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Les laboratoires pharmaceutiques ouvrent enfin leur recherche au numérique

Ils auraient trente ans de retard en la matière, selon le patron de Dassault Systèmes ! Mais les laboratoires pharmaceutiques français, réunis ce mardi 18 novembre à l’initiative du think tank G5 Santé, voient désormais comment le numérique peut accélérer leur recherche.

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Les laboratoires pharmaceutiques ouvrent enfin leur recherche au numérique
Les laboratoires pharmaceutiques ouvrent enfin leur recherche au numérique © D.R.

S’il est un secteur riche en data, c’est bien la santé. L’imagerie médicale génère autant de données que les flux de téléphones portables sur un an. Un hôpital moyen gère deux tiers d'un pétaoctet. La base de données de l’Assurance Maladie (Sniram) stocke 1,2 milliard de feuilles de soins. Et il y aurait 1 500 bases de données de santé hétérogènes dans le monde…

Pourtant, "Le secteur de la santé a trente ans de retard dans le domaine de la numérisation !", assène Bernard Charlès, le directeur général de Dassault Systèmes. Sa tribune : les Rencontres du G5 Santé (le think tank des principaux laboratoires pharmaceutiques français) dédiées ce mardi 18 novembre aux nouveaux modèles pour la recherche en santé.

Entre complexité de la biologie… et problème culturel

Les raisons du retard ? La complexité de la biologie, bien sûr, mais aussi un problème culturel dans ce secteur réputé pour être très fermé…

"Tout le monde est d’accord pour partager des idées, mais dès la fin de la réunion, chacun protège sa propriété intellectuelle, raconte le dirigeant de l’éditeur de logiciels. Mais cela va changer, car nous ne sommes plus dans une économie de produits mais d’expérience : c’est l’usage qu’on en fait qui devient la vraie valeur. Le secteur de la santé va bénéficier de cette formidable transformation. Ceux qui en souffriront seront ceux qui ne sauront pas créer de nouvelles solutions et services pour s’adapter."

L’autorité sanitaire américaine signe avec Dassault Systèmes

Le rattrapage est en route. La semaine dernière, Dassault Systèmes a réalisé un gros coup : convaincre les autorités sanitaires américaines (FDA) d’utiliser sa plate-forme pour implémenter toutes les  activités de recherche aux Etats-Unis dans le domaine cardiaque ! La France, elle, avance à plus petits pas. Mais sait aussi faire preuve d’innovation en la matière, comme avec le projet Biointelligence, qui a officiellement pris fin cet été, même si les recherches se poursuivent.

Lancé en 2009, il rassemblait un consortium de haut vol : les grands de la pharmacie française (Ipsen, SanofiPierre FabreServier) et l'allemand Bayer CropScience, des éditeurs (Dassault Systèmes, Sobios, Aureus) et des instituts de recherche publics (Inria, Genopole, Inserm). Son objectif ? Mettre au service de la recherche médicale la puissance des modèles numériques et de la simulation, avec un budget de 118,2 millions d'euros, dont 46,3 millions d'euros d'aides d'Oséo. Des outils d’aide à la décision ont ainsi été développés pour permettre aux laboratoires d’élaborer plus rapidement des traitements ciblés, plus efficaces et moins toxiques.

Des essais cliniques nouvelle génération

Grâce aux données générées et à ces nouveaux outils, c’est le modèle même des essais cliniques - la réglementation pour tester la sécurité et l’efficacité des médicaments - qui pourrait s’en trouver bouleversé. Dans certains cas, on pourrait ainsi se passer des tests sur l’homme mesurant la tolérance des molécules, pour sonder directement l’efficacité des thérapies ciblées, selon Yves Lévy, le  PDG de l’Inserm, qui se dit prêt à aider les agences réglementaires à passer ce cap… 

Avec des essais cliniques en partie modélisés in silico, c’est donc un véritable gain de temps mais aussi de coût que pourrait réaliser la recherche. Alors qu’il faut désormais compter "deux milliards de dollars, voire d’euros, pour le développement d’un médicament, il faut absolument qu’on travaille sur ce coût, reconnaît Philippe Monteyne, vice-président R&D France du géant Sanofi.  Le modèle actuel n’est plus pérenne, il est révolu. La science doit permettre de faire autrement…"

Gaëlle Fleitour

Le PDG de bioMérieux n’a pas peur des GAFA

Faute d’avoir pris le virage du numérique à temps, les acteurs traditionnels de la santé vont-ils se laisser dépasser par les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon…) ? Jean-Luc Bélingard, le PDG du spécialiste du diagnostic bioMérieux, refuse d’y croire : "Les technologies de l’information ouvrent la porte à une complexité biologique quasi infinie, c’est là le luxe de notre savoir-faire, assure le dirigeant membre du G5 Santé. Pensons à tout cela en termes de complémentarité et de convergence pour la santé publique. L’incursion de ces entreprises dans nos métiers est une formidable opportunité pour nos entreprises, plus qu’un challenge !"

 

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