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Les décideurs hospitaliers sont conscients de l'importance de l'IA en santé mais manquent de moyens

Étude L'intelligence artificielle a plutôt bonne presse auprès des décideurs hospitaliers, d'après un baromètre du CHU de Nancy et du cabinet d'audit EY publié le 22 novembre. 81% d'entre eux estiment que l'IA est un sujet très important. Mais ils se plaignent du manque de moyens financiers et techniques pour déployer pleinement ces innovations.  
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Les décideurs hospitaliers sont conscients de l'importance de l'IA en santé mais manquent de moyens
Les décideurs hospitaliers sont conscients de l'importance de l'IA en santé mais manquent de moyens © Pixabay/Rawpixel

Aujourd'hui, l'intelligence artificielle (IA) pénètre pleinement la santé avec un large champ d'application : recherche clinique, aide au diagnostic, amélioration de l'offre de soin, simplification du parcours du patient, optimisation des coûts… Et les projets se multiplient. En avril 2019, le CHU d'Amiens-Picardie a lancé un programme pour optimiser la gestion des lits grâce à l'IA.

 

Le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Nancy et le cabinet d'audit EY se sont justement posés la question : comment les CHU vivent-ils cette montée en puissance du numérique dans leur pratique quotidienne ? Les réponses ont été compilées dans une étude*, publiée le 22 novembre 2019.

 

Les questionnaires ont été uniquement adressés aux directeurs généraux des CHU et aux présidents des commissions médicales d’établissement (équivalent d'un parlement hospitalier). Il s'agit de l'une des premières études françaises sur l'IA en santé consacrée aux professionnels. En effet, il est indispensable de comprendre le regard de ces acteurs sur ces questions car leur niveau d'engagement dépend grandement de la mise en œuvre effective des nouveautés dans les CHU. 

 

Une priorité stratégique

66,7% des interrogés déclarent avoir déjà mis en œuvre des dispositifs d'IA dans leurs établissements. Parmi eux, 86% ont mis en œuvre entre un et cinq projets. Les programmes ont été majoritairement élaborés dans la recherche (43%) et dans l'appui aux pratiques médicales et soignantes (38%). 

 

Une chose est sûre : les professionnels de la santé sont convaincus que l'IA comporte de nombreux avantages. 81% des personnes interrogées estiment que l'IA est un sujet très important pour les hôpitaux et 76% considèrent même qu'il s'agit d'une "priorité stratégique". Les sondés mettent en avant l'augmentation de la rapidité et de la fiabilité de la prise de décision qui permet de libérer du temps pour se focaliser sur des tâches à plus forte valeur ajoutée (81%) et l'amélioration des conditions d'exercice dans l'hôpital (95%). Subsistent tout de même des craintes sur le risque de déshumanisation (62%) et la perte de liens sociaux. A noter que seuls 33% identifient l'altération de la fiabilité et l'erreur comme un risque.

 

Mais les sondés admettent qu'il reste encore de nombreux défis à relever. Pour 86% d'entre eux, le principal défi est d'identifier là où l'IA apporte le plus de bénéfices et les prioriser. L'aspect organisationnel, comme la mutation des métiers et la répartition des tâches, arrive plus loin avec 62%. En ce qui concerne le pilotage du déploiement de l'IA, les avis sont partagés entre le confier à la direction de la stratégie (36%), à la direction de la recherche (29%) ou à une nouvelle direction dédiée (19%). Par contre, ils sont presque unanimes sur le fait de créer un organe composé d'experts en IA (90,5%).

 

Un manque de ressources

Selon l'étude, le numérique s'avère être un moyen permettant le renforcement de la qualité dans les hôpitaux tout en maîtrisant les coûts. Une hypothèse qu'il sera seulement possible de vérifier si les hôpitaux ont un niveau suffisant d'expertise dans le domaine de l'IA. Les ressources nécessaires pour relever ce défi restent peu répandues puisque seuls 38 % des sondés estiment disposer des compétences nécessaires en mathématiques et statistiques, et 43% en algorithmes de données. En outre, 19% des répondants estiment que leur établissement ne dispose d’aucune compétence dédiée à l’IA. Il reste à inscrire ces déclarations dans les faits. 

 

Ce n'est pas nouveau, les hôpitaux publics sont dans une situation budgétaire complexe parfois critique. Cette position limite leur capacité d'investissements dans des projets d'innovation. 91% des personnes interrogées souhaitent que des fonds publics viennent soutenir le développement de l'IA en milieu hospitalier afin d'accélérer son déploiement. Quelques annonces politiques vont dans ce sens. En novembre 2018, le gouvernement français a annoncé souhaiter investir 665 millions d'euros sur les quatre prochaines années dans la recherche en IA. 


*Méthodologie : ce baromètre s’appuie sur une enquête en ligne anonyme, réalisée entre juin et septembre 2019, auprès d’un panel de 32 CHU avec l’appui des DG de CHU et le CHU de Nancy. Le questionnaire a été adressé aux Directeurs Généraux et Présidents des Commissions Médicales d’Établissement, soit deux répondants par CHU. 21 réponses étaient complètes à la clôture de l’enquête, soit un taux de réponses de 33%.

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