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Les 5 leçons de la débâcle japonaise dans les semiconducteurs... à méditer par l’Europe

Vu ailleurs En 25 ans, le Japon est passé de la position d’un géant à celle d’un nain dans les semiconducteurs. Un article d’EETimes tente d’analyser les raisons de cette débâcle et de lancer des alertes pour ce qui reste des puces électroniques nipponnes. Cinq leçons à méditer par la microélectronique européenne.
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Les 5 leçons de la débâcle japonaise dans les semiconducteurs... à méditer par l’Europe
Les 5 leçons de la débâcle japonaise dans les semiconducteurs... à méditer par l’Europe

En 1990, le Japon truste six places du Top 10 mondial des fournisseurs de semiconducteurs. En 2015, il n’en détient plus qu’une seule. Entre temps, sa part du marché est tombée de 51% à 10%, selon le cabinet IHS. Rien qu'en 2015, il a perdu près de 4 milliards de dollars du chiffre d'affaires dans le secteur. Il est désormais devancé non seulement par les Etats-Unis mais aussi par la Corée du Sud. La débâcle est particulièrement sévère. Comment l’expliquer ? Dans son article sur EETimes sous le titre évocateur "Sayonara, Japan Semiconductor Inc", qui veut dire "Adieu les semiconducteurs du Japon", Junko Yoshida tente de trouver des réponses.

 

1. Stratégie trop axée sur la technologie

La première raison de défaite japonaise réside dans la confiance aveugle accordée à la technologie. "Les dirigeants des entreprises nipponnes se tenaient à l’idée qu’ils ne pouvaient pas perdre tant qu’ils gardaient une supériorité technologique sur leurs concurrents, rappelle Akira Minamikawa, analyste chez IHS. Une erreur, car le succès ne se résume pas à la technologie. Il dépend aussi d’autres facteurs, qu’ils ont complètement oubliés."

 

Les Japonais se sont épuisés à dépenser des fortunes en R&D pour conserver leur avance technologique. Un effort qui les obligeait à privilégier la qualité et la fiabilité des composants au détriment d’applications se contentant de performances moindres mais de prix moins élevés. Dans les mémoires Dram, ils s’enorgueillissaient d’offrir une durabilité de 25 ans. Parfaits pour les gros ordinateurs Mainframes, mais trop chers pour les PC.

 

Les coréens Samsung et SK Hynix et l’américain Micron Technology ont profité de ce positionnement étroit en proposant des produits plus adaptés en performances et prix aux PC. L’effet volume de ce marché leur a donné un avantage décisif.

 

2. R&D déconnectée du marché

La deuxième raison des déboires du Japon réside dans l’inefficacité de sa R&D. Face à la montée de la concurrence, il a cru pouvoir se défendre en mutualisant ses efforts de recherche et développement. Plusieurs consortium ont été montés sous l’égide du gouvernement japonais. "Le Japon adore la R&D, explique Takashi Yunokami, consultant et auteur d’un livre sur l’industrie japonaise des semiconducteurs. Il n’a jamais arrêté d’y investir. Mais très peu de choses en sont sorties." Le consultant pointe un problème de déconnexion de la R&D avec la réalité du marché mondial.

 

3. Dépendance vis-à-vis des gros clients

Le Japon souffre du modèle d’intégration verticale de ses gros industriels. C’est vrai dans l’électronique grand public, dans les télécoms ou encore dans l’automobile. Des gros clients comme Toyota, Nissan ou Denso tiennent à disposer de circuits exclusifs de façon à garder un avantage compétitif sur le marché. Ces circuits ne peuvent pas être vendus à des concurrents. Ce modèle prive les fournisseurs de semiconducteurs de gains d’échelle et les met en position de dépendance forte vis-à-vis de leurs gros clients.

 

4. Déclin de l’investissement

Le Japon aurait aimé rester le champion des investissements dans le secteur. Seulement voilà : il en avait de moins en moins les moyens. Dès le début des années 1990, le pays est en stagnation économique, les ressources financières baissent et les débouchés internes se ferment. Equipements informatiques et télécoms, PC, électronique grand public, mobiles… Autant de secteurs d’équipements électroniques, qui offraient des débouchés importants pour les semiconducteurs nippons, ont été peu à peu perdus. La formule, qui consistait à se reposer sur la force du Japon dans les équipements électroniques, ne fonctionne plus. Et les fournisseurs japonais de puces n’ont pas su orienter leur effort commercial vers les nouvelles stars de l’électronique grand public, de l’informatique, des télécoms ou des mobiles aux Etats-Unis et en Chine.

 

5. Manque de réactivité

Mais le plus grand talon d’Achille du Japon vient de son incapacité à s’adapter rapidement aux changements sur le marché. Un phénomène culturel dont le pays a le plus grand mal à changer. Les dirigeants sont aveuglés par leur vision à long terme, refusant de changer leurs plans et leurs stratégies en dépit des signaux négatifs du marché. Ce qui était leur atout en période de développement devenait une tare en phase de déclin.

 

Cette analyse est riche de leçon pour l’Europe. Certes, l’industrie européenne des semiconducteurs a connu un déclin moins prononcé. Mais il est réel. Et certains maux, qui ont précipité le Japon, comme la baisse des investissements ou l’inefficacité de la R&D, la touchent aussi.

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