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"LoveStar", le roman de l'amour au temps du big data

Ne vous laissez pas abuser par le titre de ce roman islandais. Lovestar est une dystopie, soit la description d’un univers cauchemardesque. Pour ce premier roman, Andri Snaer Magnason raconte notamment l’amour au temps du big data et du pouvoir étouffant d’une multinationale. Quelle part de liberté reste-t-il quand la science décide, pour le meilleur de tous ?
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LoveStar, le roman de l'amour au temps du big data
"LoveStar", le roman de l'amour au temps du big data

"Rien n’arrête une idée..." prévient le bandeau qui ceint "LoveStar". Qu’elle soit bonne ou surtout mauvaise, a-t-on envie de dire une fois refermés les 429 pages de ce roman islandais. Est-ce l’éloignement de l’île aux geysers ou la singularité de l’auteur, toujours est-il que ce livre est inclassable, tant il excelle à mélanger les genres et à brouiller les pistes. Lyrique et ironique, entre science-fiction et comédie romantique à l’envers, il échappe chaque fois que l’on croît l’avoir cerné, l'auteur prouvant surtout sa grande fantaisie, qu’elle nous effraie ou nous amuse. Le roman dit aussi son peu d’amour pour le monde contemporain tel qu’il va. Andri Snaer Magnason, l’auteur, étant un sympathisant de la cause écologiste, ses piques sont plutôt orientées contre l’emprise croissante du pouvoir économique sur nos vies.

S’aimer contre les calculs des ordinateurs

Tout commence par des oiseaux qui ne migrent plus comme il faut, des abeilles qui perdent le nord et l’irruption d’un génie (le LoveStar du titre) qui réussit à créer des individus sans fil. Soit des êtres avec lesquels il est capable de communiquer sans passer par un quelconque artefact. Plus besoin de téléphoner ou de se connecter, tout se passe comme si vous pouviez parler directement à votre interlocuteur. Ce qui pourrait sembler un progrès prend des allures de cauchemar orwellien, les individus les plus pauvres devenant des sortes d’homme-sandwich, sans que personne ne le sache. Ainsi, dans ce monde, le meilleur ami qui vous conseille un film ou un livre est peut-être tout simplement payé pour ça sans que personne ne s’en doute.

Ici, la science a réponse à tous les problèmes des humains. Un enfant turbulent dont vous ne savez que faire ? Il est possible de le remplacer par sa réplique, chaque embryon étant dès sa conception dupliqué pour faire face à de telles situations. C’est le cas d’Indridi, l’amoureux transi de Sigridur, deux héros qui vivent d’amour et d’eau fraîche, jusqu’au jour où... Dans un monde où les mégadonnées (le big data) décident de tout, il est possible de calculer son partenaire idéal. Les deux amoureux décident de le faire pour vérifier qu’ils sont bien faits l’un pour l’autre. Las, tel n’est pas le cas et ils vont devoir décider que faire : assumer leur liberté contre la perfection du calcul, en prenant le risque de finir par être malheureux un jour prochain ou faire confiance aux mégadonnées en sacrifiant leur amour actuel.

Un tycoon, lointain cousin de Citizen Kane

Le roman est riche, ajoutant une dimension mythologique (dans un avion, un homme rejoint son destin, une graine au creux de la main) ou futuriste (des obsèques dans l’espace)... Il convainc moins dans le portrait de LoveStar, génie devenu homme d’affaires mégalomane, sorte de Citizen Kane puissant dehors, mais fêlé de l’intérieur, à la recherche d’un amour perdu.

Qu’importe, l’imagination de A. S. Magnason est là pour préparer un final décoiffant, où un homme sera mangé par un loup qui bientôt le régurgitera, tandis que se profile les prémisses de la fin du monde. Ce n’est pas tous les jours que l’on découvre une telle imagination. Surtout quand on réalise qu’il a été publié dans son pays d’origine en 2002, à une époque où les mégadonnées n’étaient pas un sujet pour le journal de vingt heures et où le secteur du numérique faisait parler de lui pour son krach boursier que d’aucuns lui prédisaient fatal. Rien n’arrête une idée. On vous avait prévenu.

Christophe Bys

LoveStar, d’Andri Snaer Magnason, traduit par Eric Boury, Editions Zulma, 21,50 €

 
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