Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

Les assureurs traditionnels, terrain de jeu privilégié des start-up de l’assurtech

Analyse La transformation digitale du secteur de l’assurance bat son plein. Les jeunes pousses de l’assurtech s’engouffrent dans la brèche, notamment en apportant aux compagnies d’assurance leur expertise en matière de technologie, d’UX et de connaissance client.
Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

Les assureurs traditionnels, terrain de jeu privilégié des start-up de l’assurtech
Les assureurs traditionnels, terrain de jeu privilégié des start-up de l’assurtech © Ricardo Resende @rresenden

En 2020, 173,5 millions d’euros ont été levés par des start-up françaises de l’assurtech (en 14 opérations) sur un total de 828 millions d’euros (fintech et assurtech réunis), selon les chiffres de l’association professionnelle France FinTech. Cela représente une augmentation de 18,5% par rapport à 2019.

Les plus grosses levées de fonds ont été réalisées par l’assureur santé Alan, à hauteur de 50 millions d’euros (série C), le spécialiste de l'assurance habitation en ligne Luko (50 millions d’euros également), le courtier pour professionnels +Simple (20 millions d’euros) et le spécialiste de la modélisation des risques climatiques Descartes Underwriting (15,7 millions d’euros). Selon le cabinet Klein Blue Partners, l’écosystème de l’assurtech en France comptait 212 start-up en septembre 2020, contre 202 jeunes pousses un an plus tôt.

Ce qui caractérise cet écosystème est la faible contribution des nouveaux acteurs de l’Insurtech à l’innovation produit B2C."Si plusieurs initiatives ont vu le jour ces dernières années, des questions subsistent concernant le mode d’accès à ces services  via une marketplace ou embarqués dans le produit d’assurance –, le modèle économique et le taux d’utilisation étant encore décevants de la part des assurés", relève la quatrième édition de l’étude "’Insurtech et l’innovation dans l’assurance", publiée par le cabinet Klein Blue Partners, en partenariat avec le pôle de compétitivité Finance Innovation.

Les services aux assureurs privilégiés par rapport au B2C
Les nouveaux entrants de l’Assurtech ont en effet une préférence très marquée pour les services aux assureurs. "Ces services poursuivent leur essor avec un focus particulier sur l’aide à la vente / distribution, la souscription et la gestion de sinistre, même si certains assureurs peuvent privilégier le développement interne de cas d’usages stratégiques", analyse Klein Blue Partners dans son étude.

Une tendance de fond confirmée par Alain Clot, président de France Fintech : "Une grosse moitié de l’Assurtech vise à fournir des services et briques produits aux assureurs tandis qu’un peu plus de 35% sont directement en relation avec le client final : courtiers, assureurs de plein exercice notamment, dont le nombre ira sans doute en augmentant".

"Pour comprendre cette tendance, il est intéressant de comparer les relations que les fintech ont créées à leurs débuts avec les banques avec celles que les assurtech nouent en ce moment avec les assureurs. Avec quelques années de décalage, le secteur de l’assurance vit ce que le secteur bancaire a déjà connu : les premières activités qui se créent sont essentiellement B2B. Dans le capital risque, on dit d’ailleurs souvent ‘Rêver de B2C mais financer prioritairement du B2B’ car avant de conquérir de larges parts de marché en B2C, dans un marché très contrôlé par les établissements traditionnels, il faut investir des sommes très importantes. Le B2B est souvent plus accessible et rentable à court terme pour les nouveaux entrants", note Alain Clot.

La transformation numérique tardive des assureurs : levier de croissance des insurtech
Le terrain de jeu B2B est d’autant plus vaste pour les assurtech que les assureurs sont encore peu avancés dans leur transformation numérique. "Le secteur de l’assurance a traditionnellement peu investi dans la tech. La part du chiffre d’affaires des compagnies d’assurance investie dans les budgets IT est de 3%, alors que les banquiers y consacrent entre 5 et 9% de leur CA. Il y a un vrai risque de décrochage numérique chez les acteurs traditionnels. Et le gros de leurs investissements IT concerne le réglementaire. C’est donc un des grands freins à l’innovation dans ce secteur", complète Eric Mignot, administrateur de France Fintech et Président fondateur de +Simple.

Autre explication à ce "retard à l’allumage" numérique de l’assurance : la structure même du marché. "Contrairement à la banque, l’industrie de l’assurance est extrêmement intermédiée, très morcelée. Là où un banquier peut faire jouer la technologie sur toute la chaîne de valeur, qu’il contrôle de bout en bout, un assureur a plus de mal en raison du caractère fragmenté de son environnement", ajoute Eric Mignot.

Une collaboration entre insurtech et compagnies d’assurance sur toute la chaîne de valeur
Dans ce contexte, les insurtech aident les assureurs à se transformer sur un grand nombre de maillons de la chaîne de valeur, notamment sur la distribution, l’expérience et la connaissance clients, la tarification, les produits, la détection de la fraude et l’indemnisation, en se basant sur la data et l’IA. "Leur avance technologique et leur expertise leur permettent en outre d’aider les acteurs traditionnels et de leur apporter des solutions sur de très nombreuses applications innovantes : assurance paramétrique, à l’usage ou à la demande, outils d’analyse risques, de pricing dynamique, de relation clients. Et cela apporte beaucoup à notre secteur", note Nelly Brossard, ex-dirigeante dans le secteur de l’assurance et advisor.

"L’assurance est une industrie ‘froide’ en termes de relation client, il y a peu de fréquence de contacts. C’est une industrie assez ‘technique’. Les fonctions marketing y sont souvent secondaires. Les acteurs approchent le client par le produit. Dans la distribution, un des gros enjeux est donc de réassembler une expérience client complète et de recréer cette hyper-personnalisation que permet le digital. Un très grand nombre de start-up insurtech se sont positionnées là-dessus, pour combler ce manque à la fois marketing, technologique et de connaissance client", ajoute Eric Mignot.

Des fondamentaux propices à une profonde disruption du secteur
Mais il y a fort à parier que la transformation digitale que connait le secteur de l’assurance connaisse une forte accélération dans les prochaines années, un certain nombre de fondamentaux étant réunis. "Un de ces fondamentaux est le comportement des consommateurs. Ces derniers ne font aujourd’hui plus aucune différence entre les services financiers - banque ou assurance - et les autres services du quotidien : un trajet en train, une vidéo en streaming, un abonnement téléphonique... Cette banalisation des services financiers met une moindre emphase sur les acteurs universels, que l’on appelle ‘one stop shopping’ et favorise la montée en puissance de pure players ayant concentré toute leur expertise sur un point précis du parcours client", analyse Alain Clot.

Outre le changement de comportement des consommateurs, d’autres facteurs sont à l’œuvre, favorisant l’arrivée d’importants changements. "Tous les paramètres d’une profonde disruption du secteur sont réunis : les coûts d’acquisition client sont élevés et en hausse, les assureurs détiennent peu de données sur leurs clients et, même si elle génère encore des marges confortables, l’industrie de l’assurance suscite pas mal de frustration, notamment chez les consommateurs les plus jeunes. Si vous ajoutez à tout cela des synergies plutôt faibles entre les différentes verticales des grandes compagnies d’assurance, vous avez tous les ingrédients d’un contexte d’ubérisation. Ce cas d’école mérite d’être étudié dans les écoles de commerce", commente Alain Clot.

Et le président de France Fintech d’ajouter : "Sans compter que la digue réglementaire qui protégeait le secteur a été très largement assouplie il y a quelques années. A part dans le domaine de l’assurance vie, tous les contrats sont aujourd’hui transférables et les capacités de résiliation en cours d’année facilitent l’accélération en cours".

Cette analyse ne tient pas compte du rôle que les géants de la tech pourraient eux aussi jouer dans ce processus de disruption du marché de l’assurance. "Nous ne sommes qu’au début du processus mais l’arbitrage par le marché peut être très rapide. Et je ne parle même pas des Big Tech – GAFAM et BATX – qui, après des années de dénégation, abattent enfin leurs cartes et se déclarent finalement très intéressés par les paiements et l’assurance. Or, ces acteurs cochent toutes les cases : coût d’acquisition très faible, UX, connaissance client, IA... La capacité qu’ils ont de donner un coup de pied dans la fourmilière est forte. C’est à la fin qu’on comptera les gagnants et les perdants", conclut Alain Clot.

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.