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Meta bat des records dans la réalité virtuelle… mais ses réseaux sociaux souffrent face à TikTok et Apple

Meta fait les comptes d'une année 2021 qui fut mouvementée. L'entreprise n'est pas dans sa meilleure forme. Vieillissant, Facebook accuse une baisse de ses utilisateurs, tandis qu'Instagram se fait déborder par TikTok. Les revenus de ces réseaux sociaux, qui proviennent quasi-exclusivement de la publicité ciblée, souffrent par ailleurs de la nouvelle politique d'Apple sur iOS. Quant aux technologies de réalité virtuelle et augmentée sur lesquelles Meta mise son avenir, elles montrent des résultats encourageants, mais accusent 10 milliards de dollars de pertes suite aux lourds investissements qu'y fait l'entreprise.
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Meta bat des records dans la réalité virtuelle… mais ses réseaux sociaux souffrent face à TikTok et Apple
Meta bat des records dans la réalité virtuelle… mais ses réseaux sociaux souffrent face à TikTok et Apple © Meta

Meta Platforms, anciennement Facebook, a présenté ses résultats annuels le 2 février au soir. L'année 2021 a marqué un tournant crucial pour l'entreprise à plus d'un titre. D'abord parce qu'elle a réaffirmé son ambition dans les technologies de réalité virtuelle et augmentée, qu'elle regroupe désormais sous l'appellation "métavers".

Mais aussi et surtout parce que son business historique – la publicité ciblée adossée à ses réseaux sociaux – a subi plusieurs coups durs (la nouvelle politique publicitaire d'Apple d'un côté, l'invalidation du Privacy Shield de l'autre) qui se répercutent directement dans ses finances.

Facebook à bout de souffle
L'un des indicateurs à retenir est que le nombre d'utilisateurs quotidiens de Facebook a baissé au quatrième trimestre 2021, passant de 1,93 à 1,929 milliards d'utilisateurs. C'est la première baisse en 18 ans. Ce n'est qu'un déclin d'un million, mais il est révélateur de l'essouflement du réseau social, notamment auprès des jeunes. Les chiffres d'Instagram ne semblent pas bien meilleurs. L'entreprise ne les divulgue pas en détail, mais l'augmentation globale des utilisateurs de toutes ses applications confondues (qui inclut aussi WhatsApp) a été d'environ 10 millions de personnes, le signe d'une possible stagnation.

Le fautif est tout trouvé : TikTok, application de création et partage de vidéos courtes développée par l'entreprise chinoise ByteDance et dont le succès est explosif depuis quelques années. Pour contrer ce nouveau venu, Mark Zuckerberg et ses équipes comptent sur Reels, une fonctionnalité similaire intégrée à Instagram. Il s'agit du format de contenu dont la croissance est la plus élevée au sein du réseau social d'après le dirigeant, cependant sa monétisation reste encore lacunaire à date.

Mark Zuckerberg avait annoncé dès l'année dernière son souhait de réorienter Facebook vers une audience de jeunes adultes, et ce alors que le réseau social s'est lentement calcifié depuis 10 ans autour d'utilisateurs seniors. Cette marche-arrière ambitieuse et complexe à mettre en œuvre est encore loin d'avoir un effet concret.

Les revenus publicitaires matraqués par Apple
Pour autant, Meta n'est pas à cours d'argent. Ses bénéfices se sont élevés à près de 40 milliards de dollars en 2021, soit 10 milliards de plus qu'en 2020, avec un chiffre d'affaires de 33 milliards de dollars sur le dernier trimestre. Le hic : ces revenus proviennent essentiellement de la publicité, et l'une des plateformes clés sur laquelle il opère – iOS – a fortement réduit ses performances à ce niveau en mettant en place une nouvelle politique d'autorisation des pratiques publicitaires.

Le Chief Financial Officer de Meta, David Wehner, a prévenu les investisseurs qu'il faut s'attendre à un ralentissement de la croissance suite à ces mesures, estimant une perte de l'ordre de 10 milliards de dollars de revenus sur l'année 2022 (Meta a enregistré 118 milliards de dollars de revenus en 2021). Meta tentera évidemment de contourner ces limitations en modifiant ses technologies de ciblage publicitaire, mais la tâche sera rude. D'autant qu'au sein de l'Union européenne, il doit faire face à l'invalidation du Privacy Shield, et donc à l'interdiction d'envoyer les données de ses utilisateurs européens sur ses serveurs aux Etats-Unis.

Ces prévisions défavorables, combinées aux résultats moins bons que prévus, ont été sévèrement punis par les marchés financiers. Sur la journée suivant l'annonce, le cours de Bourse de Meta a chuté de 26%, soit une perte de valorisation de 234 milliards de dollars (l'entreprise passant de 895 à 661 milliards en une seule journée). Une dégringolade vertigineuse.

Reality Labs révèle ses revenus
En parallèle à tout ça on trouve les activités de Meta dans la réalité virtuelle et augmentée. C'est le point positif pour l'entreprise, dont les efforts depuis bientôt huit ans (lorsqu'elle a racheté la start-up Oculus VR) commencent à porter leurs fruits. Les revenus liés à sa division Reality Labs (qui engloble tout l'écosystème anciennement appelé Oculus, mais aussi Spark AR, les appareils Portal et les activités de R&D) se sont élevés à 2,3 milliards de dollars en 2021. C'est la première fois que Meta les rapporte séparément lors de la présentation de ses résultats financiers. On apprend aussi qu'ils ont doublé d'année en année depuis 2019, passant de 501 millions à 1,1 milliard, puis à 2,3).

L'entreprise a plus précisément récolté 534 millions de dollars au premier trimestre 2021, 305 millions au second, 558 millions au troisième et enfin 877 millions au dernier trimestre, un bon résultat porté par les ventes records du Meta Quest 2 lors des fêtes de fin d'année. Meta ne révèle pas combien d'appareils il vend, mais les estimations des différents observateurs du secteur s'accordent à dire que les 10 millions d'exemplaires vendus ont probablement été dépassés.

1 milliard de dollars d'achats pour l'écosystème Quest
Cela se répercute sur l'écosystème applicatif, et c'est sans aucun doute la meilleure nouvelle que Meta avait à annoncer lors de la conférence. Les utilisateurs de casques Quest ont dépensé plus d'un milliard de dollars en contenus à date, un point d'étape symbolique pour ce marché de niche qui commence enfin à déployer ses ailes.

Chris Pruett, qui dirige l'écosystème de contenus chez Meta, a précisé que huit titres ont généré plus de 20 millions de dollars de revenus bruts (c'est-à-dire avant que Meta ne prélève ses 30%), 14 titres ont dépassé les 10 millions, et 17 titres sont allés au-delà de 5 millions. Au total, 120 applications ont passé la barre du million de dollars de revenus. C'est le double du chiffre rapporté en janvier 2021 (60 applications) et six fois plus qu'en 2020 (il n'y avait alors que 20 titres au-dessus du million).

10 milliards de dollars de pertes pour l'AR/VR
Cependant, malgré ces revenus records, cette division accuse des pertes de 10,2 milliards de dollars au total. La faute à la R&D extensive à laquelle se livre Meta, qui mise son avenir sur ces technologies. Ses dépenses n'ont cessé d'augmenter au fil de 2021 : 1,8 milliard de pertes au premier trimestre, 2,4 milliards au second, 2,6 milliards au troisième et 3,3 milliards au dernier trimestre. Elles continueront encore de croître à l'avenir. Le pari de Mark Zuckerberg est de s'imposer comme l'une des plateformes de référence de la prochaine grande ère informatique (post-smartphone) pour ne plus être à la merci de concurrents comme Apple ou Google.

Objectif 2030
La principale difficulté à laquelle il doit faire face est que la démocratisation de ces technologies auprès du grand public et pour des usages dans la vie de tous les jours est encore lointaine (5 à 10 ans au bas mot). La division Reality Labs continuera de générer des pertes d'ici là, ce qui signifie que l'activité historique doit rester performante en attendant afin – entre autres – de la financer. Meta doit tâcher de maintenir l'équilibre entre ces deux activités s'il compte parvenir à se transformer comme il le souhaite. S'ajoutera à cela la future compétition d'acteurs comme Apple... ou ByteDance.

Mark Zuckerberg a touché quelques mots au passage sur les projets en cours. Cambria, le casque de réalité mixte haut de gamme de l'entreprise, sera dévoilé comme prévu cette année et sera positionné sur un segment premium. Le projet Nazaré, qui concerne des lunettes de réalité augmentée légères qui peuvent être portées toute la journée, progresse à bon rythme.

Et les applications sociales regroupées sous la marque Horizon, qui ont vocation à devenir interconnectées à long terme, constitueront le cœur de sa stratégie de "métavers". Horizon: Worlds devrait par ailleurs être disponible sur smartphones au cours de l'année afin de permettre plus de communication entre les utilisateurs d'applications sociales "classiques" et ceux évoluant en réalité virtuelle. A noter qu'elle n'est disponible qu'en Amérique du Nord pour le moment.

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