Le numérique dévore-t-il aussi le conseil aux entreprises ?

Avec son baromètre de la transformation digitale, la société de service numérique CSC, ajoute à son tour sa voix au concert d’analyses sur le retard des Français en la matière. Au risque de transformer le digital en énième buzz word de consultant. La transformation numérique ne mérite-t-elle pas plus que des rapports de consultants ?

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Le numérique dévore-t-il aussi le conseil aux entreprises ?

Réingeniering, e-business, open innovation… Tous les cinq ans, les cabinets de conseil et autres sociétés de services numériques s’emparent d’un nouveau concept, avec les mêmes recettes pour valoriser leur expertise. Rapports, enquêtes, observatoires, baromètres et livres blancs s’accumulent pour pointer les retards et les besoins. Au risque de frôler la nausée, de décorréler les concepts de leurs enjeux et d’inquiéter encore un peu plus les dirigeants, désarmés devant chaque nouveau phénomène.

De l’enquête de Mc Kinsey, à l’indice de transformation numérique de Roland Berger, en passant par le tout frais baromètre de la transformation digitale de CSC, l’histoire se répète aujourd’hui avec la déferlante numérique sur la société et l’économie. Les sondages se multiplient pour décerner les bons points, noter (les entreprises françaises afficheraient une moyenne de 33/100) et bien sûr classer les organisations selon leur maturité dans un beau cadran cher aux consultants.

HAlte aux cadrans

Certes, il n’est pas inintéressant de savoir qu’à la fin 2014 " plus d’une entreprise sur deux n’a pas défini de stratégie digitale, mais dispose uniquement d’approches tactiques ", comme nous l’apprend Pierre Kalfon, partner CSC en charge du digital. Ou que si 57 % des répondants estiment que la rupture numérique au sein de leur secteur d’activité n’est pas un mythe, 39 % considèrent que le digital n’aura pas d’impact sur les processus existants !

Faut-il une étude pour apprendre que, pour la plupart des entreprises (93 % selon CSC), le digital est d’abord perçu sous l’angle de l’expérience client ? Peut-être, si c’est le moyen d’expliquer que la transformation digitale, c’est aussi et surtout l’arrivée de nouveau business modèles, de nouveaux usages, une nouvelle culture et de nouvelles opportunités d’optimisation des process. Et que les big data, cloud, ‘bring your on device’ et autres réseaux sociaux ne sont que les outils les plus visibles de cette transformation.

DE nouveaux consultants

Mais on ne peut pas s’empêcher de s’inquiéter de cette récupération. Car si le numérique change tout, ces mêmes cabinets qui veulent donner les conseils, s’en sont aperçu bien tard. Les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) bouleversent l’économie depuis dix ans, et ils ont attendu fin 2014 pour dégainer leurs belles enquêtes. Quid de leur propre transformation? Où en sont-ils de l’adoption d’une culture digitale, de l’aplatissement des hiérarchies, de l’agilité, des pivots, de l’open data, et de nouveau business modèles, voire d’une stratégie digitale ! Ont-ils vu venir ces nouveaux consultants, comme Faber Novel ou The Family, qui plutôt que de perdre leur temps à ausculter leurs clients, décryptent les changements en cours et partage leur analyse avec la plus large communauté !

Certes, la critique est facile et l’art du conseil difficile. Mais les transformations en cause s’annoncent peut-être encore plus profondes, rapides et disruptives que les premiers rapports et statistiques ne le laissent entrevoir. Elles pourraient remettre en cause jusqu’aux notions de travail et d’entreprise. Digital n’est certainement pas un buzz word comme les autres. Et la transformation numérique un défi aussi pour les consultants.

Aurélie Barbaux

Digital Transformation Barometer by L'Usine Nouvelle

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