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[Le numérique en campagne] L'uberisation de l’économie, "concurrence déloyale" ou "offre complémentaire" ?

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Tribune Chaque semaine Renaissance Numérique décortique pour L'Usine Digitale les propositions et petites phrases relatives au numérique des candidats déclarés à la présidentielle 2017 (ou à l'une de ses primaires). Cette semaine, le Think Tank revient sur l'avis favorable de Jean-François Copé en matière d'économie collaborative et la "plateformisation" de l'économie traditionnelle. Une position qui va à l'encontre de celle de ses compétiteurs...

[Le numérique en campagne] L'uberisation de l’économie, concurrence déloyale ou offre complémentaire ?
L'uberisation de l’économie, "concurrence déloyale" ou "offre complémentaire" ? © Núcleo Editorial

Pour sa première, le jeudi 13 octobre 2016, l’émission "Crash Test Politique" a invité Jean-François Copé pour le mettre à l’épreuve du numérique. Ce dernier a en outre pris position en faveur de l’économie collaborative et plus largement des nouveaux services issus de l’économie numérique, en déclarant : "Uber ne se développe pas contre les taxis, mais comme une offre complémentaire".

 

Une affirmation qui dénote avec celles de ses compétiteurs qui, quant à eux, dénoncent le plus souvent une "concurrence déloyale" qu’exercerait l’économie collaborative sur l’économie traditionnelle. Tentons ici de mieux cerner sur quels éléments se basent ces deux énoncés.

 

Taxis / VTC : complémentarité d’usagers et d’usages

Commençons par l’exemple donné par Jean-François Copé : le conflit Uber contre les taxis cristallise une partie des tensions entre deux schémas d’économie de services, dont un s’est développé par et avec les opportunités données par les nouvelles technologies.

 

Selon l’enquête du bureau de recherche 6t[1], labellisée par le Ministère de l’écologie, il existe bel et bien une complémentarité entre taxis et VTC. Elle s’opère en premier lieu dans la différence de profils de leurs clientèles. La distinction s’opère principalement sur les compagnies de chauffeurs non professionnels (Uber Pop, Heetc, etc.) qui s’adressent d’abord aux plus jeunes avec une clientèle composée à 34 % d’étudiants et 63 % de moins de trente ans. Ils privilégient ces services pour des raisons économiques. En revanche, seulement 1 % des clients VTC et non professionnels confondus sont retraités, tandis que ceux-ci représentent 13 % des usagers des taxis.

 

Au-delà des profils, ce sont les usages qui varient également entre les services avec chauffeurs et les taxis. Uber est davantage utilisé quand l’offre traditionnelle de taxis se tarit : la nuit notamment, 37 % des déplacements Uber ont lieu la nuit, contre 20 % pour les taxis. Enfin, les déplacements UBER concernent principalement les loisirs (47 % contre 20 % pour les taxis), quand les taxis sont sollicités pour les déplacements vers une gare ou aéroport (36 % contre 21 % pour Uber).

 

Ces résultats mettent en lumière l’existence d’une certaine "complémentarité entre les offres" comme le formulait Jean-François Copé. Il est important de rappeler ces chiffres pour mieux comprendre les contours de la plateformisation de notre économie, sans pour autant faire preuve de naïveté : les taxis restent le mode de transport le plus impacté par l’arrivée d’Uber dans les pratiques. Les sondés utilisaient en moyenne 2,4 fois le taxi par mois avant de connaître Uber… 0,8 fois après.

 

Et dans l’hôtellerie ?

 

En mai dernier, en perspective de l’euro 2016, Alain Juppé avait engagé un bras de fer avec Airbnb au sujet de la taxe de séjour. Plus récemment, il a annoncé aux Primaires de l’économie qu’il souhaitait rétablir "l’égalité entre Airbnb et les activités traditionnelles". Là aussi, avant de présupposer de l’incidence du développement de Airbnb sur la fréquentation des hôtels, essayons de voir s’il existe une complémentarité des usagers et des usages entre les services d’hôtelleries et les réservations entre particuliers ?

 

Or ici, les chiffres démontrent qu’une distinction est clé entre ces deux offres : le voyage à titre professionnel ou de loisirs. Airbnb ne remplace pas l'offre hôtelière classique, particulièrement sur le marché des voyages professionnels, même si la plateforme tend à conquérir cette demande. En effet, selon Emmanuel Ebray, directeur de HRS France : "Certaines sociétés sont hermétiques à ce concept, car cela pose des problèmes en matière de sécurité, de partage des lieux, d'hétérogénéité de l'offre et de réactivité". Les locations Airbnb se distinguent des chambres d’hôtel classiques en raison de la disponibilité, souvent limitée des hôtes Airbnb, et de l’accueil, souvent restreint à quelques personnes pour les locations Airbnb.

 

Selon l’enquête PhoCusWright, "From Hotels to Homes: Opening the Door to the Airbnb Traveler" datant de 2016 et ayant pour échantillon la population américaine, les voyageurs qui louent des hébergements privés sont âgés de moins de 35 ans. Ces voyageurs s’orientent vers des locations privées car ils retrouvent "les mêmes équipements et installations" que chez eux, disposent d’un plus grand espace et peuvent loger plus de personnes. Toujours selon l’enquête PhoCusWright, les usagers des locations privées voyagent plus longtemps (parmi eux 63 % ont voyagé une ou deux semaines par an), alors que 43% seulement de ceux qui utilisent d’autres types d’hébergement tels que l’hôtel ont voyagé sur une durée équivalente. Enfin, selon une étude CoachOmnium d’avril 2016, les usagers d’AirBnb ont recours à ce mode d’hébergement davantage à l’étranger, ce qui n’affecterait pas directement l’hôtellerie française.

 

Si la "plateformisation", ou l'"uberisation", de l’économie impacte largement tous les secteurs traditionnels, il est plus compliqué d’affirmer formellement qu’une concurrence directe s’opère entre les services, d’autant plus que des acteurs de l’économie traditionnelle adoptent rapidement les mêmes codes ou types de services, comme G7 et son application de réservation, ou Accor qui se spécialise dans la location d'appartements et de villas haut de gamme de particuliers.

 

[1]6t-bureau de recherche, 2015, Usages, usagers et impacts des services de transport avec chauffeur, enquête auprès des usagers de l’application Uber. Télécharger l’étude dans son intégralité

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