Menaces sur la carte à puce française

Confrontée à une concurrence exacerbée de la part des fabricants chinois, la filière française de la carte à puce peine à maintenir ses marges et sa compétitivité. Le risque est de favoriser à terme la délocalisation de la production.

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Menaces sur la carte à puce française

La carte à puce constitue l’un des points forts de la France, encore relativement à l’abri du phénomène de délocalisation. Mais des menaces planent sur l’avenir de cette filière d’excellence française. L’Association française des fabricants et personnalisateurs de cartes (AFPC) tire la sonnette d’alarme en publiant l’index 2013 sur l’évolution des coûts de production des cartes en France, le quatrième depuis la publication du premier index en 2010.

L’index 2013 s’établit à 2,09% pour les cartes à puce et à 1,94% pour les cartes à simple piste magnétique. Ces augmentations des coûts de production en France entre 2011 et 2012 sont imputables essentiellement à l’inflation des coûts de main-d’œuvre qui représentent 60% à 70% du coût global, selon l’AFPC. " La fabrication d’une carte nécessite une quinzaine d’opérations avec beaucoup de transitions manuelles comme le tri ", explique Matthieu Leclerc, directeur général délégué de SELP Secure, une PME de 160 personnes spécialisée dans l’encartage de cartes à puce bancaires à Angoulême.

Baisses des prix

Dans le même temps, les industriels français font face à une baisse des prix qui érode inexorablement leurs marges. De combien ? Les responsables de l’AFPC refusent de répondre pour éviter d’être accusés d’entente sur les prix. "Le risque est de les voir poussés à délocaliser la production dans des pays à faible coût de main d’œuvre", avertit Philippe Delanoue, président de l’AFPC. En cause : la concurrence de plus en plus vive de la part des industriels des pays émergents, et tout particulièrement des chinois.

Le chinois Watchdata déjà 5e mondial

Selon l’AFPC, la filière française de la carte à puce compte une centaine d’acteurs, dont trois parmi les cinq leaders mondiaux : Gemalto, Oberthur et Morpho (groupe Safran), les deux autres leaders étant l’allemand Giescke & Devrient et le chinois Watchdata. Elle emploie 35 000 emplois dans le monde et réalise 70% des 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires généré par l’industrie de la carte dans le monde. Elle conserve encore une présence forte en France avec 10 000 emplois directs, dont 3 000 chez Gemplus, 2 000 chez Oberthur et 2 000 chez Morpho. Selon Didier Hallépée, consultant en monétique, le chiffre d’emploi serait trois fois plus important si on tient compte de l’écosystème autour (matériaux, composants électroniques, équipements de production…).

Le problème n’est pas nouveau. "Sous l’effet de la concurrence, l’activité d’encartage a presque totalement quitté la France, estime Philippe Delanoue. Seule l’activité de personnalisation des cartes échappe encore à la délocalisation." Ainsi, Gemplus a fermé dès 2007 son site d’encartage à Orléans pour en transférer une partie de la production sur le site de Gemenos et délocaliser le reste.

Ridha Loukil

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