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Les secrets industriels du duo français derrière Criminal Case, jeu Facebook de l’année

Facebook a choisi de récompenser les petits français de Pretty Simple Games en nommant Criminal Case jeu Facebook de l’année. L’Usine Nouvelle a rencontré le duo à l’origine de ce succès à 100 millions de joueurs en un an.

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Les secrets industriels du duo français derrière Criminal Case, jeu Facebook de l’année
Les secrets industriels du duo français derrière Criminal Case, jeu Facebook de l’année

Le 9 décembre dernier, Facebook nommait Criminal Case "jeu de l’année" là où tout le monde attendait le très populaire Candy Crush Saga. Le géant Californien a donc préféré les petits français de Pretty Simple Games au déjà célèbre suédois King. La petite boite de jeu qui monte dans Facebook est un animal à deux têtes. Un duo d’amis devenu, avec 100 millions de joueurs en un an, deux patrons du numérique français à suivre de près.

C’est bien un jeu d’enquête criminelle pour les aficionados de séries policières comme Les Experts ou Le Mentaliste, que Pretty Simple Games a conçu et proposé pour Facebook… Pourtant, ce studio de jeu sur Facebook est bel et bien une entreprise, une vraie. Un industriel du numérique à part entière. C’est ce qu’ont raconté à L’Usine Nouvelle Bastien Cazenave et Corentin Raux, les deux fondateurs de la jeune pousse, dans les locaux de Facebook le jour de leur consécration par le Californien. Comme des frères jumeaux qui ne se ressemblent pas du tout, l’un très calme et l’autre hyperactif, ils répondent aux questions en même temps et ponctuent d’humour un entretien dans lequel ils dévoilent pourtant tout le sérieux d’une entreprise de jeu sur Facebook.

Toute l’industrie du jeu vidéo dans une entreprise

Pour commencer, Pretty Simple Games n’est pas un développeur de jeux vidéo. "Nous développons le jeu, nous le créons, nous le distribuons, nous en assurons le marketing, le service client, on l’opère au jour le jour, énumère Bastien Cazenave. En fait, nous avons remonté toute une verticale d’industrie dans une seule entreprise. Et la grande chance que nous donne Facebook, c’est de supprimer les intermédiaires entre les créateurs et les joueurs." Les process et cycles de vie produit qui en découlent sont totalement différents du jeu vidéo classique où le "jeu part chez l’éditeur. Celui-ci cherche des développeurs, il faut 6 mois pour développer…" Ensuite, il faut fabriquer le DVD et le distribuer… Chez Pretty Simple, comme chez un Kobojo, les mises à jour se font toutes les semaines. Dans leur cas, avec une nouvelle enquête en particulier.

Nous vendons du temps de jeu

Pretty simple n’a évidemment pas non plus le business model d’un vendeur de jeu vidéo. Son modèle se rapproche davantage de celui de King avec Candy Crush. “Nous vendons du temps de jeu, racontent les fondateurs. Quand votre détective n’a plus de points d’action, soit vous attendez un certain temps, soit vous payez pour continuer.” Un modèle qui prend tout son sens quand on a 100 millions de joueurs, puisque seuls quelques pourcents d’utilisateurs décident de débourser un peu d’argent et que les premières options coûtent à peine plus d’un euro. “L’enjeu, complète Corentin Raux, c’est d’abord d’identifier ce qui donne envie au joueur d’interagir une première fois avec le jeu. Ensuite… identifier ce qui donne envie au joueur d’interagir une deuxième fois ! Enfin, le plus difficile, c’est d’identifier ce qui donne envie au joueur de revenir dans le jeu sur le long terme.” La clé de la réussite se trouve donc complètement dans le gameplay (le scénario dans le monde du jeu.) Et donc dans la qualité de l’idée de départ et des équipes qui vont la concrétiser. “C’est pour cela que nous passons beaucoup de temps à recruter ceux qui nous semblent les meilleurs pour Pretty Simple.” Sans pour autant regarder les diplômes d’ailleurs.

Vous avez dit recrutement ?

Comme dans toutes les entreprises du numérique, le recrutement est un problème pour Pretty Simple, qui emploie tous les moyens possibles. Petites annonces, cabinets de recrutements, cooptation, réseaux sociaux, candidatures spontanées... Même Corentin Raux s’est transformé en homme sandwich sur son profil Linkedin puisqu’il tient une petite affiche qui indique : "we’re hiring" (Nous recrutons). Ils recherchent un grand nombre de profils différents, des développeurs bien sûr, mais aussi des "game designers", des scénaristes...

L’important c’est d’agir !

Enfin, comme tout industriel, Pretty Simple Games a une histoire. Celle de deux amis qui se sont rencontrés en maths sup puis ont ensemble étudier à Centrale. Deux amis qui se retrouvent plusieurs années plus tard pour créer des jeux sur Facebook dès 2007, puis pour créer une entreprise. Entre-temps, Bastien Cazenave a été diplômé de télécoms Paristech et Corentin Raux a réalisé plusieurs films dont un long-métrage. Ils ont un mantra : "il faut faire des choses. C’est important d’apprendre, mais il faut surtout faire des choses", répète ainsi Corentin Raux. En 2010, le duo rencontre Guillaume Lautour, partner pour la société de capital-risque Idinvest. Il croit en eux sur la foi d’un "simple Powerpoint avec une idée simple : faire des jeux sur Facebook," raconte Corentin Raux. Idinvest mise 300 000 euros qui serviront à développer le premier jeu de Pretty Simple, MyShops. En 2011, le capital-risqueur investit de nouveau dans la jeune pousse. Cette fois, 2,5 millions d’euros qui serviront à recruter 30 personnes pour développer Criminal Case. Un pari risqué à une époque où le jeu social explose, dominé par des mastodontes comme Zynga avec son Farmville. Aujourd’hui, s’ils ne confirment pas les 10 millions d’euros de chiffre d’affaires qu’on leur prête, Bastien Cazenave et Corentin Raux anticipent bien "un nombre à 8 chiffres."

Ne reste plus qu’à souhaiter aux deux patrons de Pretty Simple une bonne année 2014. Programme chargé en perspective. Puisque Criminal Case sera enfin disponible sur Facebook mobile dans le cours du premier trimestre. “Vous allez doubler votre nombre d’utilisateurs,” a prédit Julien Codorniou, directeur EMEA des partenariats de Facebook. L’entreprise va aussi lancer deux nouveaux jeux. Elle devrait déménager pour s’installer dans le quartier de l’Opéra où l’on croise déjà Criteo, Google et Twitter. Les locaux recevront la centaine de personnes que les deux dirigeants veulent accueillir dans les deux prochaines années en plus des 52 employés actuels, pour gérer leur croissance.

Emmanuelle Delsol

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