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Le smartphone de Jeff Bezos aurait été piraté par les services du prince héritier saoudien

Jeff Bezos aurait été pris pour cible par l’Arabie saoudite, et Mohammed bin Salman serait directement impliquement. Début mai 2018, le prince héritier aurait envoyé par WhatsApp un fichier infecté dans le but d’aspirer les données personnelles du patron d'Amazon. Une vendetta qui aurait, selon les experts, à voir avec la couverture que réserve le Washington Post au pays du Golfe. Un journal dont Jeff Bezos est propriétaire, et pour lequel travaillait Jamal Khashoggi, assassiné fin 2018.
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Le smartphone de Jeff Bezos aurait été piraté par les services du prince héritier saoudien
Le smartphone de Jeff Bezos aurait été piraté par les services du prince héritier saoudien © Flickr / James Duncan Davidson

Tout serait parti d’un message WhatsApp. Le téléphone du milliardaire américain Jeff Bezos, fondateur et CEO d'Amazon, aurait été piraté le 1er mai 2018, après l'ouverture d'un fichier provenant d'une conversation WhatsApp avec le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed bin Salman (MBS). Après analyse, il a été jugé "très probable" qu’un fichier vidéo (format mp4) contenant un malware assimilé au logiciel espion Pegasus soit responsable d'une importante fuite de données. L'attaque a tiré parti d'une vulnérabilité dans WhatsApp, réparée peu de temps après. Selon le quotidien britannique The Guardian, les deux hommes s'étaient échangés leurs numéros la veille, et tenaient une conversation cordiale.

 

LE WASHINGTON POST, un ennemi à neutraliser

En quelques heures, de grandes quantités de données auraient été aspirées du téléphone du patron d’Amazon. La lumière n’a pas été faite sur la nature de ces dernières, ni sur l’utilisation qui en a été faite après coup. Le Guardian estime que "l’extraordinaire révélation que le futur roi d’Arabie saoudite pourrait être personnellement impliqué dans cette affaire va envoyer une onde de choc à Wall Street et à la Silicon Valley". L’affaire pourrait avoir un impact commercial et financier alors que le pays du Golfe cherche activement à attirer de nouveaux investisseurs occidentaux. MBS a, en effet, promis d’amorcer "la transformation économique du royaume" – et, ce, malgré les critiques.

 

Ces nouveaux éléments vont inévitablement conduire Amazon à se poser des questions vis-à-vis de la provenance des informations publiées par le tabloïd américain The National Enquirer début 2019 au sujet de la vie privée de Jeff Bezos. Le responsable de la sécurité du milliardaire, Gavin de Becker, avait déjà impliqué l'Arabie saoudite à l'époque. Plus inquiétant encore, ces révélations donnent du grain à moudre aux autorités qui enquêtent sur la mort de Jamal Khashoggi… survenue cinq mois après le piratage du téléphone du patron du géant de l’e-commerce. Un meurtre imputé dès le départ au prince héritier. Le journaliste saoudien travaillait notamment pour le Washington Post, dont Jeff Bezos est le propriétaire depuis 2013.

 

UN CONTEXTE TENDU SUR LE PLAN INTERNATIONAL

"Il est clair que MBS tient le Washington Post pour un ennemi majeur, a déclaré Gavin De Becker. Il pensait probablement que s’il trouvait quelque chose sur Bezos, la couverture du Washington Post au sujet de l’Arabie saoudite aurait changé. Il est clair que les Saoudiens n’ont pas de limites quand il s’agit de protéger ou faire progresser MBS, quitte à s’en prendre au dirigeant d’une des plus grandes entreprises mondiales ou à un dissident". Ces révélations sont, par ailleurs, embarrassantes pour la Maison-Blanche. L’administration Trump a, en effet, conservé des liens étroits avec le pays en dépit de "forts" soupçons quant à son implication dans l’affaire Khashoggi. Jared Kushner notamment, qui discute avec le prince héritier... via WhatsApp. Il faut dire que Donald Trump a lui-même fréquemment témoigné au cours des cinq dernières années de son hostilité envers Amazon, Jeff Bezos et le Washington Post.

 

En décembre 2019, un procès, dénoncé par les défenseurs des droits de l’homme, s’est tenu dans le pays et a débouché sur la condamnation de huit personnes dans le cadre du meurtre de Jamal Khashoggi. Un rapport issu de l’Organisation des nations unies (Onu) et conduit par la spécialiste des exécutions extrajudiciaires Agnès Callamard, considère ces allégations concernant le meurtre comme étant "suffisamment crédibles" pour demander des comptes à l’Arabie saoudite. En ce qui concerne les liens supposés entre cette affaire et le piratage de Jeff Bezos, la Française notifiera officiellement l’Arabie saoudite comme le veut la procédure internationale. Le pays du Golfe a d’ores et déjà récusé toute implication par le biais d'un tweet de son ambassade aux Etats-Unis.

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