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Les opportunités et les risques rattachés au développement du numérique dans l'agriculture

L'écosystème des start-up de l'agriculture se structure autour de la French AgriTech. Le développement de nouvelles solutions numériques dans ce secteur peut contribuer à la réduction de la pénibilité de certaines tâches, notamment grâce à la robotisation. Cela peut également aider à se tourner vers une agriculture jugée plus responsable et à mettre au point des outils permettant plus de transparence tout au long de la chaîne de valeur. Mais cette transformation ne doit pas imposer un modèle unique et se faire sans les agriculteurs.
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Les opportunités et les risques rattachés au développement du numérique dans l'agriculture
Les opportunités et les risques rattachés au développement du numérique dans l'agriculture © Pixabay

A l'occasion du Salon international de l'agriculture, qui se tient du 26 février au 6 mars 2022, les start-up de l'AgriTech sont mises en lumières. Ces dernières ont déjà été mises en avant avec le lancement de la French AgriTech fin août 2021 qui a comme objectif de structurer l'écosystème et valoriser les start-up spécialisées dans l'agriculture et l'alimentation de demain. Ce plan est doté d'une enveloppe de 200 millions d'euros sur cinq ans (somme provenant du quatrième PIA). A cette somme s'ajoutent 2,3 milliards d'euros qui ont été promis dans le cadre de France 2030.

Le renforcement de l'AgriTech
Au sein du plan France 2030, quatre grands axes stratégiques ont été établis dans le domaine agricole : le renouvellement forestier et la valorisation du bois ; la structuration des filières alimentaire ; le soutien à l'innovation et aux installations agricoles avec la démarche "entrepreneurs du vivant" ; l'accélération de la troisième révolution agricole. La French AgriTech est aux premières loges pour répondre à cette dernière thématique de la troisième révolution agricole qui comprend le soutien à l'innovation, la souveraineté agroalimentaire et la durabilité, la résilience et la compétitivité de l’agriculture.

Pour cela, il est essentiel de structurer l'écosystème des start-up de l'AgriTech et de la FoodTech d'où la mise en place de la French AgriTech. Aujourd'hui ce sont 215 start-up dans ces domaines qui sont recensées en France, dont sept qui font parties du French Tech 120 et deux du Next40. Si en Europe, la France est le premier pays en termes de levée de fonds dans ces deux domaines (562 millions d'euros en 2020), elle est loin derrière les Etats-Unis (11 milliards) et la Chine (4,2 milliards).

Pour renforcer l'écosystème, le gouvernement multiplie les appels à projets. Deux premiers appels ont été publiés dès novembre 2021 : innover pour réussir la transition agroécologique et répondre aux besoins alimentaires de demain. Quatre autres ont suivi : développer les protéines végétales et diversifier les sources de protéines ; créer des démonstrateurs territoriaux des transitions agricoles et alimentaires ; financer des préséries d’agroéquipements automatisés ou intelligents (doté de 25 millions d'euros) ; produits biosourcés et biotechnologies industrielles (doté de 20 millions d'euros).

Les risques liés au numérique
Le numérique offre de nombreuses opportunités, que ce soit avec la robotique qui peut réduire la pénibilité du travail et libérer du temps aux agriculteurs ou les données qui peuvent être valorisées à différents échelons de la chaîne de la valeur. Toutefois, il est essentiel de se pencher sur les risques liés à ces développements, comme "l'exclusion d'une certaine forme d'agriculture par manque d'infrastructure, de moyens financiers ou de formations", préviens Nathalie Mitton, directrice de recherche d'Inria. Elle est intervenue à l'occasion d'une conférence de presse pour la présentation du livre blanc "Agriculture et numérique" : opportunités, risques et lignes de réflexions pour une agriculture numérique responsable.

Les risques liés à la perte d'autonomie ou la perte d'identité et de sens en raison d'un lien réduit avec la nature doivent également être pris en compte. "Il ne faut pas essayer de plaquer des outils numériques standards sur tous les types d'agricultures, ajoute Véronique Bellon-Maurel, cheffe-adjointe du département MathNum d'Inrae et directrice de l’Institut Convergences Agriculture numérique. Le numérique touche toutes les filières agricoles, mais les agriculteurs bio ne demandent pas la même chose au numérique que les agricultures conventionnels". Il est essentiel que les outils numériques prennent le plus possible en compte les conditions locales et intègrent la stratégie de l'agriculture. "Il ne faut pas développer des outils qui vont standardiser une production", résume-t-elle.

La nécessaire transparence
Jean-Frédéric Gerbeau, de son côté, évoque "un numérique qui doit être en accompagnement et qui s'appuie sur l'intelligence des personnes l'utilisant". Le directeur général délégué à la science d'Inria prend l'exemple de capteurs sur les vaches qui permettent, grâce à l'utilisation de systèmes d'intelligence artificielle, de prédire plus précisément le moment où les vaches peuvent être fécondées, soit la période d'œstrus. Cette solution explique sa prédiction par l'évolution des températures au cours des derniers jours et du temps de repos de la vache. L'agriculteur peut ainsi prendre sa décision en toute connaissance de cause.

"Les technologies numériques peuvent faciliter l'accès à l'information et sa diffusion tout le long des chaînes de valeur", ajoute Isabelle Piot-Lepetit,  chargée de recherche à Inrae, directrice adjointe de #DigitAg. Par exemple, dans le secteur animal il est possible de suivre et garantir le temps passé au pâturage ou encore contrôler leur stresse durant le transport. Des outils utiles pour la traçabilité tout le long de la chaîne de valeur. Un concept qui renvoie à des attentes différentes selon les participants qui demandent tous plus de transparence.

La transparence qui doit également prédominer pour ces sujets numériques pour lesquels il est essentiel d'avoir une vision globale. Si le but est d'aller vers des modèles plus frugaux, il ne faut pas que le développement des solutions numériques soit plus coûteux en eau ou en énergie que les bénéfices apportés. Pour cela, encore une fois, il est essentiel de faire preuve de transparence sur le coût des technologies de leurs apports.

Un PEPR doté de 65 millions d'euros
Allant dans ce sens, l'Inria et l'Inrae vont piloter un programme et équipement prioritaires de recherche (PEPR). Doté d'une enveloppe de 65 millions d'euros, provenant du quatrième PIA, ce PEPR a pour l'instant identifier quatre grands axes : création d'un écosystème propice à une agriculture responsable ; caractériser les ressources génétiques ; concevoir une nouvelle génération d'équipements agricoles (robotique et intelligence artificielle) ; développer des outils et des méthodes numériques pour le traitement des données dans le domaine de l'agriculture (modéliser biodiversité des plantes, etc.).

Mais le document initial est toujours en cours de préparation et devrait être présenté au plus tard à l'automne 2022. Cela sera l'occasion de voir plus en détails comment la recherche français se saisit de ce sujet lié à l'AgriTech.

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