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Le plan "shift" de Michel Combes pour redresser Alcatel-Lucent reste flou

Tout IP et très haut débit. Réduction des coûts et cession d’actifs pour un total de deux milliards. Le nouveau "shift plan" d’Alcatel-Lucent est engagé, mais mérite encore d’être précisé.
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Le plan shift de Michel Combes pour redresser Alcatel-Lucent reste flou
Le plan "shift" de Michel Combes pour redresser Alcatel-Lucent reste flou © Alcatel-Lucent

Attendu au tournant, Michel Combes ? C’est le moins que l’on puisse dire. Le nouveau directeur général d’Alcatel-Lucent a présenté ce mercredi 19 juin son plan stratégique, deux mois et demi après sa prise de fonction. Trois objectifs principaux à réaliser d’ici fin 2015. Pour commencer, le DG veut en finir avec  l’équipementier généraliste et se recentrer sur deux grandes lignes technologiques uniquement : le tout IP et le très haut débit.

La première pour la croissance à long terme (objectif 7 milliards d’euros contre 6 aujourd’hui et 12,5% de marge opérationnelle contre 2,4%), la seconde pour retrouver du cash (plus de 250 millions d’euros générés). Michel Combes a aussi expliqué que des choix technologiques - et donc des suppressions d’offres - seraient décidés dans chacune des deux lignes. Enfin, il compte réduire les coûts fixes à hauteur de 1 milliard d’euros et céder des actifs pour le même montant.

Le plan est très clair. Et pourtant décevant, car encore insuffisamment détaillé. Impossible de savoir quels sont les actifs qui pourraient être vendus, par exemple. Ou, bien sûr, quel pourrait être l’impact sur les effectifs, même si l’on sait que certaines dépenses de R&D seront réduites et que les coûts administratifs seront diminués d’un quart.

Un management simplifié

Le nouveau patron a cependant mis ses troupes en ordre de bataille pour concrétiser et appliquer son nouveau plan avec, pour commencer, un management simplifié. Quatre directions business, trois fonctions transversales et trois fonctions corporate. Les lignes business sont au nombre de deux pour les réseaux IP : routage et transports, et plates-formes auxquelles il faut en ajouter une pour les réseaux mobiles et une pour les réseaux fixes. L’activité routage et transport IP sera dirigée par Basil Alwan, ancien fondateur du spécialiste de l’IP Timetra racheté en 2003 et qui a dirigé le projet du premier routeur IP cœur de réseau d’Alcatel-Lucent, lancé l’an dernier.

Côté fonctions transversales, Michel Combes a donné la direction des opérations, et un rôle de véritable numéro 2, à Philippe Guillemot, ancien PDG d’Europcar, réputé à poigne, comme son DG.

Philippe Keryer, le patron des réseaux prend la tête de la stratégie et de l’innovation. C’est à lui que reviendra le choix essentiel des technologies à garder et de celles à laisser de côté. La direction des ventes reste entre les mains de Robert Vrij. Enfin, côté corporate, Paul Tufano a annoncé son futur départ de la société et participera avec Michel Combes au choix de son successeur à la direction financière.

Moins de produits, mais plus de marchés

Parmi les points notables de l’annonce de ce jour, Michel Combes a annoncé sa volonté de rationnaliser l’offre produits, mais d’élargir néanmoins le potentiel de marché. Une démarche indispensable, à l’heure où les opérateurs télécoms souffrent de grandes difficultés. En passant au tout IP, il table ainsi sur l’intérêt de ses clients traditionnels, mais pas seulement. "Les opérateurs passent au tout IP, a-t-il expliqué. Mais c’est aussi le cas des cablo-opérateurs qui passent du tout vidéo au tout IP." Sans oublier les grandes entreprises et les géants du Net qui bâtissent d’immenses datacenters. Des infrastructures dont les réseaux internes sont tout IP, mais qui sont aussi interconnectés sur le même mode.

Du côté des régions, Michel Combes a annoncé privilégier les USA, la France et la Chine dans le mobile, mais il a confirmé son intérêt pour le marché européen des télécoms, pourtant mal en point. Pour lui, la croissance du trafic data en particulier conduira les opérateurs du Vieux-Continent à développer à la fois réseaux IP et très haut débit.

Des coupes dans la R&D

Pour ce qui est de la R&D, il a précisé qu’il diminuerait de 50% les dépenses dans les produits anciens comme la 2G et la 3G. De plus, les Bell Labs seront désormais tenus de s’intéresser davantage au cycle de vie du portefeuille produits. Si peu de précisions, là-encore, ont été données, on imagine que cela devrait se traduire par davantage de R&D orientés produits et moins de recherche fondamentale. Le DG a aussi évoqué le travail en mode start-up interne (ce fut déjà le cas sur le routeur IP annoncé l’an dernier) ou le co-développement avec de grands clients.

Prudence sur les ventes d’actifs

Michel Combes n’a donc globalement présenté que les grandes lignes de son plan, pour l’instant. Mais pouvait-il faire autrement ? Il est à la tête d’une entreprise technologique éminemment complexe dans un secteur tout aussi complexe et mouvant. Il vend des technologies et des produits très techniques dont il est difficile d’expliquer l’importance ou la différenciation. Il est aussi à la tête d’une entreprise traumatisée, humainement et économiquement. Jamais sortie du marasme engendré par sa fusion. "Depuis 10 ans, Alcatel-Lucent a quasiment tout le temps été en restructuration" a-t-il même rappelé en introduction de sa présentation.

Une entreprise dont les employés, pour la plupart ingénieurs, sont descendus dans la rue manifester leur désarroi à l’automne dernier, face au plan de 5 500 suppressions de postes de Ben Verwaayen. Alors, si le nouveau patron a pris soin d’expliquer chaque point de sa stratégie lentement, didactiquement, en articulant, il a aussi multiplié les précautions. Sur le fait que les ventes d’actifs ne se décideraient pas tout de suite, par exemple. Ou sur le potentiel des brevets "nous devrions réaliser 150 millions d’euros en 2015, en ligne avec ce qui se faisait les autres années, mais attention, nous ne parions pas sur une explosion. Nous prenons les bonnes mesures pour en tirer le meilleur."

Tout est dit. Plus question pour Alcatel-Lucent de parier. Les décisions doivent toutes être rationnelles et efficaces. L’équipementier n’a plus le choix. Il a néanmoins atteint un premier objectif : satisfaire la bourse. "Le marché salue le plan, le titre grimpe de 6,45%" titrait ce matin l’AFP à l’issue de la présentation.

Emmanuelle Delsol

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