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Les drones, alliés du rugby moderne

Depuis plus d’un an, le club de rugby de Clermont-Ferrand utilise des drones pour filmer ses entrainements. Les résultats sont aux rendez-vous au regard du palmarès de l’équipe de rugby clermontoise. Cette technologie n’a pas rejoint l’arsenal du XV de France pour la coupe du monde 2015, mais le sujet est à l’étude au sein du staff des bleus.
mis à jour le 12 octobre 2015 à 09H25
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Les drones, alliés du rugby moderne
Les drones, alliés du rugby moderne © Flirtey

Les drones s’introduisent dans tous les secteurs d’activités, même dans le rugby ! Pas question de faire voler des drones en plein match au-dessus de dizaines de milliers de spectateurs. En revanche, ces assistants volants trouvent toute leur place à l'entraînement.

 

Optimiser le placement des joueurs

En France, c’est l’ASM, le club de rugby de Clermont-Ferrand qui est en pointe sur le sujet. Depuis 2014, les entraineurs utilisent ces machines pour avoir de meilleurs angles de vues sur le placement des joueurs et les combinaisons. Au sol, quand on filme une action par l'arrière, on ne voit que les intervalles entre les joueurs. Quand on filme de côté, seules les lignes d’affrontement sont visibles. En prenant de la hauteur, les deux perspectives sont observables en même temps.

 

L’ASM a trouvé son bonheur auprès de la société Malou Tech (Mission aérienne légère à organisation unique), filiale du groupe Assman. La société est au départ spécialisée dans l’utilisation de drones pour surveiller des vastes étendues comme des frontières ou des incendies de forêts, assurer des suivis de chantier, réaliser des acquisitions d'images en zones difficiles d'accès. Venir filmer dans l’enceinte clos d’un stade les déplacements des joueurs était un défi nouveau.

 

Un drone étanche

"La première version du drone était un engin du commerce équipé d'une caméra et amélioré avec de meilleures batteries", se rappelle Yann Pertuisel, directeur commercial de Malou. L’engin de deux kilogrammes pouvait voler de huit à dix minutes et était sensible aux conditions météorologiques. Enthousiasmé par les performances de l’engin, le staff de l’ASM a demandé des améliorations. Depuis Malou a fourni deux nouvelles versions de son drone. "La seconde version a été optimisée en utilisant des produits sur étagères (moteurs, contrôleurs de vols, hélices…) que nous avons assemblés. La troisième version a été entièrement construite par nos soins", explique Yann Pertuisel.



Parmi les principales améliorations, Malou a rendu le drone étanche grâce à une résine mise au point par leurs soins. Il peut désormais voler sous la pluie. Le poids et la puissance ont été optimisés pour allonger l’autonomie à plus de 25 minutes. Les hélices en carbone ont été remplacées par des hélices en plastique, moins performantes mais moins dangereuses. "En cas de perte de contrôle, pas question de prendre le risque de blesser Morgan Para (Ndr : demi de mêlée de l’ASM)", sourit Yann Pertuisel. Afin de renforcer la sécurité, le drone a été équipé d’une caméra plus puissante pour filmer de plus loin.

 

En matière de connectivité, la machine n’est pas en reste. Piloté depuis un iPad ou à l'aide d'une manette et de lunettes vidéo, le drone est équipé d’un système de GPS pour assister et faciliter le pilotage. Pour cela, un membre de l'ASM a été formé par les équipes de Malou Tech. Le flux vidéo est transmis par radio. "Ainsi, dès la fin de l’entrainement, tous les rushs sont prêts à être utilisés lors du débriefing de l’entrainement", explique Yann Pertuisel.

 

Du rugby au debrief video des pompiers

D’autres clubs ont essayé des solutions de drones comme Grenoble, Lyon, Bayonne, mais seule l’expérience clermontoise a été prolongée dans le temps. Malou Tech n’a pas déployé sa technologie vers d’autres équipes : "On a un contrat moral avec l'ASM pour ne pas donner tout de suite les mêmes outils à la concurrence", justifie Yann Pertuisel. Cependant, l’entreprise a fini par déployer la solution à d’autres secteurs.

 

La société travaillait déjà avec les pompiers pour filmer des incendies et identifier des zones dangereuses à l’aide de caméras thermiques ou de capteurs de CO2. Mais l’expérience de l’ASM a donné l'idée aux pompiers d’employer des drones pour filmer les entraînements des agents du feu. Ainsi, ils peuvent comme les sportifs réaliser des débriefings vidéo et repérer les erreurs d'organisation, les situations dangereuses, etc. "On a filmé des exercices de désincarcération. C’est une organisation complexe qui n’est pas sans rappeler la coordination nécessaire d’une mêlée ou d’une action des trois-quarts", explique Yann Pertuisel.

 

Une quatrième version

Les équipes de Malou, passionnées de rugby et historiquement proches des terres auvergnates, sont bien décidées à continuer l’expérience avec le club de rugby clermontois. Déjà, ils ont en tête des idées pour élaborer la quatrième version du drone. "Nous croyons beaucoup au multidrone. C’est-à-dire une flotte de 3 ou 4 drones, pilotée avec une seule télécommande, qui pourraient filmer la même action sous plusieurs angles", s’enthousiasme Yann Pertuisel. Il envisage aussi que le drone puisse se connecter sur les trackers GPS placés dans le dos des joueurs de manière à afficher à l’écran le rythme cardiaque des joueurs, la distance parcourue et d’autres informations utiles.

 

Si Malou Tech n’a pas proposé sa technologie aux autres clubs du TOP14, elle s’est en revanche approchée de Marcoussis, lieu d’entrainement du XV de France. L’utilisation de drones y est sérieusement envisagée. Il n’a pas trouvé sa place pour la Coupe du monde 2015, mais il y a fort à parier qu’il sera aux premières loges pour assister aux entrainements de l’équipe de France en 2019.

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