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"Le numérique, c'est comme le rock n' roll dans les années 60", selon Antonin Torikian

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Un peu plus de 10 ans après sa création, l’agence de conseil numérique FaberNovel lance un institut de formation destiné aux cadres dirigeants. Antonin Torikian, directeur de cette nouvelle entité, nous explique cette initiative tout en affirmant que les industries traditionnelles survivront à cette révolution numérique... en s’inspirant des start-up qui les perturbent.

Le numérique, c'est comme le rock n' roll dans les années 60, selon Antonin Torikian
"Le numérique, c'est comme le rock n' roll dans les années 60", selon Antonin Torikian © FaberNovel

L'Usine Digitale - Pourquoi créer un Institut Fabernovel ?

Antonin Torikian – Début 2012, avec l’Université SNCF, nous avons monté un programme de formation de 18 mois pour sensibiliser 140 cadres dirigeants de l’entreprise aux enjeux du numérique. Au cours d’une quinzaine de sessions d’une journée ou d’une journée et demie, ceux-ci ont pu, par groupes de 20, aborder les nouveaux modèles économiques, se familiariser avec les nouvelles formes de management, découvrir de nouveaux outils numériques…

A la suite de cette expérience nous avons lancé le programme "Immersion" reproduisant ce type de formations. Avec l’Institut FaberNovel nous formalisons cette offre. L’entité autonome ne sera juridiquement créée qu’au premier trimestre 2015 mais les premières formations auront lieu dès cet automne.

Finalement vous emballez différemment une offre déjà existante…

Pas seulement. Déjà, nous clarifions cette offre avec une approche packagée proposants des formats clairs, comme les Learning Expeditions, les Master Class, une Innovation Academy… Nous proposerons toujours des formations corporate sur mesure pour répondre aux besoins d'une société en particulier. Mais avec cet institut nous lançons des sessions multicorporate : deux fois par mois, nous accueillerons pendant une demie journée (400 à 600 euros) ou une journée (950 à 1300 euros) des professionnels de diverses entreprises dans nos locaux (à Paris et à Toulouse) pour une formation sur une thématique émergente (big data, growth hacking, monnaies virtuelles…). Il suffira de s’inscrire en ligne pour y participer. Les inscriptions seront ouvertes dès ce mois de septembre pour une première formation en novembre.

Fabernovel, c'est quoi ?

Fondée en 2004 par Stéphane Distinguin, l'agence d'innovation Fabernovel  aide les entreprises à se transformer grâce au numérique. Elle compte aujourd'hui une centaine de salariés à Paris, San Francisco, Moscou, Lisbonne et bientôt Toulouse, et réalise un chiffre d'affaires de 10 millions d'euros par an. Fabernovel produit aussi des applications mobiles, comme celle de la RATP. Certains projets créés en interne ont été excubés avec succès comme le site de billetterie Digitick ou le site Bureaux à partager.

Qui assurera ces formations ?

Nos analystes et associés, mais aussi des experts externes comme Georges-Edouard Dias (ancien directeur du digital - Chief Digital Officer - de L'Oréal, ndlr). Nous proposons des visites d’entreprises, des témoignages de start-up… L'un de nos parcours, bâti avec l'ESCP et intitulé "Réussir à innover", sera certifiant : un diplôme sera délivré à l'issue de la formation. Nous travaillons également à un Club de l’institut FaberNovel pour réunir ceux qui œuvrent à la transformation numérique des entreprises. Les participants à nos sessions auront accès à ce club que nous animerons via des diners, et rendez-vous privilégiés

Concrètement, qu’apprendront les participants ?

Les cadres dirigeants ne sont pas des gens qui "font", ils font faire. D'ailleurs, dès qu'on leur demande de faire, ils ne sont pas très à l'aise. Il ne s'agit pas d’en faire des développeurs, mais de leur ouvrir l'esprit, pour qu'ils soient réceptifs et en mesure de décider correctement lorsque leur équipe leur amène un projet innovant. Le leader d’il y a 10 ans n’est pas le leader d’aujourd’hui. Les modèles de management ne sont plus les mêmes. Nos formations donnent à un cadre les outils pour challenger ses interlocuteurs. Elles développent son esprit critique face au numérique.

Vous pensez que c’est le manque de culture numérique qui menace nos entreprises ?

Le numérique c’est comme le rock n' roll dans les années 60 : c’est une révolution culturelle dont on ne parlera bientôt plus tellement elle sera intégrée. Le phénomène dépasse le simple "secteur" numérique, il est partout. De nouveaux modèles sont apparus, ils irriguent désormais des activités très éloignées du web.

C'est culturel mais aussi générationnel. La représentation que les jeunes ont du monde a changé. On est passé de l'ère de la propriété à celle de l'accès, par exemple. Cela bouleverse la société dans son ensemble. Les modèles d'entreprenariat ne sont plus du tout les mêmes qu'il y a cinq ans non plus.

Il faut que toutes les entreprises s’en rendent compte et s’en saisissent. C’est évident pour certains secteurs, moins pour d’autres. Les transports sont très impactés, ils ont compris qu’il y a urgence. Ce n’est pas le cas de ceux qui travaillent dans les salles de marché ou dans l’énergie. Il nous faut alors adapter notre discours pour qu’ils l’entendent.

Votre promesse, c'est "avec nos formations, contrez ces concurrents qui bouleversent votre marché via le web" ?

Soyons clairs : on ne peut pas demander aux grosses boites d'aller aussi vite que les start-up. Il ne faut pas non plus croire que les sociétés industrielles traditionnelles vont devenir des Amazon, Facebook ou Uber. Ce n'est pas l'enjeu. D’ailleurs, dans 10 ans, quand on fera le bilan de l’affrontement Uber-taxis, on constatera que ce qu’il reste est un hybride des deux services. Cela sera le cas pour beaucoup de secteurs.

Les industriels ne doivent pas ignorer ces nouveaux acteurs mais se nourrir de leurs réussites. Amazon web services qui parvient à monétiser son infrastructure en la louant (ce qui lui a rapporté 3 milliards de dollars en 2013), ça doit faire réfléchir des acteurs comme Veolia ou EDF. Les grandes entreprises peuvent s’inspirer des bonnes pratiques des start-up. Elles doivent apprendre à s'interfacer avec le reste du monde - leurs clients, leurs partenaires - pour créer de la valeur. Uber lance son API, elles peuvent le faire aussi. A travers cet institut, nous voulons leur dire : prototypez rapidement. Essayez et plantez-vous plutôt que de mettre en place un projet sur 6 ans !

Selon vous, nos industries traditionnelles sont capables de gagner la bataille du numérique ?

J’en suis certain. C’est plus facile pour un expert en transport de gaz de s’inspirer des nouveaux modèles numériques pour créer un nouveau service que pour un développeur d’apprendre à transporter du gaz en toute sécurité. Nos industries sont encore très fortes. Elles le resteront. Certaines seront challengées. C’est déjà le cas. Tesla perturbe les constructeurs automobiles. Quand Google crée Google Energy, EDF s’interroge. Et c’est très bien. Il y aura certainement des pertes mais la plupart vont évoluer et garder leur avance.

Propos recueillis par Charles Foucault et Sylvain Arnulf

 
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