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Le plan B de Yanis Varoufakis pour créer un système bancaire parallèle, pas si rocambolesque que cela

Depuis ce week-end, l'ex-ministre des Finances grec Yanis Varoufakis est le héros d'un haletant feuilleton. Le quotidien conservateur Kathimerini a révélé qu'il avait construit, avec l'accord du Premier ministre Alexis Tsipras, un plan pour hacker la plate-forme de l'administration fiscale de son pays et lancer un système bancaire parallèle, en cas d'échec des négociations avec la troïka et de fermeture prolongée des banques du pays. Une application mobile a même été développée dans ce cadre. Qualifié d'abracadabrantesque par plusieurs médias, ce "plan B" était en fait une solution envisagée par plusieurs économistes spécialistes de la situation du pays. 
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Le plan B de Yanis Varoufakis pour créer un système bancaire parallèle, pas si rocambolesque que cela
Le plan B de Yanis Varoufakis pour créer un système bancaire parallèle, pas si rocambolesque que cela © SkriptaTV - Wikimedia Commons - Creative Commons

Le plan B était prêt : en cas d'échec des négociations avec la BCE et le FMI et de fermeture prolongée des banques grecques, le ministre des Finances démissionnaire Yanis Varoufakis voulait lancer un système bancaire parallèle. Avec la bénédiction du Premier ministre Alexis Tsipras, il a demandé à un informaticien américain (l'un de ses amis d'enfance) de pirater la plate-forme de l'administration fiscale de son pays.

 

Le but de l'opération : "créer clandestinement des comptes secrets reliés aux numéros fiscaux de chacun des contribuables", soulignait ce week-end le quotidien d'opposition grec Kathimerini, qui a dévoilé l'affaire (il a publié des extraits d'un entretien organisé par le Forum officiel des institutions financières et monétaires, dans lequel Yanis Varoufakis parle de son "plan" avec plusieurs fonds spéculatifs).  

 

Ce feu vert qui n'est jamais venu

 

L'argent devait circuler via une application mobile, conçue dans le plus grand secret. Cette monnaie parallèle aurait été initialement libellée en euros, mais aurait pu être facilement basculée en drachmes, en cas de sortie de la Grèce de la zone euro.

 

Le 29 juin, au moment de la fermeture forcée des banques du pays, "nous étions prêts à recevoir le feu vert du Premier ministre", raconte Yanis Varoufakis, cité par Kathimerini. Mais Alexis Tsipras a changé d'avis et décidé d'accepter les conditions posées par la troïka, malgré le non au référendum du 5 juillet. Ce volte-face expliquerait en partie la démission du ministre des Finances le lendemain du vote.

 

Yanis Varoufakis soutenu par plusieurs économistes

 

Le 27 juillet, il a confirmé à The Telegraph le 27 juillet que les citations du quotidien Kathimerini étaient exactes (une façon habile de planter un couteau dans le dos d'Alexis Tsipras, en pleine négociations avec les créanciers de la Grèce).

 

Cette affaire a été reprise par de nombreux journaux, qui ont qualifié ce plan de rocambolesque (et le piratage de la plate-forme de l'administration fiscale peut en effet être qualifié de tel). Mais plusieurs économistes spécialistes de la situation grecque ont des positions proches de celles de Yanis Varoufakis.

 

Le risque de panique bancaire existe

 

"Nous croyons tout comme vous que la Grèce, dans la situation de nécessité et urgence dans laquelle elle se trouve, aurait pu - et peut encore - décréter unilatéralement un moratoire sur sa dette, créer une monnaie complémentaire, réquisitionner sa Banque centrale et nationaliser ses banques", affirment dans une lettre ouverte Bruno Théret, directeur de recherche au CNRS et à l'université Paris-Dauphine, et Thomas Coutrot économiste et coprésident de l'Association pour la taxation des transactions financières Attac. Cette missive, publiée par Mediapart, est directement adressée à l'ancien ministre des Finances.

 

Ils poursuivent : "certes, ces mesures comportent des risques, surtout si elles sont improvisées à la hâte : panique bancaire, fuite devant la monnaie complémentaire, exode accru des capitaux... Mais ces risques seront d’autant plus faibles que l’adhésion populaire sera forte. Le succès du référendum de juin et l’impopularité de l’accord du 13 juillet [le] montrent."

 

La solution : une monnaie parallèle ?

 

Les deux économistes, accompagnés de Wojtek Kalinowski, codirecteur de l’Institut Veblen, ont aussi publié en mars 2015 une tribune intitulée L’euro-drachme, un ballon d’oxygène pour la Grèce sur le site de Libération. Le texte appelait à la mise en place d'une monnaie parallèle dans le pays.

 

"Il existe pourtant une troisième voie qui pourrait permettre à la Grèce de se redonner de l’oxygène sans passer par les fourches caudines de Bruxelles ni abandonner l’euro : la mise en circulation d’un instrument monétaire à l’échelle nationale, un 'euro-drachme' parallèle mais restant lié à l’euro, et visant à compléter et non remplacer ce dernier. Cette solution, qui n’est pas contraire aux traités européens, s’inspire des tax anticipation scrips émis avec succès aux Etats-Unis par certaines grandes villes dans les années 30", proposent-ils.

 

Même le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble aurait, selon l'agence de presse Bloomberg, conseillé à la Grèce de réfléchir à la mise en place d'une monnaie parallèle en cas d'échec des négociations avec la BCE et le FMI… Si ces négociations avec Bruxelles échouent, Alexis Tsipras devra peut-être remettre sa veste à l'endroit et réfléchir à une solution de ce type pour sortir son pays de la crise.

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1 commentaire

bertrand
29/07/2015 02h57 - bertrand

cette opération n'avait-elle pas comme objectif plus réel de voler l'argent des gens pour payer les fonctionnaires ??? on ne voit pas l'intérêt de pouvoir accéder aux comptes des gens sinon pour les voler !!!!

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