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"Les données qui concernent notre santé doivent rester notre propriété", alerte Stéphane Sarrade

Les progrès de la connaissance en chimie, des technologies émergentes et de la miniaturisation vont donner naissance aux systèmes intelligents de demain, impactant profondément notre futur. Entretien avec Stéphane Sarrade, chef du département de physico-chimie au CEA Saclay, cofondateur de la start-up Inovalor, et auteur du livre "De la Joconde aux tests ADN, jusqu'où ira la chimie ?", publié aux éditions Le Pommier.

mis à jour le 04 mai 2015 à 18H26
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Les données qui concernent notre santé doivent rester notre propriété, alerte Stéphane Sarrade
"Les données qui concernent notre santé doivent rester notre propriété", alerte Stéphane Sarrade © Philippe Maraval

L'Usine Digitale - Quel rôle vont jouer la chimie dans les "systèmes intelligents de demain" ?

Stéphane Sarrade - Dans le domaine de la santé, les systèmes intelligents de demain vont faire appel à des méthodes de chimie analytique pour donner en temps réel à leurs utilisateurs des valeurs de glycémie, d'oxygénation du sang, d'alcoolémie... Associés aux données de pulsations cardiaques et de tension artérielle, ces systèmes vont permettre un monitoring direct de l'organisme. La chimie analytique peut être aussi impliquée dans des mesures environnementales directes : mesures de particules, de polluants atmosphériques comme les SOx et NOx... La miniaturisation des capteurs chimiques et le développement des lab-on-chip vont rendre ces systèmes éminemment portables.

Vous soulignez les risques et limites de ces innovations, notamment dans l’usage des données ?

Dans le cadre de la santé, ces systèmes intelligents doivent être considérés comme des dispositifs médicaux et non pas comme des gadgets hi-tech. A ce titre, les données associées doivent être couvertes par la confidentialité médicale. De même pour les tests ADN et le décryptage du génome, l'accès à des données médicales sans explication associée peut être anxiogène. C'est le cas des questions associées aux big data. Nous avons accès à un nombre sans cesse croissant de données mais nous n'avons pas forcément la connaissance pour analyser et interpréter ces données. Les données qui concernent notre santé et notre mode de vie doivent de toute façon rester strictement notre propriété. Bien sûr, elles intéressent forcement notre banquier, notre assureur... et les grands opérateurs Internet.

Les industriels et les particuliers en sont-ils conscients ?

Les GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) en sont conscients. Apple négocie depuis plusieurs mois avec la Food and Drug Administration (l’autorité de santé américaine, ndlr), qui considère que l’iWatch est un dispositif médical. Cela impliquerait donc des limitations dans l'usage des données collectées. Les particuliers ne sont pas forcément conscients de toutes ces évolutions. Les photographies personnelles piratées sur Internet montrent au grand public que la notion de confidentialité des données sur la toile et dans un Cloud est toute relative.

Comment y remédier ?

Je pense que c'est la connaissance des risques qui permet de gérer au mieux une situation. Si un utilisateur particulier est conscient de la fragilité des données qu'il produit, il va forcément privilégier un stockage sécurisé et bien réfléchir à qui il va rendre accessible son dossier médical… Pour le reste, avoir du recul vis à vis des quantités de données produites sera encore le meilleur rempart contre les manipulations de tout poil. 

Faut-il encadrer ces innovations chimiques pour rassurer le grand public ?

Encadrer signifie souvent limiter les usages et ce n'est pas forcément efficace. Ces systèmes intelligents vont participer à nous maintenir en bonne santé le plus longtemps possible. Ils participent aussi à l'utopie de nous rendre tous centenaires et un jour peut être immortels. Alors il faut communiquer pour que nous ne soyons pas sujets à des addictions à ces outils. Mon livre a la modeste ambition de montrer les avantages (nombreux) et inconvénients (réels) des systèmes intelligents de demain. A-t-on vraiment envie de mettre son dossier médical et sa carte génétique dans les réseaux sociaux ? La question se doit d'être posée.

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

De la Joconde aux tests ADN, jusqu'où ira la chimie ?, Stéphane Sarrade, éditions Le Pommier, 130 p., 7,90 euros.

 

 

 

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