Les robots pourraient-ils prendre la direction d'une entreprise ?

La place de plus en plus grande prise par les robots dans la vie quotidienne invite à s’interroger sur le rôle qu’ils pourraient être amenés à jouer, ou qu’ils jouent d’ores et déjà, dans la direction des entreprises, estiment Sophie Chavanes et Patrice Montchaud, avocats chez KGA. 

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Les robots pourraient-ils prendre la direction d'une entreprise ?

L’absence de personnalité juridique du robot ne lui permet pas d’être désigné comme dirigeant d’une personne morale : la qualité de dirigeant est, en l’état actuel du droit français, réservée aux personnes physiques ou aux personnes morales, elles-mêmes représentées par une personne physique.

Toutefois, un autre système juridique, celui de Hong Kong, semble avoir déjà sauté le pas en acceptant qu’un robot, plus précisément un algorithme, soit désigné membre d’un conseil d’administration d’une société d’investissement, DKV, aux côtés d’administrateurs personnes physiques.

Un algorythme administrateur à Hong Kong

Cet algorithme dénommé Vital, ne participe pas physiquement aux réunions du conseil d’administration de la société, mais il dispose d’une voix au même titre que les autres administrateurs. Sa voix s’exprime dans le résultat de ses analyses d’un grand nombre de données de sociétés dans lesquelles DKV souhaite investir et qui l’amène à recommander tel ou tel investissement ou au contraire à écarter des investissements trop risqués.

Pour Michael A. Osborne, Professeur en Machine Learning à l’université d’Oxford, les membres d’un conseil d’administration ont besoin de temps pour raisonner et confronter leurs points de vue. Or, selon lui, il n’est pas certain qu’un robot incorporel ait une telle capacité. Pour lui, la direction de la société utilise en réalité les analyses et productions de l’algorithme comme point de départ d’une discussion au sein du conseil d’administration. En cela, il estime qu’on ne peut considérer qu’un robot incorporel remplisse réellement la fonction d’administrateur.

C’est bien là que se situe, à l’heure actuelle, la véritable révolution : l’utilisation des capacités du robot par les organes de direction des entreprises comme un outil performant et fiable d’aide à la prise de décisions de gestion ou de décisions stratégiques.

Le robot comme outil d’aide à la prise de décisions

Prendre la bonne décision n’est pas aisé, même pour une personne expérimentée et avisée. Il faut bien connaître le contexte dans lequel elle s’inscrit, appréhender correctement ses conséquences, respecter les normes applicables, anticiper la réaction du marché et des concurrents…

Autant de domaines dans lesquels l’intervention d’un robot peut constituer un atout précieux. Ainsi, un conseil d’administration robotisé serait d’ores et déjà envisageable, avec une salle de réunion "Watson", du nom du robot développé par IBM capable de simuler un raisonnement humain. Couplé à une gigantesque base de données, Watson est en mesure d’assurer des présentations interactives et de répondre aux questions des administrateurs sur tous les sujets intéressant une entreprise, en délivrant des informations objectives, pertinentes et potentiellement exhaustives.

Mais au-delà de la sécurisation des décisions que les dirigeants sont amenés à prendre, les robots peuvent également permettre à ces derniers d’anticiper les conséquences des décisions qu’ils envisagent de mettre en œuvre. Par l’analyse quasi-instantanée d’une quantité extrêmement importante de données (concept du big data), le robot est à même de dégager des vérités statistiques et des modèles comportementaux sur lesquels peut être calquée la prise de décisions.

En conclusion, si les robots s’installent dans les bureaux des PDG ou viennent à participer aux réunions des conseils d’administration, ce n’est pas pour remplacer les dirigeants sociaux, mais pour, à leurs côtés, les aider à prendre les bonnes décisions. Il n’est toutefois pas à exclure que cette situation puisse évoluer si la personnalité juridique, assortie du régime de responsabilité qui en est le corollaire, devait être reconnue aux robots.

Sophie Chavanes et Patrice Montchaud, avocats chez KGA

Les avis d'experts et points de vue sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n’engagent en rien la rédaction.

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