Les algorithmes vont-ils remplacer les fonctionnaires ?

Alors que le spectre d’un "gouvernement des algorithmes" fait débat, une enquête d'Eurogroup consulting  dévoile qu’en matière d’e-gouvernent aussi il existe un paradoxe numérique français.

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Les algorithmes vont-ils remplacer les fonctionnaires ?

Les gouvernements vont-ils succomber aux charmes des "Data driving strategies" et baser la décision politique sur les big data. Certes, bien utilisés, ces nouveaux algorithmes devraient permettre d’innover en matière publique, notamment en prenant des décisions basées sur des données complètes (même imparfaites) plutôt que sur échantillons ou des statistiques, pour faire de l’analyse prédictive ou détecter des dérives. Ils pourraient aussi permettre de personnaliser les services publics.

Si elle séduit certains, l’idée d’un état gouverné par une intelligence logicielle a aussi de virulents détracteurs. Pour éviter toute perte de contrôle et tout immobilisme, Henri Verdier, le nouveau Chief Data Officer du gouvernement français, propose sur son blog de discuter d’un certain nombre de règles pour fixer des garde fous à cette "gouvernementalité algorithmique" : refuser la décision algorithmique individuelle, réclamer la transparence des algorithmes utilisés, redonner aux citoyens le contrôle de leurs propres données personnelles (mais sans aller jusqu’au droit à l’oubli) ou encore apprendre à réguler les nouveaux monopoles fondés sur la capacité à traiter les big data...

Des propositions et réflexions très en amont, comparées aux inquiétudes et propositions des fonctionnaires français interrogés par Eurogroup Consulting sur le thème "le numérique : jusqu’où réinventer les services publics". Présentée lors des 6e rencontres de la transformation publique, le 6 novembre 2014, cette enquête pointe déjà un paradoxe. Alors que la France est placée par l’ONU au 4e rang mondial en matière d’e-gouvernement, 71% des 778 fonctionnaires ayant répondu au questionnaire en ligne estiment les services publics français en retard en matière numérique et 9% les jugent très en retard !

Assurer la qualité de services et accompagner les usagers

Et pour eux la priorité n’est pas à l’open gouv ou au big data, mais aux services en ligne pour l’état civil et démarches courantes (63%) et la fiscalité et la vie économique des entreprises (42%). Ils imaginent aussi appliquer le numérique à de nouveaux champs comme l’éducation et la recherche (40%), la santé et la protection sociale (39%) et l’emploi (37%). Les répondants (l’échantillon n’est pas représentatif) avancent même à 88% que le numérique pourrait casser les silos de l’administration, qui pourraient reposer sur des logiques plus collaboratives !

Et si les agents de la force publique craignent d’abord, avec le numérique, l’inégalité d’accès aux services (60%), la disparition des contacts humains (55%), le changement de leur mode de travail (57%), la réduction d’effectifs (51%) ou le manque de maîtrise des outils (51%), ils semblent déjà conscients que le fonctionnaire de demain sera moins en charge de produire un service (les algorithmes le feront-il à leurs places ?) que d’assurer la qualité de services (71%) et d’accompagner les usagers (47%).

Pour des gens qui trouvent que les services publics français sont en retard en matière de digital, ils font preuve d’une grande clairvoyance numérique. A moins que le questionnaire n’ait un peu (trop) orienté les réponses.

Aurélie Barbaux

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