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Le phénomène des trolls en une du Time, ou comment la haine pourrit Internet

mis à jour le 26 août 2016 à 15H18
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Vu ailleurs Sur la une du magazine Time du 29 août 2016, un petit monstre avec un ordinateur sur les genoux. Ce dessin de troll illustre un long article de Joël Stein sur le phénomène du trolling. Cette démarche qui consiste à poursuivre des internautes de sa haine, parfois jusque dans la "vraie vie".

Le phénomène des trolls en une du Time, ou comment la haine pourrit Internet
Le phénomène des trolls en une du Time, ou comment la haine pourrit Internet © Eirik Solheim - www.eirikso.com

"La personnalité d’Internet a changé. Il fut un temps où c’était un geek avec de grands idéaux sur la circulation libre de l’information." Une époque révolue selon le Time qui n’y va pas avec le dos de la cuiller. Et Joel Stein, l’auteur de l’article fait la couverture du numéro du 29 aout du magazine sous le titre "Pourquoi nous sommes en train d’abandonner Internet à la culture de la haine ?"

 

Désinhibition en ligne

L'enquête renvoie à ce que certains psychologues nomment l’effet de désinhibition en ligne, dopé par l’anonymat, l’invisibilité, l’absence d’autorité et la communication asynchrone sur le Web. Celui-là même qui a libéré des hordes de trolls, ces internautes qui pratiquent aussi bien de simples mauvaises farces sur la Toile que le harcèlement, les menaces violentes ou la publication d’informations privées.

 

Des victimes qui fuient les réseaux sociaux

L’article cite les nombreux cas de victimes de telles obsessions. Comme ce député de l’Etat de Washington qui a quitté Twitter et ses 35000 followers face à une pluie d’attaques antisémites, ou cet écrivain féministe qui a abandonné les medias sociaux suite à des menaces de viol sur sa fille de 5 ans… L’affaire la plus récente – encore d’actualité – est celle de la haine dirigée contre le film Ghostbuster au casting entièrement féminin. Inadmissible pour certains fans qui se sont déchainés en particulier contre l’actrice noire américaine, Leslie Jones. Son harceleur principal, le leader de la droite alternative américaine, avait enrôlé son armée de 300000 followers dans une campagne d’insultes et de menaces à son encontre, les invitant même à l’attaquer physiquement.

 

Des personnalités perturbees qui retrouvent une raison d’être 

Narcissisme, psychopathie, machiavélisme et surtout sadisme, tel serait les traits de personnalité généralement requis pour s’afficher comme troll. Le journaliste entame d’ailleurs son texte en évoquant ceux qui se revendiquent comme tels. Il s’attarde sur des personnalités dont la vie est dévastée et qui retrouvent une raison d’être dans le trolling, avec des millions de vues mensuels sur chacun de leurs tweets, par exemple.

 

OU Tous des trolls ?

Mais il développe aussi l’idée de la reproduction de comportements qui existent hors ligne, tel ceux des foules grégaires…  Ainsi, Whitney Phillips, professeur de littérature, estime qu’il est erronné de faire un portrait des trolls comme des aberrations et des anthèses de personnes normales. "Il y a principalement des gens normaux qui font des choses qui semblent drôles sur le moment mais qui ont d’énormes implications. Vous avez envie de penser que c’est un problème de méchants, mais en fait c’est notre problème à tous." D’une bataille très ciblée contre l’homosexualité, l’avortement, la drogue, les trolls sont d’ailleurs passés à une forme de guerre universelle contre certains films, certains livres, le physique, les vêtements, les jeux vidéo…

 


Un combat devenu politique

Pour Joel Stein, le trolling est devenu un combat politique. Ses adeptes revendiquent le droit de dire et faire des choses politiquement incorrectes. "Les trolls sont les seuls à dire la vérité", affirme même un de ses interlocuteurs de la droite alternative, l'alt-right. Ce mode de fonctionnement en ligne fait le bonheur des tenants de ce mouvement qui ne se satisfait plus des conservateurs. Selon l’auteur, il s’agit de leur version de l’activisme politique, dirigé en particulier contre les conservateurs anti-Trump.


Une auto-censure croissante

Les conséquences du phénomène sont lourdes. Le trolling entraine, selon le Time, une auto-censure de plus en plus importante de ceux qui s’expriment en ligne. L’auteur cite un sondage réalisé anonymement auprès de la rédaction du Time. 80% des journalistes évitent spontanément certains sujets en ligne, et la moitié des femmes de la rédaction ont envisagé de quitter le métier face au harcèlement en ligne !

 

Snapchat et Instagram peu concernés

L’article est illustré par une sorte échelle de la haine dans les medias sociaux. Si Snapchat, trop volatile, échappe au phénomène, tout comme Instagram, et même Facebook peu concernés, les trolls trouvent refuge dans 8chan ou 4chan, puis sur Reddit, où ils peuvent échanger leurs points de vue et des images, y compris s’ils sont bannis par la loi. Même Reddit a dû se résoudre à sévir face à des groupes d’incitation à la haine et même à la violence contre des personnes en surpoids, par exemple.

 

LES MEDIAS SOCIAUX DÉSARMÉS

La réplique est difficile. Les medias sociaux répugnent à aller contre le 1er amendement américain qui garantit la libre parole. Même si le troll de Leslie Jones, par exemple, a été banni de Twitter. Les medias sociaux, dépassés par le phénomène, peinent à définir les limites à partir desquelles il est possible de parler de harcèlement, et non plus de plaisanterie ou de simple conversation.

 

Du bruit, mais pas de fureur ?

Enfin, l’auteur termine son article par un long portrait de SON troll. Une femme qui a fini par accepter de le rencontrer, à sa grande surprise. Et qui lui a fourni la conclusion de son article. Quand le journaliste du Time lui a demandé pourquoi elle ne l’avait pas abordé directement pour lui dire ce qu’elle pensait de lui, elle a répondu sans hésiter : "Pourquoi aurais-je fait cela ? Internet est le royaume des lâches. Ce sont des gens qui ne sont que de bruit, et pas de fureur." Et Joel Stein de partager une dernière interrogation : "Certes. Mais peut-être qu’à l’âge de l’information, le bruit est aussi destructeur que la fureur."

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* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

2 commentaires

JPM
19/09/2016 14h39 - JPM

L'auteur confond allègrement Trolls et Haters, ça en fera sourire quelques-uns, mais ces termes désignent des profils précis depuis des années, avec des définitions précises. Ce qui relativise déjà le sérieux de l'article, puis en se renseignant un peu on se rend compte que le seul troll de l'article, c'est ce "journaliste" auteur du Times qui a déjà derrière lui quelques belles tentatives de trollage / clickbait. Sourcez, sourcez, il en restera toujours quelque chose...

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Mathias BLANDIN
26/08/2016 10h22 - Mathias BLANDIN

Merci pour cet article sur le phénomène des trolls qui touche tout le monde sur Internet. Si nous voulons qu'Internet de devienne pas le royaume des lâches, il faut mettre en place des solutions concretes de lutte. J'ai écris un article sur Linkedin que je vous invite à lire sur les moyens efficaces qui ont été trouvés dernièrement mais pas encore suffisamment généralisés. https://www.linkedin.com/pulse/est-il-possible-davoir-des-discussions-civiles-et-de-qualités

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