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"Malgré les algorithmes, la politique reste une affaire humaine : il faut parler pour convaincre", Guillaume Liegey co-fondateur de LMP

Entretien Rencontré aux Napoléons où il a fait sensation, Guillaume Liegey est le co-fondateur de Liegey Muller Pons, la start-up qui aurait assuré la victoire de François Hollande en 2012, selon la rumeur flatteuse qui le précède.  S'il relativise le rôle de son algorithme, il insiste dans l'entretien qu'il nous accorde sur l'importance de l'alliance entre le vieux et le nouveau monde.  Comme si le numérique offrait de mieux sélectionner sur le marché celui auquel on distribue ou pas un tract. 

mis à jour le 24 avril 2017 à 10H34
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Malgré les algorithmes, la politique reste une affaire humaine : il faut parler pour convaincre, Guillaume Liegey co-fondateur de LMP
des serveurs des calculs.. et bientôt le nom du prochain président ? © Webaxys

L’usine digitale : Qu’est-ce que cela fait d’être l'un des responsables de l’élection de François Hollande ?

Guillaume Liegey : Avec ou sans nous, François Hollande aurait gagné l’élection présidentielle de 2012. Selon l’étude que nous avons fait faire selon un strict protocole expérimental, nous avons établi qu’un cinquième de l’écart de voix entre les deux candidats au second tour est dû aux actions prises par l’intervention de nos logiciels. 20 %, ce n’est pas rien, mais de là à dire qu’on a fait l’élection, c’est très exagéré.


Pouvez-vous nous expliquer ce que fait le logiciel que vous avez développé ?

Nous développons un logiciel qui utilise des algorithmes pour aider les équipes de campagne à mieux cibler leurs actions. Nous identifions en utilisant les données électorales des précédents scrutins et des données du recensement les quartiers où intervenir en priorité parce qu’une action y aura un meilleur rendement qu’ailleurs. Il y a à cet endroit des électeurs dont le vote est indécis, ou qui ne sont pas sûrs d’aller voter. Nous pouvons dire aux partis : mettez des moyens là ou là car nous avons identifié le potentiel de ces zones.


Comment est-né ce logiciel ?

Avec mes deux associés, nous étions étudiants aux Etats-Unis, à Harvard et au MIT en 2008. Pendant la campagne d’Obama, j’ai eu envie de m’engager et je me suis inscrit sur le site. Quelques jours plus tard, je me retrouvais à frapper à la porte de personnes à Manchester dans le New Hampshire. Nous avions des données très précises sur les gens qu’on allait démarcher ensuite. Quand nous sommes revenus en France, nous avons d’abord eu une démarche militante en proposant nos services au Parti socialiste, puis nous avons rejoint l’équipe de campagne de François Hollande. Depuis, l’aventure est devenue plus entrepreneuriale. Nous travaillons aussi pour des entreprises, qui représenteront en 2017 la moitié de notre activité. A terme, nous aimerions qu’elles en fassent 80 %. Mais nous ne renoncerons jamais à la politique.          


Depuis 2012, votre logiciel a changé ou utilisez-vous toujours le même ?

Il est plus puissant, car nous avons accumulé plus de données : les algorithmes se perfectionnent au fur et à mesure. Ensuite, les méthodes statistiques que nous utilisons demandent de travailler sur de grosses bases de données. Il y a cinq ans, seul IBM avait la puissance de calcul pour le faire. Aujourd’hui, nous avons les outils adéquats pour travailler sur ces bases de données. Par exemple, pour réaliser sur toute la France une des analyses que nous avons conçues, le système tourne pendant trois semaines non-stop. Une telle puissance de calcul nous était strictement inaccessible il y a encore cinq ans.


Autrement dit, vous utilisez les algorithmes, mais in fine c’est l’action sur le terrain qui compte ?

Oui, elle est nécessaire, indispensable. Imaginez deux candidats, l’un avec une dynamique super porteuse qui a beaucoup de militants et un autre à la traîne. Si les deux utilisent notre logiciel, il est plus probable que celui qui a le plus de militants pour aller frapper aux portes et convaincre les gens s’en sorte mieux que son adversaire. A la fin, la politique, c’est de l’humain, il faut parler pour convaincre. Et ce sera d’autant plus facile que vous avez un bon candidat. Regardez ce qui s’est passé aux Etats-Unis. L’équipe d’Hillary Clinton avait des outils plus perfectionnés que celle d’Obama. Pourtant sur le terrain, même si on n’a pas les chiffres officiels, Obama avait beaucoup plus de personnes prêtes à s’investir dans sa campagne qu’Hillary. Vous connaissez le résultat... Le logiciel était meilleur mais la mobilisation a été moins forte.



Vous pouvez travailler pour tous les candidats ?

Pour les législatives, nous pouvons travailler pour tous les candidats, et nous le souhaitons. Car nous voudrions devenir un standard dont tout le monde aura besoin. Pour la présidentielle, c’est un peu plus compliqué. Actuellement, nous avons des discussions avec plusieurs partis. Mais lorsque l'on fait du conseil, on ne peut pas aller à des réunions stratégiques chez un candidat puis chez un autre. Pour l’instant, nous n’intervenons pas à ce niveau.
 

Quand un militant frappe à une porte en France que sait-il ?

Il a des informations sur le quartier où vit la personne. Il sait si l’enjeu est plus de la mobilisation (convaincre d’aller voter un électeur favorable) ou de la persuasion (convaincre de voter quelqu’un qui a une forte probabilité d’être un électeur hésitant). 

Contrairement aux Etats-Unis, nous n’avons pas le droit d’utiliser des données personnelles. Je ne suis pas sûr que les données commerciales seraient pertinentes dans ce contexte, car il est difficile de faire un lien entre les comportements électoraux et les habitudes d’achat.


Vous êtes les seuls à proposer ce type de services ?

Nous avons des concurrents, des Américains et des locaux. Par exemple, nous ouvrons en ce moment une filiale en Allemagne et on voit qu'il existe des entreprises allemandes qui font des choses proches des nôtres. Mais il est vrai que c’est LMP qui est la première entreprise à avoir développé un tel logiciel en Europe.

Les instituts de sondage sont aussi des concurrents dans une certaine mesure, car nous sommes dans les mêmes lignes de budget des partis. Mais ce sont aussi des partenaires, nous utilisons leur information dans notre modèle. Ils nous fournissent des données sur la dynamique des différents candidats. 

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