Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

Les Mooc peuvent-ils répondre aux demandes de formation continue des entreprises ?

Les cadres – en apprentissage tout au long de leurs carrières - peuvent-ils compter sur les Mooc (cours en ligne ouverts et massifs) pour se former et élargir leurs compétences ? Formation continue et Mooc peuvent-ils converger ? Et de quel Mooc parle-t-on ? Michel-Henri Bouchet et Mélanie Ciussi, professeurs à Skema Business School répondent à ces questions dans cette tribune d'experts.
Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

Les Mooc peuvent-ils répondre aux demandes de formation continue des entreprises ?
Les Mooc peuvent-ils répondre aux demandes de formation continue des entreprises ? © EdX

A priori, Mooc et formation continue sont aux antipodes. Le Mooc connaît son heure de gloire depuis 2012-2013 par sa dimension "big is beautiful" alors que la formation exécutive relève plutôt du sur-mesure et du "small is efficient". L’impulsion anglo-saxonne reflète le coût exorbitant d’une formation universitaire qui oblige à s'endetter sur 20 ans ! Le Mooc représente alors une alternative souvent gratuite et la possibilité d'apprendre à son propre rythme, enb ligne. Aujourd’hui, quand on observe le contenu de la douzaine de plates-formes digitales les plus connues, la cible principale reste le lycéen, l’étudiant en business et l’ingénieur, mais pas le manager.

Sur l’ensemble des cours de HarvardX jusqu’à à la mi-2015, le pourcentage de participants enregistrés en Mooc ont le profil suivant : 26% ont un diplôme de lycée, 37% de bachelor (licence) et 24% ont même un master. Si l’on croise ces données avec l’âge moyen, on observe qu’il est de 28 ans (34% ont moins de 25 ans, encore étudiants et donc en formation initiale, et 33% ont entre 30 et 50 ans). La plupart des participants au Mooc le font dans le cadre d’un apprentissage en continu.

s'extraire de son immersion managériale

La demande de Mooc corporate est triple. Elle vient premièrement des managers qui ont une quinzaine d’années d’expérience opérationnelle et qui, dans un monde mouvant où l’innovation impose un rythme d’adaptation permanent, ressentent le besoin de se ressourcer au-delà de leur formation initiale, mais également des ingénieurs et techniciens qui ont l’ambition de devenir managers, et qui souhaitent une démarche d’apprentissage flexible de mise à niveau comme tremplin à une formation exécutive ultérieure, et enfin des managers de pays en développement qui visent des formations de bon niveau.

Les étudiants, futurs managers, sont en apprentissage à temps plein ou presque. Le manager, lui, est dans l’opérationnel à temps plein, ou presque... Il lui faut donc s’extraire de son immersion managériale pour un temps délimité, ou mieux, se former à son rythme sur un Mooc. C’est l’avantage principal du Mooc qui peut répondre aux contraintes et aux motivations de managers contraints par le temps et exigeants sur la qualité. L’une de ses principales limites est qu’un Mooc sans multi-modalité pédagogique renvoie le manager en formation à son écran d’ordinateur, sans interactions avec ses pairs ou ses formateurs.

des outils efficaces de formation continue ?

Or, dans l’économie de la connaissance, échanger revient à créer de la valeur. L’innovation émerge le plus souvent à la frontière de plusieurs secteurs économiques, d’où l’enjeu d’instaurer des croisements dynamiques entre participants aux Mooc corporate.

Les Mooc sont-ils alors des outils efficaces de formation continue et de perfectionnement pour les managers ?  Non, s’ils restent des cours en vidéo dont toute l’innovation pédagogique se limite à un support numérique, quelle que soit la plate-forme utilisée (Udemy, Khan Academy, EdX ou Coursera pour ne citer que les américaines les plus connues). Oui, si le cours s’accompagne d’interactions avec des experts ou des pairs et si les exercices sont systématiquement corrigés pour recevoir un feedback, étape essentielle de l’apprentissage, ce que nous appellons un "Mooc premium".

un modèle premium

En conclusion, comment mieux adapter le Mooc à la formation exécutive, pour des managers qui sont immergés dans la vie active ? Comment améliorer le taux d’abandon qui est entre 5 et 10% dans un Mooc classique ? L'enseignement mixte, avec un Mooc premium qui marie contenus en ligne et enseignement présentiel, en plus d'un coaching et d'un suivi personnalisé et d’une auto-évaluation permet d’intégrer la notion de "classes inversées", où l'apprenant assimile le cours avant la séance avec l'enseignant-formateur, ouvrant le champ à débats, actions collectives et points d’approfondissement en salle.

L’adaptation du Mooc à la formation executive (Coos corporate on-line seminar) impose donc un modèle premium avec un contenu sur-mesure adapté au public spécifique d’une entreprise et avec un déplacement du curseur pédagogique vers le suivi et le coaching. Au total, cette approche offre des solutions d’e-learning innovantes et efficaces comme passerelle pour mettre à niveau les managers ou ingénieurs de tous pays, et les préparer à de la formation plus classique en présentiel.

Michel-Henri Bouchet et Mélanie Ciussi, professeurs à Skema Business School

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

4 commentaires

Speciman
01/10/2015 19h25 - Speciman

Les MOOCs que vous qualifiez de "Premium", s'ils sont personnalisés à l'entreprise, à son secteur, à ses utilisateurs,... sortent du budget de beaucoup de PME. De plus, nombreux sont les dirigeants qui n'ont pas de vision claire sur la qualité de la certification ou du diplôme que reçoivent leurs salariés... D'où effectivement l'intérêt d'un mix e-learning et présentiel, où l'e-learning vient étayer de connaissances acquises via une formation dite "classique". Cela permet également de ne pas écarter les collaborateurs qui ne se voient pas acquérir des connaissances seuls derrière un ordinateur. Ça n'est pas parce qu'ils sont plus efficaces dans la création de réseaux réels que virtuels qu'ils doivent être écartés des formations professionnelles d'aujourd'hui. Le blended learning répond à cette problématique.

Répondre au commentaire | Signaler un abus

Leslie HUIN
20/06/2015 12h32 - Leslie HUIN

Bonjour aux auteurs, Je me permets de revenir sur quelques points qui peuvent prêter à confusion dans le paysage actuel des MOOCs et surtout des MOOCs francophones. « Aujourd’hui, quand on observe le contenu de la douzaine de plates-formes digitales les plus connues, la cible principale reste le lycéen, l’étudiant en business et l’ingénieur, mais pas le manager. » Lorsqu’on regarde les offres de MOOC sur la plateforme française FUN, il y en a en effet qui proposent des thématiques sur des théories fondamentales mais une très grande majorité ont pour objectifs de développer des connaissances ou des compétences professionnelles. Le MOOC français le plus plébiscité est le MOOC « Du manager au Leader » de Cécile Déjoux (CNAM) qui a réuni plus de 60000 participants sur la dernière session. Le second est le MOOC « Gestion de Projet » de Remi Bachelet (Centrale Lille). Nous avons nous-même proposés un MOOC autour des processus métiers dont plus de 90% étaient des professionnels. La tendance est la même sur Coursera et EDX. L’offre est de plus en plus professionnalisante et orientée pour la formation tout au long de la vie. « L’une de ses principales limites est qu’un Mooc sans multi-modalité pédagogique renvoie le manager en formation à son écran d’ordinateur, sans interactions avec ses pairs ou ses formateurs. » L’interaction avec les pairs ou les formateurs, c’est ce qui distingue principalement un MOOC dans la grande famille des dispositifs e-learning. Après, une communauté, cela s’anime et se travaille. Charge au concepteur des MOOCs de bien prendre en compte cet axe dans leur scénarisation pédagogique. « Non, s’ils restent des cours en vidéo dont toute l’innovation pédagogique se limite à un support numérique, quelle que soit la plate-forme utilisée (Udemy, Khan Academy, EdX ou Coursera pour ne citer que les américaines les plus connues). Oui, si le cours s’accompagne d’interactions avec des experts ou des pairs et si les exercices sont systématiquement corrigés pour recevoir un feedback, étape essentielle de l’apprentissage, ce que nous appellons un "Mooc premium" » On parle plutôt de « service premium » dans un MOOC. Le « premium » est souvent payant puisqu’il s’agit d’un service qui individualise la formation dans un contexte massif. Mais il reste un niveau accessible à tous, gratuitement. Maintenant, les outils techniques et une bonne réflexion sur la conception pédagogique peuvent permettre un minimum d’interactions et de feedbacks offrant une bonne expérience d’apprentissage. Mais je pense que l’avenir des MOOC (et notamment le modèle économique tant recherché) va trouver sa place dans ces « services premium ». « Comment améliorer le taux d’abandon qui est entre 5 et 10% dans un Mooc classique ? » Le taux d’abandon et de réussite est un des grand débats actuellement dans les MOOC car on ne peut pas les comparer au schéma de formation traditionnel : simplicité d’inscription, multiples objectifs des participants… des facteurs qui rendent difficile les analyses. Dans tous les cas, les chiffres énoncés parlent plutôt de 5-10% de réussite (i.e pourcentage de participants allant au bout du MOOC est obtenant l’attestation de réussite). S’il n’y avait que 5-10% d’abandon dans un MOOC, je pense que beaucoup plus de monde serait convaincu de l’opportunité de ce format pour l’avenir de la formation ! « L'enseignement mixte, avec un Mooc premium qui marie contenus en ligne et enseignement présentiel, en plus d'un coaching et d'un suivi personnalisé et d’une auto-évaluation permet d’intégrer la notion de "classes inversées", où l'apprenant assimile le cours avant la séance avec l'enseignant-formateur, ouvrant le champ à débats, actions collectives et points d’approfondissement en salle. » C’est une des pistes très intéressante pour la formation continue aujourd’hui. Utiliser des offres de MOOC existantes en proposant un accompagnement personnalisé et des séances en présentiel. C’est ce qu’on appelle le « blended MOOC ». Nous l’avons mis en place dans notre structure en intégrant un MOOC dans le plan de formation interne avec un plan d’accompagnement dédié. On profite alors des avantages du MOOC et de sa communauté massive tout en proposant un suivi individuel. Cela améliore les taux de rétention et d’engagement mais ce n’est pas encore la solution miracle. Une formation en e-learning quelle qu’elle soit demande de la part du participant des dispositions particulières en terme de motivation, auto-organisation et capacités face au numérique. J’espère que ces quelques remarques vous seront utiles dans votre réflexion sur cette thématique forte intéressante. Leslie

Répondre au commentaire | Signaler un abus

Jessica Dehler
12/06/2015 10h45 - Jessica Dehler

Vous parlez d'un taux d’abandon entre 5 et 10%. D'ou venez ces chiffres? Les analyses des grandes platformes (coursera, edx) disent plutôt que 1/3 de personnes inscrites participent (regarde des vidéos, répondent aux quiz) et que de ce tiers seulement 1/3 (donc vers 9% d'inscrits) finissent le mooc. L'indacateur du taux d'abandon n'est qu'un indicateur parmi d'autre. Même si la majorité des personnes inscrites ne finit pas le cours entier, n'est-ce pas une bonne chose que chacun choisit les parties du contenu dont il a besoin?

Répondre au commentaire | Signaler un abus

Pierre Monclos
17/05/2015 16h09 - Pierre Monclos

Bonjour, J'aime bien cette analyse, il y en a encore peu d'aussi pertinente concernant l'adaptation des MOOC à la formation continue. Pour compléter la conclusion de cet article, je rappelle qu'en formation continue existent déjà les SPOC. Small et Private : cela permet le suivi et le coaching évoqué dans l'article (car le formateur a de petits groupes d'apprenants), et le SPOC est aussi compatible avec le présentiel. Cdt. Pierre Monclos

Répondre au commentaire | Signaler un abus

 
media