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Le logiciel israélien Pegasus est au cœur d'un vaste réseau d'espionnage mondial

Vu ailleurs Le logiciel espion Pegasus, commercialisé par la société israélienne NSO Group, a infecté plusieurs centaines de téléphones appartenant à des journalistes, des militants, des hommes et femmes politiques, des avocats..., d'après une enquête menée par un consortium de médias. Plusieurs journalistes français ont été pris pour cible par les autorités marocaines, qui démentent tout lien avec ce logiciel. Mediapart a déposé une plainte devant le procureur de la République de Paris.
mis à jour le 22 juillet 2021 à 14H53
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Le logiciel israélien Pegasus est au cœur d'un vaste réseau d'espionnage mondial
Le logiciel israélien Pegasus est au cœur d'un vaste réseau d'espionnage mondial © Gursimrat Ganda/Unsplash

Au moins 180 journalistes, 600 hommes et femmes politiques, 85 militants des droits de l'Homme et 65 chefs d'entreprises ont été ciblés par le logiciel espion Pegasus, d'après une enquête menée par un consortium de plus de 80 journalistes de 17 médias, dont la cellule investigation de Radio France et Le Monde, coordonné par Forbidden Stories avec le soutien du Security Lab d'Amnesty International.

50 000 numéros de téléphones ciblés
Forbidden Stories, qui rassemble des médias locaux et internationaux pour mener des investigations à l'échelle mondiale, a eu accès à une liste de 50 000 numéros de téléphones ciblés par des pays utilisateurs de Pegasus. Seraient concernés le Maroc, l'Arabie Saoudite, Bahreïn, l'Inde, le Mexique, la Hongrie, l'Azerbaïdjan, le Togo ainsi que le Rwanda, d'après les travaux du consortium. 

Ce sont ces Etats qui se sont procurés le logiciel Pegasus pour pouvoir espionner de nombreuses personnes. Avocats, journalistes, diplomates, sportifs, syndicalistes et militants sont notamment visés. Ainsi que des personnalités politiques comme des ministres et 13 chefs de gouvernement dont trois Européens dont les identités n'ont pas encore été révélées.

Lire des messages, écouter les appels...
Pegasus est ce que l'on appelle un logiciel espion c'est-à-dire qu'il permet d'accéder aux informations contenues dans un téléphone sans que son propriétaire ne puisse s'en rendre compte. Une fois installé, il permet de lire les messages, regarder les photographies, écouter les appels téléphoniques, accéder aux mots de passe ou encore déclencher le suivi de la géolocalisation.

Pegasus est commercialisé par la société israélienne NSO Group, basée à Herzliya dans la banlieue de Tel Aviv ainsi qu'en Bulgarie et à Chypre. Elle emploie 750 salariés, dont certains proviennent de l'Unité 8200, une unité de l'armée israélienne dédiée au renseignement électronique. Sur son site internet, NSO Group se présente comme une entreprise développant des technologies afin d'aider les agences gouvernementales "à détecter et à prévenir le terrorisme et la criminalité".

Plusieurs journalistes français espionnés
Or, d'après l'enquête journalistique, la réalité est bien différente puisque ce logiciel sert aussi à dérober des informations à des personnes n'ayant commis aucune infraction. C'est le cas pour plusieurs journalistes français dont les téléphones portables ont été infectés par Pegasus sur demande des autorités marocaines. Sont concernés Edwy Plenel, journaliste, président et cofondateur de Medipart, Lénaïg Bredoux, journaliste au sein de Medipart, Dominique Simonnot, ancienne chroniqueuse judiciaire du Canard Enchaîné devenue contrôleuse générales des lieux de privation de libertés ou encore Bruno Delport, directeur de la radio TSF Jazz qui mène des actions humanitaires au Maroc.

Le média d'investigation Mediapart a détaillé dans une enquête comment Pegasus avait infecté le téléphone de deux de ses journalistes. L'espionnage de Lénaïg Bredoux a débuté le 23 février 2019 jusqu'au 27 mai 2020. Le téléphone d'Edwy Plenel a lui été infecté entre le 5 juillet 2019, soit un mois après son intervention à un forum des droits de l'Homme organisé à Essaouira au Maroc, et le 5 septembre 2019.

Le journal français explique que c'est à cette époque, à l'été 2019, qu'Amnesty International révélait l'utilisation de Pegasus contre des militants et des journalistes, dont Omar Radi. Ce dernier est l'un des cofondateurs du média Desk, dont Mediapart a été le partenaire actif. Ce journaliste, condamné à plusieurs reprises, est incarcéré au Maroc.

Mediapart dépose plainte
"Tout porte à croire que l'espionnage de Mediapart fait partie de l'offensive destinée à faire taire les journalistes indépendants au Maroc (…)", suppose le média dans son enquête. Afin de vérifier ces accusations, Mediapart a déposé une plainte ce lundi 19 juillet auprès du procureur de la République de Paris estimant que cet espionnage porte non seulement atteinte à la vie privée des journalistes visés mais aussi à la liberté d'expression.

Les autorités marocaines rejettent ces accusations. Elles se sont adressées à Forbidden Stories, via l'ambassade du Maroc à Paris, expliquant qu'elles avaient déjà démenti un an auparavant les accusations d'espionnage d'Omar Radi, d'après Franceinfo. Selon elles, Amnesty International "a été incapable de prouver une quelconque relation entre le Maroc" et NSO Group. 

Mise à jour le 22/07/2021 : Suite à la parution de cet article, NSO Group nous a fait parvenir la déclaration suivante : "NSO est une entreprise technologique. Nous n'exploitons pas les systèmes. NSO se conforme à toutes les réglementations internationales et enquête minutieusement sur les antécédents de ses clients chaque fois qu'une commande est passée et avant la livraison de la solution. NSO enquêtera minutieusement sur toute preuve crédible de mauvaise utilisation de ses technologies, comme nous l'avons toujours fait. Les données figurant sur la liste ne sont pas liées au groupe NSO".

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