rapidement. Or si les start-up travaillent ensemble, les VCs verront leur equity coupées en deux. Je pense ça viendra avec les early stage VC.

 

Tout dépend également du degré de contrôle des entrepreneurs sur leurs start-up. Il faut éduquer les entrepreneurs à envisager toutes les options qui s’offrent à eux : ne pas se laisser guider par l’obsession de la levée de fonds et de devenir une “million dollars compagny”.

 

Quel est l’enjeu du hardware en 2017 ?

Le vrai switch de 2017, c’est l’intégration des commandes vocales partout. C’est la plus grosse des batailles car l’entreprise qui ne maîtrise pas son software, l’intelligence artificielle qu’il y a derrière, prend énormément de risques. Elle va se retrouver à vendre des morceaux de plastique, comme Google Androïd. Quand je vois LG mettre Alexa dans son frigo, je me demande ce qu’ils ont en tête car c’est la fin de l’entreprise. Le seul moyen de faire évoluer l’entreprise, c’est de sortir du hardware, d’avoir ce complément de service et de bien contrôler son software.

 

Ce qui m’inquiète, c’est plutôt d’un point de vue utilisateur : je n’ai pas envie de vivre dans un monde où il faut choisir entre Google, Amazon et Facebook. Il faut une solution et une intégration open source au milieu de tout cela. Nous devons pouvoir choisir à qui nous confions nos données. Et c’est un autre enjeu : le problème de la data n’a toujours pas été réglé. Personne n’a encore fait de l’argent avec les données en provenance de l’IoT. La bataille est intéressante car nous nous retrouvons avec cette explosion de devices qui génèrent de la data, qui la gardent pour eux-mêmes alors que tout le monde la veut. Dans le cas de la santé, il faut absolument que cette data se retrouve quelque part, car il est question de sauver des vies.

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