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"Le projet des sénateurs de taxer les jeux vidéo étrangers est une fausse bonne idée", selon Adrien Dassault

Selon Adrien Dassault, PDG d'Heliceum, taxer les jeux vidéo étrangers comme le proposent les sénateurs n’est pas la bonne solution pour améliorer la compétitivité du secteur vidéoludique français. En effet, avec des jeux de moins en moins physiques et des entreprises de plus en plus internationales, il devient difficile de définir la provenance d’un produit. Il suggère plutôt d’alléger les charges qui plombent les acteurs français, notamment les plus petits.
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Le projet des sénateurs de taxer les jeux vidéo étrangers est une fausse bonne idée, selon Adrien Dassault
"Le projet des sénateurs de taxer les jeux vidéo étrangers est une fausse bonne idée", selon Adrien Dassault © DR

Taxer les jeux vidéos étrangers. Voici une des mesures phares du rapport "Jeux vidéo : une industrie culturelle innovante pour nos territoires" présenté le 24 septembre par les sénateurs André Gattolin (EELV) et Bruno Retailleau (UMP).

Certes, avant toute chose, il faut saluer la démarche des sénateurs visant à soulever la question de l'exception culturelle, y compris dans le domaine du jeu vidéo qui est le premier bien culturel français, et où la demande est réelle.

Mais une taxe pèsera sur la demande et concentrera encore davantage les achats autour d'un ou deux blockbusters. Circonscrire la taxe aux jeux physiques ne prend pas en compte l'évolution digitale de notre industrie ! Pour permettre aux talents français de s’exprimer il faut trouver d’autres solutions, comme par exemple l’allègement des charges. Mais les suggestions apportées ne semblent pas être des réponses satisfaisantes. Pourquoi ?
 
L'état des lieux du secteur vidéoludique français montre une industrie concentrée qui a vécu beaucoup de faillites et de fermetures depuis les années 2000.

Les petits studios ont du mal à survivre : il est difficile de trouver une voie rentable car le modèle économique est risqué. En effet, produire un jeu coûte de 100 000 à 200 000 euros pour les productions les plus courtes, et plus de 10 millions d'euros pour des productions AAA de 3 à 5 ans.

Dans ce contexte, très peu d'investisseurs acceptent de prendre le risque d'attendre autant d'années la création d'une propriété intellectuelle, sans revenus ni rentabilité les premières années.

Un modèle digital mobile permet de réduire les temps et les coûts de production, mais la concurrence internationale est féroce. En effet, les studios basés en Europe de l'Est ou dans d'autres pays émergents ont des coûts de production forcément bien inférieurs.

Et quand les studios français survivent avec peu d'investissement, ils ont du mal à recruter du fait du coût de la main d'oeuvre. Or sans pouvoir embaucher de talents, difficile de faire de la R&D, d'innover, et donc de proposer de création originale.
 
Alors pourquoi la taxe n'est-elle-pas la bonne solution ?

Tout d'abord, car elle contribuera à augmenter les prix - déjà perçus comme trop élevés - et la demande en pâtira, ou conduira aux imports parallèles (le fait que les acheteurs passeront par des sites étrangers pour ne pas subir cette taxe).

Ensuite, car elle ne tient aucunement compte de l'évolution de l'industrie vers le tout digital qui est l’avenir du jeu vidéo. Il suffit de regarder l’évolution des secteurs de la musique et des réalisation cinématographiques ces dix dernières années.
 
Enfin, elle semble difficile à mettre en œuvre : quels sont désormais les critères pour désigner un jeu comme un jeu étranger ? Un jeu produit en Inde ou au Canada par une société française serait-il considéré comme un jeu français ou étranger ?
 
Quelles seraient les solutions ?
 
Alléger les charges ! Seule cette solution d'exonération des charges à l'embauche pourrait nous permettre d’être aussi compétitifs que les pays où les studios s’expatrient, à la recherche de main d’œuvre qualifiée moins chère. Il nous faut recruter beaucoup plus simplement, à l'instar des 15 000 emplois créés au Canada ou des zones européennes où le dumping fiscal permet d'attirer les talents.
 
Clarifier le mode d’allocation des subventions et simplifier la procédure, comme proposé dans le rapport des sénateurs, avec un "guichet unique" que serait le Centre national de la cinématographie. Une telle contribution viendrait alimenter un fonds géré par le CNC, ainsi pleinement en charge du secteur du jeu vidéo.

L'enjeu est de véritablement fusionner toutes les aides et donc les démarches autour d'un même interlocuteur (qui accéderait à la demande de Fonds d'aide au jeu vidéo, crédit impôt recherche, Jeune entreprise Innovante, crédit Jeu Vidéo etc..).

Comme indiqué dans le rapport, "d'une façon plus générale, ce système de crédit d'impôt mériterait d'être considérablement simplifié. Le calcul par points, suivant un barème complexe, ne plaide pas en effet pour la transparence du dispositif et son assimilation aisée par les entreprises du secteur potentiellement intéressées". Nous attendons donc avec impatience de voir les effets de ces préconisations.
 
La "French Touch" vidéoludique ne pourra éclore que si l’accès des petits et moyens studios au financement privé est facilité, et l’emploi français rendu compétitif grâce à une baisse du coût du travail. Taxer des produits venant de l’extérieur de nos frontières n’y changera rien.
 
Adrien Dassault, fondateur et PDG d’Heliceum, société spécialisée dans le développement et l'édition d'applications sur smartphones et tablettes tactiles

 
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