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Les grandes plateformes limitent l'accès aux médias russes RT et Sputnik dans l'UE

A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Facebook, Instagram, YouTube, Microsoft, Telegram et Twitter ont restreint voire bloqué les comptes associés de RT et Sputnik. Apple et Google ont retiré les chaînes de leurs boutiques d'applications. Dépendantes du gouvernement russe, elles sont accusées de propager des fausses informations en pleine invasion de l'Ukraine. La firme à la pomme a également suspendu les ventes et les exportations de ses produits en Russie. 
mis à jour le 02 mars 2022 à 09H36
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Les grandes plateformes limitent l'accès aux médias russes RT et Sputnik dans l'UE
Les grandes plateformes limitent l'accès aux médias russes RT et Sputnik dans l'UE © YouTube

Mise à jour (02/03/2022) : Les grandes entreprises technologies continuent de prendre des mesures vis-à-vis de la Russie. Apple et Google ont annoncé le retrait des chaînes Russia Today (RT) et Sputnik – des médias financés par l'Etat russe – de leurs boutiques d'applications. La firme à la pomme a également suspendu ses ventes et arrêté les exportations de produits en Russie. De son côté, Snapchat a suspendu "les ventes de publicité à toutes les entités russes et biélorusses". Il a précisé qu'il n'avait jamais autorisé la publication d'actualités de médias affiliés au Kremlin dans sa fonctionnalité "Discover" (service de diffusion d'articles et de vidéos pour les médias). 

Article original : "Nous allons interdire à la machine médiatique du Kremlin toute diffusion dans l'UE", a déclaré Ursula von der Leyer, la présidente de la Commission européenne, lors d'un discours prononcé le 27 février sur l'invasion de l'Ukraine par la Russie. L'appel a été entendu : depuis lundi, les grandes plateformes ont décidé de restreindre voire de couper au sein de l'Union européenne l'accès à Russia Today (RT) et Sputnik, deux médias financés par l'Etat russe. 

Les plateformes s'exécutent
Meta a été le premier à prendre des mesures. Lundi, il a bloqué les comptes Facebook et Instagram des deux médias "compte tenu de la nature exceptionnelle de la situation actuelle". YouTube, filiale d'Alphabet (maison-mère de Google), a pris une décision similaire en bloquant leurs chaînes. TikTok, propriété du géant chinois ByteDance, s'est également plié aux exigences européennes.

Brad Smith, le président de Microsoft, a annoncé une série de mesures dans le cadre du conflit armé. La plateforme Microsoft Start (le flux d'actualités) et la messagerie MSN n'afficheront "aucun contenu de RT et Sputnik". Les applications d'actualités de RT ont été supprimées et ses contenus ont été déclassés dans les résultats de recherche Bing. Les publicités des deux chaînes russes sont également interdites.

Dernière mesure prise : l'application de messagerie Telegram a suspendu ce mardi après-midi la page de RT France pour "infraction à la législation locale". Elle comptait 50 000 abonnés. La page de Sputnik n'est pas concernée par cette mesure.

Twitter instaure un système d'étiquetage
Twitter refuse de son côté de prendre des mesures aussi radicales. Il a décidé de mettre en place un système d'étiquetage des liens vers les médias "affiliés à la Russie", sans en donner une liste exhaustive. RT France et Sputnik sont évidemment concernés. 
 

 

La position de Twitter n'est pas acceptable, d'après Cédric O, le secrétaire d'Etat chargé de la transition numérique et des communications électronique. "Se contenter de simples messages d'avertissement dans la situation actuelle est ridicule et indécent", a-t-il argué. Il s'est en revanche félicité des mesures prises par les autres plateformes avec qui il a tenu une réunion le 28 février pour discuter de "l'opérationnalisation de la lutte contre la propagande russe en ligne" et des sanctions européennes.

RT France veut contester les mesures de blocage
De son côté, RT France déplore cette situation. "L'annonce de bannir RT en Europe, et donc la chaîne RT France, (…) est une violation de l'Etat de droit et va à l'encontre des principes mêmes de la liberté d'expression et d'information", a écrit la chaîne dans un communiqué publié le 27 février. Elle a ajouté qu'elle n'avait jamais été "poursuivie pour diffusion de désinformation" et qu'elle disposait même "d'une convention" avec l'Autorité de régulation de la communication audiovisuel et numérique (Arcom), ex CSA. La chaîne a également annoncé son intention de contester toute mesure de blocage.

Les sanctions pourraient ne pas s'arrêter là pour les deux médias russes puisque la présidente de la Commission européenne a annoncé que l'UE allait mettre au point "des outils destinés à bannir de l'Europe leurs campagnes de désinformation toxique et nuisible". Des mesures réglementaires devraient être prises aujourd'hui ou demain pour interdire la diffusion de RT et de Sputnik sur "l'ensemble des canaux disponibles, à la fois les chaînes, les comptes sur les réseaux sociaux et les sites Internet", a déclaré Cédric O.

Une situation particulièrement rare
Cette situation montre que les grandes plateformes numériques peuvent agir très rapidement quand elles le décident. Elles sont traditionnellement accusées de ne pas assez lutter contre la désinformation et la diffusion de propos haineux. C'est ainsi qu'en janvier dernier, Twitter France et son directeur général, Damien Viel, ont été jugés devant le tribunal judiciaire de Versailles pour ne pas avoir aidé la justice à identifier des utilisateurs de messages injurieux visant un responsable de la préfecture des Yvelines. Pour se défendre, ils ont déclaré que Twitter France est "une entité qui ne stocke pas les données". Ces dernières seraient uniquement conservées par la filiale européenne située en Irlande.

Mais la Russie ne compte pas se laisser faire. Le 25 février, Roskomnadzor, le service fédéral russe de supervision des communications, des technologies de l'information et des médias de masse, a pris des mesures pour restreindre Facebook. Il lui reproche d'avoir bloqué les comptes officiels sur sa plateforme de la chaîne russe Zvezda, liée au ministère de la Défense, de l'agence de presse publique Ria Novosti et des médias russes en ligne Lenta.ru et Gazeta.ru. Twitter dit également avoir été banni une nouvelle fois sur le sol russe.

La Russie en perpétuelle guerre contre les Gafam
Le comportement du Kremlin n'est absolument pas étonnant. Ses relations sont particulièrement tendues avec les grandes entreprises technologiques américaines. La justice russe a ainsi condamné en août 2020 Twitter, Facebook et WhatsApp pour avoir violé une loi les obligeant à stocker les données des utilisateurs russes en Russie. Pour un motif similaire, Google a été condamné à une amende de trois millions de roubles (environ 34 500 euros). A noter que des sanctions similaires ont été prises au sein de l'Union européenne, à l'image de la quasi-interdiction de Google Analytics par les autorités néerlandaise puis française

La Russie s'est même lancée en novembre 2019 dans la création d'un Internet souverain, isolé du reste des réseaux mondiaux. Cela signifie que le gouvernement peut "couper" l'accès à Internet à ses citoyens ou aux entreprises opérant sur son territoire à tout moment, à condition de justifier d'une situation d'urgence. Il peut également filtrer des contenus pour les rendre indisponibles, comme ce que fait la Chine.

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