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Le numérique attaque aussi la démocratie… et pas qu’à coups de tweets !

Edito Lors de la conférence "Les barbares attaquent… la démocratie", Nicolas Colin a expliqué en quoi la multitude née du numérique s’opposait à la notion de peuple sur lequel sont construites nos démocraties. Selon lui, une crise systémique s’annonce. Et ce n’est pas à coup de tweets que les politiques pourront la régler.
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Le numérique attaque aussi la démocratie… et pas qu’à coups de tweets !
Le numérique attaque aussi la démocratie… et pas qu’à coups de tweets ! © Stephanie Jayet

Salle comble ce 9 juillet pour cette dernière session du cycle de conférence "Les barbares attaquent..." organisé par Nicolas Colin et Oussama Ammar de The Family (un accélérateur de start-up parisien nouvelle vague). Le sujet, il est vrai, nous concerne tous : il s’agissait de décrypter en quoi le numérique impacte la démocratie. Las, le brillant exposé de Nicolas Colin et le débat d’experts qui a suivi n’ont réussi qu’à une chose : pointer la difficulté, même pour les autoproclamées "élites numériques" de dissocier le digital de ses outils et de faire la part des choses entre démocratie, service public et représentativité !

 

La multitude remplace le peuple

 

Pourtant, l’exposé de Nicolas Colin — co-auteur avec Henri Verdier de "l’âge de la Multitude" (paru en 2012 aux éditions Odile Jacob et réédité cette année) et d’un rapport qui a fait date sur la fiscalité numérique — commençait bien. Selon lui, si le numérique attaque la démocratie, c’est parce qu’en mettant les gens en réseau et en leur donnant des moyens d’expression directe, il donne le pouvoir à la multitude, alors que nos démocraties sont fondées sur l’idée du peuple indivisible. "La multitude est composée d’individus affirmés, qui refusent de se fondre dans la masse. Leurs réseaux, qui se recomposent en permanence, leur donnent une puissance considérable et les rendent ingouvernables", explique Nicolas Colin.

 

Du coup, les institutions publiques conçues pour le peuple deviendraient inopérantes. Surtout en France, pays de l’intérêt général, mais où dominent les intérêts particuliers, "comme le démontre le récent épisode des taxis contre Uber", avance Nicolas Colin. Selon lui, les États-Unis seraient mieux préparés, leur démocratie étant par nature basée sur un rapport de force permanent entre les intérêts des uns et des autres. La proximité entre les entrepreneurs du numériques (qui sont devenus les premiers financeurs de la campagne électorale démocrate) et le pouvoir, accélérerait encore la prise de conscience.

 

des politiques publiques personnalisées

 

A quoi les démocraties doivent-elles se préparer ? À l’émergence d’une nouvelle puissance, la multitude, qui exigerait désormais des politiques (et des services) publiques personnalisées, et des représentants politiques qui comprennent les enjeux et ne limitent pas le numérique à des questions d’outils, de tweets et de vote électronique. Or, à l’évidence, nous en sommes loin. Très loin.

 

Pour la défense de nos élites politiques "lost in digital", les élites numériques se raccrochent elles aussi parfois à des questions d’outils lorsqu’elles se perdent dans les concepts de démocratie, de représentativité, de service public, d’institutions... À l’image de Laurent Bigorgne, directeur de l’institut Montaigne et partenaire de la conférence, qui animait la table ronde qui suivait l’exposé de Nicolas Colin (qu’il aurait peut-être dû écouter plus attentivement...).

 

au-dela de la rupture technologique

 

D’ailleurs dans l’introduction de son dernier rapport "Le numérique : jusqu’où réinventer les services publics ?" rédigé avec l’ENA et la DGAFP, (direction générale de l’administration et de la fonction publique), Eurogroup consulting prévient : "la révolution numérique va bien au-delà d’une simple rupture technologique. Elle facilite tout d’abord la régénération de l’espace publique et le renouvellement du débat démocratique, participe à la construction d’une véritable intelligence collective et tend à remplacer les hiérarchies pyramidales par une organisation en réseau."

 

Ce ne sont pas quelques tweets sarcastiques publiés en temps réel lors du discours d’un président de la République qui menacent la démocratie (au contraire peut-être). Ce n’est pas non plus une question d’impact du vote électronique sur la participation aux élections. Mais c’est la capacité des citoyens à s’organiser en réseau pour faire entendre leur voix, de signer et porter une pétition pour changer une loi, voire, peut-être, de faire émerger via le réseau des candidats hors de partis aux prochaines élections présidentielles de 2017.

 

La force de la multitude c’est aussi de télécharger massivement une application (Uber Pop) qui offre un bien meilleur service que celui des taxis (dont l'uberisation est inévitable même sans Uuber) protégés par leur rente et toujours défendus par des politiques qui ne se sont toujours pas saisis des vrais enjeux du numérique : destruction d’emploi, précarisation du travail, ré-émergence des communs... Loins, très loins d’un compte Twitter pour mener une campagne !

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* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

2 commentaires

Marc
10/07/2015 17h23 - Marc

D'accord sur le fond mais pas la forme. Ce n'est pas la démocratie que le digital attaque… mais la démocratie représentative et donc la république ! Au contraire, le digital pourrait être l'outil idéal pour (re)créer la démocratie directe adoptée par les Grecs (encore eux tiens) pendant près de 200 ans. Système complètement ingérable dès qu'on abandonne l'idée des cités-états mais qui avec la scalabilité qu'offre le digital est matériellement possible à grande échelle. Seulement cela signerait aussi la fin de notre système actuel et aussi la place privilégiée de nos élites qui se lèveront toutes en bloc pour s'opposer à la démocratie directe et la perte de leurs privilèges de caste. Le combat qui s'annonce n'est finalement pas si moderne que ça…

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Nummoc
13/07/2015 10h44 - Nummoc

Article interessant mais qui, comme d'habitude concernant ce type de laius, oublie les préoccupations des plus pauvres. C'est une constante chez les "hauts fonctionnaires", y en a t il des bas?, et autres afficionnados du numérique. A savoir qu'aujourd'hui entre 15 et 20% de la population de ce pays n'a aucune compétence de base et certains, par peur d'un nouvel échec, refusent de se former; Attitude se retrouvant dans la lutte contre l'illettrisme. Rien n'étant prévu dans la future loi sur le numérique, en terme de financement, si l'on en croit Valls et Lemaire, les 3 administrations publiques et les structures sociales, s'orientant vers l'assistanat ou faire à la place de, c'est à dire la discrimination et l'augmentation des coûts sociaux, versus l'autonomie par la formation donc l'égalité des chances et l'accès à la citoyenneté, il semble que l'on aille vers une exclusion programmée et occultée d'environ 10 millions d'habitants. Il y a pourtant des solution simples pour combattre cette exclusion socio numérique; solutions ne grevant ni le budget de l'Etat ou des collectivités, créatrices de centaines d'emploi et très simples à initier. A bon lecteur, salut! ;-) Enfin, je suis totalement d'accord avec la conclusion de Marc, commentaire précédent

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