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Microsoft, copilote de l'écurie de F1 Lotus, pour accélérer sa transformation numérique

L'écurie anglaise de Formule 1 Lotus, en panne de performances cette saison, compte sur son partenaire Microsoft pour l'aider à remonter la pente. Simulation informatique, big data, ERP, analyse prédictive, messagerie collaborative… la palette d'outils mobilisés est impressionnante.
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Microsoft, copilote de l'écurie de F1 Lotus, pour accélérer sa transformation numérique
Microsoft, copilote de l'écurie de F1 Lotus, pour accélérer sa transformation numérique © Microsoft - capture vidéo

Au grand prix d'Italie, du 5 au 7 septembre, l'écurie de F1 Lotus a touché le fond. Qualifiés 16ème et 17ème sur la grille de départ, les pilotes de l'équipe anglaise n'ont guère progressé durant la course (14ème et 16ème à l'arrivée). Pourtant, un an plus tôt, l'équipe trustait les podiums et bataillait pour le championnat constructeurs. Plusieurs facteurs expliquent cette descente aux enfers : restrictions budgétaires, retard dans le développement du moteur Renault, mauvaise exploitation des nouveaux règlements techniques… Tout est à reconstruire, ou presque.

Pour entamer son redressement, l'écurie peut compter sur un partenariat technique et commercial avec Microsoft Dynamics, la filiale du géant américain spécialisée dans les progiciels de gestion d'entreprise (ERP). La monoplace noir et or porte d'ailleurs le logo de la division sur son aileron arrière. Mais c'est bien Microsoft tout entier qui accompagne l'écurie, et pas seulement avec son ERP.

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Fourniture de téléphones Nokia, mobilisation du cloud Azure et de ses capacités de calcul, exploitation des données de la CFD (mécanique des fluides numériques) et autres outils de simulation… l'entreprise américaine est présente à chaque maillon de la chaine. A tel point que des hommes de Redmond sont directement intégrés à l'équipe et travaillent pour elle à l'usine (située à Enstone, près d'Oxford) et sur les circuits.

C'est surtout dans la gestion des données de toute nature que Microsoft tente d'imprimer sa marque. Une écurie de F1 est une gigantesque machine à fabriquer de la donnée, grâce à la télémétrie. L'équipe dispose de nombreux indicateurs de performance : vitesse, niveau de chargement des batteries, température du moteur et des freins. "A chaque tour, une monoplace, bardée de 200 capteurs,  génère 200 mégaoctets de data",  explique Christian Pedersen, general manager de Microsoft Dynamics ERP. Des informations à communiquer au stand par des canaux sécurisés, puis à analyser en temps réel. La solution de gestion d'événements complexes (ou Complex Event Processing, CEP) StreamInsight, développée par le géant américain, est mise à contribution.

Mais il y a aussi les données liées à chaque composant de la voiture, qui permettent de gérer leur cycle de vie (le lifecycle management) et optimiser la fiabilité. Tout est consigné dans une base de données. Microsoft met à disposition de l'écurie ses serveurs SQL.

La simulation informatique prend également une place de plus en plus prépondérante dans la vie d'une écurie de Formule 1. Les tests sur piste ont été considérablement limités pour réduire les coûts… mais les écuries se sont lancées dans une surenchère informatique pour compenser. Lotus dispose dans son usine d'Enstone d'un soufflerie, d'un simulateur, ainsi que d'un super-calculateur fabriqué par Boeing. Sa puissance est limitée à 200 terraflops par seconde, le maximum autorisé par la FIA, la Fédération internationale de l'automobile.

Piloter la décision

Autre type de donnée gérée avec les outils Microsoft : les ressources humaines et financières, nerf de la guerre en F1. "Lotus dispose du tiers du budget des grandes équipes" rappelle le CEO de l'écurie, Matthew Carter. "Nous devons donc faire preuve de réactivité, être plus agiles, en ayant à l'esprit la maitrise des coûts. Faire un meilleur usage des technologies que nos concurrents ", résume-t-il.

Les outils de Microsoft permettent par exemple de savoir quelles ressources affecter aux différents programmes de développement menés au sein de l'écurie. "Cela nous aide à savoir quand basculer la majorité des ressources de l'écurie sur la monoplace de l'année suivante, par exemple. Ou quantifier  le rapport "coût / performances" d'un programme. Je peux avoir des indicateurs précis : savoir si je mets tant de personnes sur ce projet, combien cela me coûtera et combien de dixièmes de secondes cela me rapportera en piste", explique Matthew Carter.

Tous les dirigeants d'entreprises sont confrontés à de tels choix. "Mais nous vivons en deux semaines ce que vivent la plupart des entreprises en un an", juge Matthew Carter. Christian Pedersen confirme : "la F1 un business comme un autre ! Tous les secteurs subissent ces changements, avec un rythme qui s'accélère, et doivent s'adapter. Sauf qu'ici tout est poussé à la limite, à l'extrême. C'est un bon laboratoire pour nous".

Le circuit comme laboratoire

Microsoft met d'ailleurs à profit cette expérience pour tester de nouvelles technologies et processus. "Il y a des secteurs dans lesquels on peut mieux faire", juge Christian Pedersen. "Pendant une course, on a un logiciel qui ajuste la stratégie en fonction des événements de course. Le calcul d'une nouvelle stratégie demande 1 minute 30 à 2 minutes actuellement. Or, il peut se passer beaucoup de choses, pendant une course, en deux minutes. On cherche donc à mobiliser des capacités de calcul dans le cloud pour améliorer la vitesse du logiciel".

Autre sujet sur lequel Microsoft va plancher dans les prochains mois : l'analyse prédictive et le deep learning. "La technologie est disponible, mais nous devons la rendre accessible. Pour le moment, l'expertise technique requise pour exploiter tout le potentiel du machine learning est trop élevée. Nous devons déployer des outils pour catégoriser la donnée, la trier et lui donner du sens de façon automatisée. Nous nous fixons deux ans pour progresser", explique Christian Pedersen, convaincu qu'il y a beaucoup de performance à débloquer en travaillant sur les algorithmes.

Vers du "small data" ?

Mais trop d'assistance technologique tue-t-elle l'esprit de la Formule 1? Certaines voix commencent à s'élever pour dénoncer la deshumanisation  du sport. Grâce au big data, les ingénieurs donnent des ordres aux pilotes pendant la course, minute par minute,  afin d'adapter leur conduite aux conditions de piste. Cela pourrait changer : dès ce week-end à Singapour, les communications radio entre le stand et le pilote seront restreintes. Une interdiction partielle de la télémétrie est également envisagée. On va donc vers une ère de décroissance en matière de données en F1. Un nouveau paramètre à prendre en compte pour Lotus et Microsoft, qui ont prolongé leur partenariat jusqu'en 2016.

 

En vidéo, comment Microsoft et Lotus ont préparé la saison 2014 :

Sylvain Arnulf

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