Loin de casser les silos, les réseaux sociaux d’entreprise les dupliquent, révèle une étude

Alors que le nombre d'entreprises ayant mis en place un réseau social d'entreprise (RSE) ne cesse de croître, une étude réalisée par la chaire intelligence RH de l'IGS soutenue par le cabinet BDO décrypte leur véritable usage.

Pour l'heure, les RSE ratent partiellement leur objectif : car loin de casser les silos, ils reproduisent la structure hiérarchique réelle.

 

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Loin de casser les silos, les réseaux sociaux d’entreprise les dupliquent, révèle une étude

La chaire intelligence RH et RSE soutenue par le cabinet de BDO vient de publier une étude portant sur l’usage réel des réseaux sociaux d’entreprise. L’enjeu est d’importance car ces outils d’un genre nouveau sont plébiscités. 58 % des grandes entreprises les utilisent d’ores et déjà et 26 % estiment qu’elles vont le faire très rapidement. Dans les entreprises où ils sont activés, l’étude estime que cela coûte en moyenne cinq euros par mois et par salarié. Le montant de cet investissement est à la hauteur des promesses placées dans ces outils, promesses que ces RSE ne tiennent que de façon très décevante, selon l'étude.

Entre les promesses et les usages un fossé

Un chiffre résume ce décalage : seulement un manager sur quatre les utilise selon les résultats de l’étude, ce taux baissant pour les autres catégories de personnel. En outre, l’étude révèle que les RSE peinent à casser les silos et à instaurer une communication plus fluide, qui favoriserait le dialogue entre entités semblables éloignées géographiquement ou entre différents départements. Ainsi, l’étude révèle que les individus sont 8,5 fois plus engagés dans les groupes créés par leur manager que dans ceux créés par des tiers. Plus troublant encore, "46 % des groupes ont été créés par des managers et 76 % des membres des groupes appartiennent à l’équipe du manager du groupe" !

Avec un tel constat, il est essentiel de comprendre les raisons de cet écart entre les promesses et les réalisations. Pour l’auteur de l’étude, Jean Pralong, la cause n’est pas à chercher du côté du modèle de l’acceptation de la technologie, qui explique le succès réel d’une innovation par l’écart entre l’amélioration attendue de son utilisation et l’effort à consentir pour l’utiliser. En effet, ce dernier est très faible tant ces outils informatiques sont faciles à utiliser, capitalisant notamment sur l’usage privé d’outils assez proches. Pour lui, la source est à chercher du côté de la sociologie des organisations. Dans un univers bureaucratique comme l’est l’entreprise, les relations hiérarchiques sont la norme des relations. Et l’introduction d’un RSE, loin de modifier cette situation la reproduit partiellement.

Des raisons politiques plus que techniques

Ainsi, l'étude des raisons avancées par les personnes pour leurs faibles utilisations des RSE confirme cette situation : on y trouve la crainte du jugement des autres, mais aussi la peur de la sanction si la réponse qu’on apporte n’est pas la bonne, la peur que les informations révélées sur le RSE servent à évaluer le salarié, mais aussi la crainte que participer à un groupe non animé par son manager soit perçu par ce dernier comme un manque de loyauté.

Tous ces obstacles ont pour conséquence que parmi l’échantillon étudié, seulement 17 % des salariés utilisent fortement les RSE : les adopteurs. Les autres, qu’ils soient réfractaires, passifs ou tactiques sont de faibles utilisateurs. Le groupe des tactiques est particulièrement intéressant tant il témoigne du "dévoiement" des RSE. Ces derniers, en apparence, les utilisent comme il est demandé. Sauf qu’ils le font pour se faire bien voir de leur hiérarchie, et sans trop s’engager personnellement, likant ici le commentaire d’un chef ou félicitant ailleurs une initiative de l’entreprise. Pour eux, le RSE est utile "pour être bien vu plutôt que pour être efficace". Le e-fayot est né !

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