Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

"Le numérique et la 3D sont un nouveau monde pour l'optique", reconnaît Yves Guénin, secrétaire général d’Optic 2000

Numéro un des réseaux d’opticiens en France, la coopérative Optic 2000 n’entend pas se laisser dépasser par l’arrivée de barbares du numérique comme le médiatique Sensee. Rencontre avec Yves Guénin, son secrétaire général.
Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

Le numérique et la 3D sont un nouveau monde pour l'optique, reconnaît Yves Guénin, secrétaire général d’Optic 2000
"Le numérique et la 3D sont un nouveau monde pour l'optique", reconnaît Yves Guénin, secrétaire général d’Optic 2000

Comment vous adaptez-vous à la révolution numérique ?

Le numérique et la 3D constituent un nouveau monde pour le secteur de l’optique. Il y a des places à prendre. Nous sommes leaders. Il faut que nous les prenions. Aujourd'hui, dans nos magasins, nos clients peuvent, grâce à des écrans et tablettes dotés d’outils de visagisme – également disponibles sur notre site internet –  tester couleurs, formes et montures. En mars, nous avons également lancé une appli smartphone pour conseiller les lunettes les plus adaptées au visage.

Quel est l’impact d’Internet sur vos ventes ?

Avec 3 millions de visiteurs l’an dernier et 10 000 transactions, nous avons le site le plus vu de la profession. Mais, concernant les équipements optiques, il ne permet que la réservation de lunettes. Faire 2% de ventes en plus ne nous intéresse pas, nous voulons faire du sérieux et du professionnel ! Notre site oblige à passer dans le magasin le plus proche afin de récupérer la monture bien positionnée et de vérifier avec les opticiens que le choix des lunettes est bien adapté.

Vous vous opposez donc à Sensee, qui bouleverse le marché ?

Sensee vend principalement des lentilles et quelques lunettes par mois ! On ne peut pas se passer de l’opticien, qui est un professionnel de santé et pas seulement un marchand de lunettes. La vente sur Internet représente seulement 1% du marché de l’optique en France. Elle ne dépasse pas les 4% aux Etats-Unis où les magasins sont plus éloignés des domiciles. Or 85% des Français disposent d’un magasin Optic 2000 à moins de quinze minutes en voiture de chez eux.

Quel impact aura selon vous la nouvelle loi, qui limite le remboursement des lunettes à une paire tous les deux ans ?

Les opticiens qui vendent peu de lunettes seront tentés de faire monter artificiellement les prix de vente, les clients s’en détourneront. Il y aura des morts... Mais ce ne sera pas notre cas. Car avec nos enseignes Optic 2000 et Lissac, nous disposons d’un réseau de près de 2000 magasins sur les 12 000 que compte le marché français? En outre, le magasin moyen Optic 2000 réalise un chiffre d’affaires supérieur de 198 000 euros au magasin moyen du marché.

L’impression 3D est-elle déjà une réalité pour vous ?

Lissac propose désormais des lunettes sur mesure via la réalisation d’une monture prototype imprimée en 3D au sein de notre atelier, à partir d’un logiciel enregistrant les contours du visage. Cela répond à des demandes atypiques – pour des enfants ou des personnes victimes d’un accident – ou de confort, voire des demandes d’originalité. Chaque client est unique. On nous a même demandé des clés USB au bout de montures ! Le numérique est idéal pour faire du personnalisable. On peut avoir des montures sur mesure à partir de 375 euros. Nous avons l’objectif de proposer le même service chez Optic 2000, mais pas dès cette année.

Le prix des lunettes est régulièrement critiqué en France : il serait notamment gonflé par le quasi-monopole d’Essilor…

Nous travaillons avec tous les grands verriers : Essilor et sa filiale BBGR, Zeiss… Il ne faut pas qu’il y ait de monopole, mais il faut veiller à la qualité des verres produits. Avec la présence historique d’Essilor, en France, le taux de verres progressifs est plus élevé que dans les autres pays européens, de l’ordre de 35-36%, c’est pourquoi les lunettes sont mécaniquement plus chères car on compare un nombre global d’équipements en mélangeant verres unifocaux et verres progressifs.

Comment soutenez-vous l’industrie française ?

21% de nos lunettes vendues sont d’Origine France Garantie. Avec 30 à 40% de ses commandes, nous sommes le premier client de l’industrie lunettière jurassienne, qui ne représente que 0,1% de la lunetterie dans le monde. Nous voulons promouvoir un cercle vertueux. A Clamart, nous réalisons nous-même l’assemblage de nos lunettes dans nos ateliers afin de garantir la qualité de notre service. Mais nous ne deviendrons jamais des industriels. Chacun son métier et je ne vois pas comment je pourrai avoir un retour sur investissement en m’équipant d’une machine à 10 millions d’euros pour fabriquer la dernière innovation technologique en terme de verre !

En décembre, Optic 2000 a été condamné à verser 30 millions d'euros de dommages et intérêts à Optical Center, qui accusait certains de vos magasins de fraude sur les factures clients…

Nous nous sommes placés en procédure de sauvegarde, dont nous allons sortir prochainement, afin de ne pas régler ce montant. Nous avons fait appel de cette décision, nous pensons avoir 95% de chance de gagner ! Nous n’avons d’ailleurs enregistré aucun départ d’opticien. Nos opticiens sont honnêtes et notre logiciel a une traçabilité réelle. Il y a quelques années, nous avions mis dehors tous les magasins qui n’avaient pas voulu s’en équiper et avons instauré un comité de déontologie. Aucun de nos concurrents n’a pris ces deux mesures.

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

 

Optic 2000, numéro un sur un marché de l’optique contracté

Sur un marché français de l’optique en baisse de 1,7% en 2014, à 5,85 milliards d’euros, la coopérative Optic 2000, forte de 2259 points de vente et trois enseignes (Optic 2000, Lissac et Audio 2000, très minoritaire dans les ventes) est toujours numéro un. Son chiffre d'affaires a progressé de 1,1%, atteignant 461 millions d’euros, mais son résultat net est passé de 8 à 7 millions d’euros l’an dernier. Et l’entreprise s'est placée "par prudence" en janvier sous procédure de sauvegarde, après avoir été condamnée à verser 30 millions d'euros de dommages et intérêts à Optical Center, une décision dont elle a fait appel.

 

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

 
media