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Magic Leap : entre prouesses technologiques, promesses démesurées et incohérences stratégiques

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Vidéo Magic Leap vient de tenir sa première conférence. L'occasion pour la start-up de montrer comment elle compte s'imposer durablement sur le marché de la réalité augmentée. Mais si plusieurs annonces ont eu lieu, la stratégie de l'entreprise reste encore très floue. De plus, sa communication autour de la vertu de sa plateforme détonne avec la réalité.

Magic Leap : entre prouesses technologiques, promesses démesurées et incohérences stratégiques
Magic Leap : entre prouesses technologiques, promesses démesurées et incohérences stratégiques © Magic Leap

La start-up Magic Leap a tenu sa première conférence à Los Angeles les 9 et 10 octobre 2018. Baptisé "L.E.A.P.", sans que l’acronyme ait de signification claire, l’événement, dont l’entrée était gratuite, aurait réuni environ un millier de personnes d’après les organisateurs.

 

Il était l’occasion pour l’entreprise de clarifier sa vision, deux mois après la sortie de son casque de réalité augmentée Magic Leap One. La jeune pousse a levé plus de 2,3 milliards de dollars de fonds depuis 2014, mais est volontairement restée très élusive sur son produit jusqu’en août dernier, se contentant de promettre monts et merveilles. Avec un produit enfin sur le marché, il lui revient désormais de montrer comment elle compte s’imposer face aux géants Microsoft, Facebook, Apple et Google.

 

Plusieurs annonces... d'envergure modeste

La conférence a en partie rempli ce rôle. Plusieurs annonces y ont été faites, dont la sortie du jeu Dr. Grordbort’s Invaders, développé par Weta Workshop, un partenariat avec Wacom pour la création artistique spatialisée, une collaboration sur une expérience avec la Royal Shakespeare Company, et la sortie en novembre de Seedling, un jeu conçu par Insomniac Games (mais financé par Magic Leap). La disponibilité du Magic Leap One a par ailleurs été étendue à l’ensemble des Etats-Unis, sauf Hawaï et l’Alaska.

 

L’opérateur télécom AT&T a aussi annoncé qu’il organisera un hackathon Magic Leap à San Francisco en novembre 2018, et prévoit de lancer une version beta de son application de streaming Directv Now pour le Magic Leap One en 2019. Il va également déployer une "zone 5G" autour des locaux de Magic Leap afin de tester cette infrastructure pour les contenus AR.

 

Bientôt deux contrôleurs et des applications en JavaScript

Assez peu d’éléments concrets ont filtré durant les trois heures de la keynote, remplacés par la lecture d’un poème de la développeuse Robin Hunicke ou par un long discours sur des chèvres virtuelles par l'écrivain Neal Stephenson. Magic Leap a cependant donné des détails sur sa roadmap des six prochains mois, avec l’arrivée sous peu d’un système d’avatars pour discuter à distance jusqu’à 3 personnes. Début 2019, le système pourra gérer deux contrôleurs, puis l’authentification via ses iris, le Spectator View, le développement en JavaScript, et la cartographie de plus grands espaces.

 

 

A plus long terme sont mentionnés un framework de reconnaissance d’objets et la possibilité de déployer l’appareil en entreprise. Le "Magicverse", un monde digital juxtaposé au monde réel, a aussi été évoqué. Un concept intéressant mais qui n’est pas nouveau, et pour lequel Magic Leap ne semble pas vraiment avoir de plan d’action. Rony Abovitz, fondateur et CEO de Magic Leap, a lancé l’idée de mettre en place un festival type "Burning Man" pour y réfléchir. C'est un peu le sentiment général qui émane de l'entreprise : plein d'idées, mais par forcément de stratégie pour les mettre en oeuvre. Par sûr que cela suffise encore très longtemps.

 

Une dizaine de démos techniques

Plusieurs petites expériences étaient disponibles lors de la conférence, avec notamment Star Wars: Project Porg, développé par ILMxLAB, Wingnut AR Pest Control, Angry Birds FPS, Luna: Moondust Garden, ainsi qu’un petit jeu réalisé en collaboration avec Air New Zealand.

 

Des applications professionnelles étaient également présentes, dont le classique Wayfair Spaces pour l’aménagement d’intérieur (déjà sorti il y a des années sur Google Tango), mais aussi SketchUp et Onshape 3D CAD pour le design, ainsi qu’une expérience conçue par Brainlab pour la visualisation médicale. Cette ouverture vers le monde professionnel est notable, Magic Leap s'étant contenté jusqu'ici de montrer des applications pour le marché grand public.

 

A en croire les réactions des participants, la démonstration la plus impressionnante était Mica, une représentation digitale d’un être humain très réaliste au centre d’une courte expérience. Magic Leap la décrit vaguement comme une piste potentielle pour l’assistant personnel du futur, même s’il s’agit plus en l’état d’une expérience cinématique légèrement interactive.

 

 

Magic Leap n'est pas si vertueux qu'il le prétend

Fidèle à ses vieilles rengaines, Rony Abovitz s’est embarqué lors de la keynote dans un monologue décrivant son entreprise comme un remède aux maux de la société, un nouveau monde pur et autres sentiments du même genre. Des propos difficiles à réconcilier avec le fait que Magic Leap est apparemment en lice pour obtenir un juteux contrat auprès de l’armée de terre des Etats-Unis. Cette dernière souhaite acquérir plus de 100 000 casques de réalité augmentée dans le cadre d’un programme de "soldat du futur" dont le coût dépasse les 500 millions de dollars. L’information avait été révélée par Bloomberg le 21 septembre 2018.

 

Microsoft, créateur d’HoloLens, serait aussi intéressé par le contrat, de même que Booz Allen Hamilton, Lockheed Martin et Raytheon. Mais c’est Magic Leap qui serait le favori d’après Bloomberg, au travers d’une société écran nommée ML Horizons. Les casques seraient utilisés à la fois pour l’entraînement des soldats et pour des missions de combat. L’armée décrit l’objectif comme étant "d’augmenter la létalité des forces en améliorant la capacité des soldats à détecter, décider et engager le combat avant l’adversaire." On est loin de la vision utopique que promeut Rony Abovitz à tout-va.

 

C'est la même chose du côté de la chief marketing officer de l’entreprise, Brenda Freeman, qui a déclaré vouloir faire de la plateforme Magic Leap un sanctuaire, et a mis en avant des idéaux de diversité et d’inclusion. Est-ce pour faire oublier le procès pour discrimination sexuelle de l’année dernière ? Ou le fait que la dernière levée de fonds de Magic Leap, de 461 millions de dollars, provient du Royaume d'Arabie Saoudite, qui n'est pas connu pour son humanisme ?

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