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Les déboires de Brian Krzanich à la tête d’Intel

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Vu ailleurs Deux ans après son arrivée aux commandes d’Intel, Brian Krzanich déçoit les investisseurs et analystes. Echec dans les mobiles, difficultés en production, retard des produits… Autant de déboires, pointés par l'analyste Ashraf Eassa, qui ternissent son bilan.

Les déboires de Brian Krzanich à la tête d’Intel
Brian Krzanich, directeur général d'Intel © Intel

Le délai de grâce se termine pour Brian Krzanich. Deux ans après son arrivée aux commandes d’Intel en tant que CEO, l’heure est plutôt aux critiques. Son bilan à la tête du numéro un mondial des semi-conducteurs déçoit investisseurs et analystes. 

 

Certes, Brian Krzanich a consolidé la position de quasi-monopole d’Intel dans les PC et les équipements de datacenters. Mais ce résultat découle essentiellement des décisions stratégiques prises par son prédécesseur, Paul Otellini. L’actuel directeur général n’a fait que conforter cette action en rachetant le fournisseur de circuits logiques programmables Altera pour la bagatelle de 16,7 milliards de dollars. Une opération risquée même si elle est saluée par un grand nombre d’analystes. 

 

Pour le reste, Ashraf Eassa, technologue, analyste et pourtant grand supporter traditionnel du roi des microprocesseurs, se montre très dubitatif. Dans son blog sur le site de Fool Motley, il se livre à un bilan sans concession de l’homme fort du groupe de Santa Clara et met le doigt sur les trois grands déboires de l’actuel CEO.

 

Les mobiles, un vrai désastre

Brian Krzanich se vante d’avoir réussi en 2014 à battre Qualcomm dans les tablettes, en devenant le premier fournisseur de processeurs d’application sur le marché libre (hors Apple qui utilise ses propres processeurs dans ses iPad). C’est vrai, mais à quel prix ? Car Intel y a laissé des plumes : l’activité mobiles affiche une perte d’exploitation de 4,2 milliards de dollars, que le CEO promet de réduire de 800 millions de dollars en 2015. Les chiffres sont si mauvais que la direction a décidé d’intégrer l’activité mobiles dans le groupe client aux cotés des PC. Une façon de noyer le poisson en rendant les résultats dans les mobiles invisibles.

 

La situation n’est guère meilleure dans les smartphones où Intel reste quasiment inexistant. Pour Ashraf Eassa, c'est la faute du cœur de processeur Atom qu’Intel cherche désespérément à vendre dans les mobiles, un domaine acquis aux cœurs de processeurs du britannique ARM. "Il faut se rendre à l’évidence, écrit-il. L’architecture x86 d’Atom n’est pas adaptée aux mobiles. Intel devrait l’abandonner et passer à ARM." Jusqu’ici, l’analyste défendait toujours l’architecture X86 et imputait les difficultés d’Intel dans les mobiles à un problème de stratégie et de retard de produits.

 

Technologies de production : la fin de l’avance d’Intel

Intel a bâti sa force dans son leadership en production. Il s’est toujours arrangé pour garder une avance d’une ou deux générations technologiques sur le reste de l’industrie. L’année 2015 est à marquer d’une pierre blanche. Pour la première fois, il est à parité avec la concurrence. Sur le procédé de fabrication FinFET 14 nm de puces avec des transistors 3D et une gravure de 14 nanomètres, il est rattrapé par Samsung, GlobalFoundries puis TSMC avec une variante de 16 nanomètres.

 

Intel se défend d’avoir perdu son avance, revendiquant une plus longue expérience dans les transistors 3D et une meilleure densité des circuits. C’est possible. Mais le problème c’est qu’il ne parvient pas à améliorer les rendements de fabrication et ce malgré plus d’un an de production. Résultat : les puces en FinFET 14 nm coûtent plus cher que les mêmes réalisées dans la technologie précédente en 22 nanomètres, alors que la miniaturisation est censé baisser les coûts par transistor. Ce sont ces difficultés qui ont conduit Intel à retarder de près d’un an le lancement de sa génération de processeurs Broadwell.

 

Ashraf Eassa s’inquiète de la perte de l’avantage compétitif en production. Intel misait sur cette avance pour développer son activité de fonderie, c’est-à-dire de services de fabrication de circuits intégrés avancés pour des fournisseurs de semi-conducteurs fabless. Cette activité a été lancée récemment pour mieux remplir les usines, devenues à moitié vide à cause du déclin du marché des PC. Elle compte déjà une dizaine de clients, dont Panasonic et LG. Mais pas de grandes pointures comme Apple, Qualcomm ou Nvidia.

 

Le risque pour Intel est de se trouver en retard sur la prochaine génération de 10 nanomètres. Le groupe l’a en effet reportée au second trimestre 2017, alors qu’au départ elle était programmée pour fin 2015. Or Samsung et TSMC maintiennent leur projet de mettre en production cette génération technologique avant la fin de 2016. Ashraf Eassa s’inquiète d’autant plus de cette évolution que Brian Krzanich était le directeur de la production d’Intel avant d’être promu CEO.

 

Des produits en retard sur le marché

La feuille de route des produits d’Intel est toujours séduisante au moment où elle est lancée. Le problème c’est que le timing est de moins en moins respecté. Les retards de sortie de nouveaux produits se multiplient. Pas grave dans les PC et les serveurs - où Intel fait face à AMD comme challenger, désormais trop faible pour le menacer - mais très gênant dans les mobiles.

 

Ashraf Eassa cite l’exemple de SOFIA, le premier composant d’Intel combinant dans la même puce les fonctions de processeur et de modem. Le produit a été annoncé à l’occasion du Mobile World Congress en mars 2015. Mais seules les versions avec modem 3G sont aujourd’hui disponibles. La version 4G, prévue au départ au second semestre 2015, est reportée au premier semestre 2016. Dans ces conditions, difficile de concurrencer Qualcomm, MediaTek ou Marvell.

 

Même reproche dans les modems 4G. Intel ne parvient pas à rattraper le roi dans ce domaine : Qualcomm. Ses produits arrivent toujours trop tard sur le marché.

 

Ceci étant, Intel est un grand paquebot de plus de 100 000 personnes et 55 milliards de dollars de chiffres d’affaires, avec une culture ancrée sur les PC et les serveurs. Brian Krzanich a besoin de beaucoup de temps pour le faire bouger. Le contexte concurrentiel, qui devient particulièrement difficile, ne lui facilite pas la tâche.

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